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Le protocole de Von Kanf

Créé par Plax le 31 Janvier 2024 à 16:17

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Plax Posté le 31 Janvier 2024 à 16:17 #1
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La nuit venait de tomber sur le secteur. L’obscurité mettait en valeur les myriades de lumières qui couvraient les façades des immeubles et les bâtiments impériaux. Telles des lucioles radioactives peuplant la carapace aux contours titanesques d’une bête endormie.

Plax pénétra dans l’ascenseur extérieur de la tour Hujan et profita un instant du spectacle. Il le conduisait au dernier étage pour accéder à une suite. D’ici il pouvait distinguer les immenses capteurs biologiques, des épuisettes blanches à l’allure de voile de mariée, qui évoluaient sur le toit des tours, et demeuraient invisibles du sol.

Ce n’était pas la première fois qu’il louait une loge alpha, mais se sentait nerveux.

La cabine décéléra avec délicatesse pour finir par s’immobiliser. Les deux portes s’ouvrirent en silence dans son dos, lui délivrant l’accès à sa réservation. Son regard se perdit sur cette concentration de vie tenace qui s’étendait à ses pieds. Îlot civilisationnel chimérique qui obstinait à existait là ou rien ne l’y prédestinait.

Il sortit de sa rêverie, décolla ses yeux de ce ballet infini et pénétra dans la tour. Son attention se porta aussitôt sur la suite. Pièce insonorisée, table ronde dressée face à une baie vitrée, mini bar à disposition et lumière tamisée. Les fauteuils et des sièges confortables s’harmonisaient avec la décoration, jusqu’à une alcôve discrète où se dissimulait une literie. L’accès à la salle d’eau resté masqué par le même hologramme dans toutes les loges alpha, une cascade naturelle dont on ne percevait le bruit qu’une fois à proximité.

L’ensemble lui avait coûté une fortune.

Il s’inspecta ensuite devant un miroir. Il voulait s’assurer que le costume sur mesure acheté la veille lui allait bien. Pour finir par admettre que c’était son absence d’habitude à porter pareille tenue qui lui posait un réel problème. Il craignait de manquer d’aise, de paraître maladroit. Un comble quand on déployait autant d’artifices pour apaiser son invitée.

À cette pensée, il se souvint de son présent, et sursauta presque d’avoir omis de vérifier s’il se trouvait bien dans la boîte marquetée de Platinium sur la table basse, comme il l’avait demandé. Il l’ouvrit et n’eut que le temps de distinguer l’écrin à l’intérieur, qu’il perçut le léger souffle tamisé des portes de l’ascenseur s’actionner dans son dos.

Il prit soin de la reposer avant de se tourner pour accueillir Jessica.

Elle le lui apparut vêtu d’un manteau en fourrure synthétique au pouvoir filtrant contre les particules oxydantes du dehors qui la couvrait jusqu'aux pieds. Il vint l’aider à se débarrasser.

— Bonsoir, Jessica, je suis heureux de te retrouver.

En dessous elle portait une robe noire aux épaules dénudées, et d'une longue paire de gants qui remontait sur ses bras jusqu'à la hauteur de son balconnet. Son visage était fermé. Elle laissa juste échapper un tic nerveux de sa lèvre inférieure et finie tout de même par le saluer à son tour, mal à l’aise devant le fast déployait.

— Bonsoir mon amour, tu as fait des folies, cela à du te coûter une fortune, je doute mériter pareille attention.

Il se saisit de son manteau et lui déposa un baiser du bout des lèvres, son maquillage était parfait comme à son habitude. Elle échangea un regard de connivence, et pénétra dans la loge.
Les artistes ne vivaient pas comme les autres personnes, il l’avait découvert depuis leur rencontre. Individus fragiles, leur créativité les faisait traverser des périodes d’exaltations intenses, à d’autre bien plus sombre durant lesquels ils remettaient en question tout ce qu’ils avaient réalisé ainsi que leur propre existence.

Jessica se trouvait dans la seconde phase, et comme elle, son compagnon le vivait mal. C’est le motif qui l’avait poussé à tout mettre en œuvre pour la rassurer. Une preuve d’amour déraisonnable comme le dicte l’amour pour lui faire comprendre qu’elle représentait tout pour lui.

— Je tiens à conserver à tes yeux la place de ton plus grand admirateur, pour ta plus belle création, toi mon cœur.

Elle se dirigea vers la baie vitrée, pour laisser son regard se perdre dans l’animation lointaine et silencieuse du secteur.

Il revint vers elle, en lui apportant son cocktail préféré, un Alkaest de lumière. Elle s’en saisit, son regard était froid, son visage éteint.

Elle le questionna.

— Depuis combien de temps sommes-nous ensemble ?

Il pensa à tort qu’elle cherchait une date anniversaire liée à ce rendez-vous, qu’elle aurait par mégarde oublié.

— Cela fera bientôt cinq ans.

Il s’était servi un skiwi purifié et vieilli d’un siècle et demi pour l’accompagner.

— Cela fait déjà cinq ans que je n’ai rien composé d’orignal ou de surprenant.

Le vautour eut la sensation d’une douche froide. Elle s’en rendit compte et lui prit la main. Il chassa son trouble et tenta de la rassurer.

— Je te trouve injuste envers toi-même, une œuvre peut être exceptionnelle tout en n’ayant aucun succès, et sévère vis-à-vis de moi, qui te soutient de manière inconditionnelle depuis le premier jour où nous nous sommes rencontrés.

Elle posa sa main sur son torse.

— Pardonne-moi, tu as raison tu n’y es pour rien.

Elle porta le cocktail à ses lèvres pour n’en boire qu’une infime gorgée, avant de poursuivre.

— J’ai une nouvelle à t’annoncer.

Le cœur du vautour se serra, il sentait la situation lui échapper, mais garda le silence pour la laisser continuer et but à son tour une longue gorgée de skiwi.

Elle finit par lâcher d’un ton sans émotion.

— J’ai décidé de suivre le protocole de Von Kanf.
Plax Posté le 31 Janvier 2024 à 16:48 #2
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Le clonage et la vie éternelle avaient redirigé la recherche vers l’amélioration des capacités de l’individu. La cybernétique, la génétique liée au numérique et la biologie synthétique, les implants neuronaux ou physiques tout était mis en œuvre pour augmenter les performances, et cela dans tous les domaines.

Une course impitoyable avait débuté entre les laboratoires, qui travaillaient d’arrache-pied pour découvrir l’ultime transformation, celle qui transcendera l’homme ou la chimère vers un nouveau stade d’évolution.

Le protocole de Von Kanf était l’un d’entre eux.

Il ne ressemblait à aucun autre, décrié par certains comme hérétique, il était la cible de nombreuses critiques.

Jessica n’ignorait pas que son compagnon n’approuvait ni la méthode ni le professeur qui l’avait mis au point. Ils avaient déjà eu des discussions houleuses à ce sujet.

Déçu sans être surpris, il ne put s’empêcher de laisser échapper un soupir.

— Tu sais qu’il est dans le viseur des autorités impériales, sans parler du risque qu’il fait courir à ses patients, puis finit par lâcher sur un registre plus personnel, et je n’aime pas la manière dont ce type te regarde.

Elle l’observait avec une attention particulière. Ses yeux noyaient dans une détresse profonde, lui signifiant qu’elle n’ignorait rien de ce qui pouvait advenir, mais n’avait plus le choix que de s’y contraindre.

— Ne sois pas puéril, il est gay. J’ai constaté par moi-même les effets du protocole sur les sujets qu’il a traités, ils sont revenus différents, ils sont l’avenir d’un monde meilleur.

Elle posa une main sur sa joue avec toute la délicatesse de l’amour qui les unissait. Ses grands yeux humides lui supplier de la comprendre.

— Ils m’ouvriront les frontières d’une créativité insoupçonnée, je pourrais découvrir de nouvelles voies artistiques qui subjugueront l’empire pour le mener sur un chemin d’éternité, plus vertueux.

Il prit sa main pour lui donner un baiser. Lui ne songeait qu’aux risques encourus dont les détracteurs faisaient grand bruit.

— Et s’il échoue, mon souvenir restera dans les bassins comme si je n’avais jamais fait partie de ta vie, je ne veux pas te perdre.

Certains ressortaient des caissons de privations sensoriels dépossédés de toute mémoire, telles des enveloppes vidées de la moindre parcelle d’identité.

— L’amour transcende les âmes et rien ne peut briser le lien qui les unis, même si j’oublie qui je suis, je sais que tu me regagneras, nous nous retrouverons, j’ai confiance en toi.

Sa décision était prise, il tenta une ultime manœuvre.

— Pourquoi ne pas attendre qu’ils affinent le procédé, le temps qu’ils annihilent les effets indésirables, il n’en est qu’à ses débuts, tu n’es pas si pressé ?

Elle lui afficha un léger sourire chargé de tendresse.

— Impossible, l’imperium va mettre un terme à ce projet. Malgré ses résultats il ne va pas tarder à être déclaré comme hérétique.

Le protocole de Von kanf dépassait de très loin toutes les recherches menaient jusqu’à présent en laboratoire. Le patient, plongé dans un caisson de privation sensorielle, se libéré de son enveloppe corporelle, pour accéder au royaume de Cyrius en cryodepuis des milliers d’années. Là-bas il leur enseignait sa vision de l’imperium et leur transmettait, sa force, son ingéniosité, sa créativité, toutes les qualités qui avaient conduit l’empire à son apogée.

Le problème, c’est que rien de tout cela n’était mesurable, personne ne pouvait expliquer comme cela fonctionnait. On constatait bien que les sujets revenaient différents. Leur esprit, leur physique, leur réflexe, leur instinct, tout en faisait des êtres à part, des êtres bien plus avancés. Leur témoignage ne pouvait cependant pas être reçu de manière objective, puisqu’ils avaient subi l’expérience, et qui pouvait garantir que c’était bien Cyrius qui les avait ainsi modelés ?

— Le laboratoire Lexus propose une dernière session, j’ai réservé un caisson, j’entre demain pour une batterie d’examens et serai immergée pour une durée de quatre jours.

Il frémit, sentit son univers vaciller. Elle se blottit contre lui, il l’entoura d’un bras délicat, respira son parfum qui ne la quittait jamais.

Elle lui murmura à l’oreille.

— Accorde-moi ce délai mon amour, ensuite je t’accompagnerai pour l’éternité.

A sa demande, leur chanson préférée démarra, c’était un air un peu désuet qui les ravissait tous les deux.

Il posa leur verre et l’invita à danser.

One more kiiss dear
One moore siiight
Only this dear
It’s goodbyyye
For you love is such pain
And such pleasure
And l’ll treasure til I die
So for now dear
Aurevoir Madame…


Plax Posté le 01 Février 2024 à 09:59 #3
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Assis au bout du comptoir d’un bar, le regard du vautour se perdait dans le liquide ambré au fond de son verre. La vision du caisson qui se refermait sur Jessica le hanté. Plongée dans le noir, elle flottait à présent entre deux univers.

Il lui fallait patienter quatre jours, et déjà le premier soir il craignait de rentrer chez eux et de s’y retrouver seul, au risque d’accentuer sa détresse dans leur appartement ou tout le ramener à elle.
Loin de prêter attention aux discussions qui l’entouraient, il ne remarqua pas qu’une personne venait de prendre place à ses côtés ni qu’elle s’adressait à lui, sans succès. Pour finir par lui posez une main sur l’épaule en l’interpellant.

— Oh Plax t’en tires une tête, tout va bien mec ?

C’était Holden, un scientifique, botaniste. Il avait fait sa connaissance avec son travail, depuis qu’il était devenu technicien expert, le vautour s’était mis à son compte, et réalisé des dépannages ou des installations chez les particuliers comme les entreprises. Les laborantins flirtaient souvent avec la paranoïa, la peur de se faire voler leurs découvertes. Holden lui avait demandé un jour d’aménager à son domicile un système de surveillance discret pour s’assurer, selon ses propres termes, que les conquêtes qu’il ramenait chez lui n’étaient pas plus intéressées par ses recherches que par sa queue.
Satisfaits du résultat, ils avaient depuis sympathisé.

Le vautour finit par lever les yeux et lâcher un léger sourire pour donner au change.

— Salut Holden, très bien pardon je rêvassais.

L’autre fonça les sourcils et commanda deux verres.

— Ouais ben ce n’est pas l’impression que tu donnes, et si tu veux mon avis d’expert, ça sent les ennuis de couple, des soucis avec Jess’ ?

Plax termina son skiwi cul sec pour s’occuper du suivant.

— Non aucun, ou pas comme tu l’entends, Jessica à des problèmes avec Jessica, enfin c’est passager, ça ne dure jamais.

Quatre jours, se dit-il en silence, Holden compatit aussitôt.

— Ah, les artistes, je ne vois pas pourquoi elle se fait du mouron, elle réalise des trucs super, et son compagnon est un type bien.

Il lui sourit et trinqua.

— À son rétablissement alors, mais toi, tu ne dois pas te laisser aller pour autant.

D’un coup d’œil il remarqua sa tenue de travail et en profita pour rebondir et changer de sujet.

— Tu bosses toujours à ton compte, j’ai parlé de ton boulot autour de moi et j’ai un client si ça t’intéresse.

Le vautour peu désireux de rentrer chez lui prenait tous les contrats qu’on lui proposait. La location de la loge alpha avait mis son compte dans le rouge et surtout il préférait rester occupé durant cette parenthèse douloureuse.

Le botaniste jeta un rapide coup d’œil autour de lui comme pour s’assurer que personne ne les écoutait.

— Après t’es un ami, alors je t’avoue que cette intervention se fera à l’insu de la personne chez qui tu dois opérer, mais attention, sans effraction et avec plus ou moins son consentement on va dire.

Le vautour sourit, amusé par la gêne affichée d’Holden.

— Il sera plus ou moins au courant de ma visite tu veux dire, ça va être cocasse si je le croise.

Le botaniste partagea son sourire et but une longue gorgée.

— Non t’inquiète, il n’y a aucun danger en vérité. Je t’explique, le mec est employé dans l’un des labo de ma boîte. On le soupçonne de dissimuler des résultats ou de les détourner pour les revendre à la concurrence, voire de travailler à son propre compte.

— C’est maladif chez vous, l’espionnage industriel.

— C’est surtout très lucratif, voir honorifique, une grande majorité de ces connards espèrent léguaient leur nom à une découverte qui les rendra célèbres. L’éternité c’est bien, mais associé à la postérité c’est encore mieux.

Plax ne put s’empêcher de se demander si l’on pouvait entrer dans la postérité de son vivant.

— Enfin on désire garder un œil dessus, et là j’ai pensé à toi. Je t’explique c’est tout simple, on a hacké la sécurité de son appart’ pour la faire dysfonctionner. Il va faire appel à un technicien pour y remédier et comme le labo est associé avec des entreprises assermentées, on va t’envoyer poser un système de surveillance ni vu ni connu pour s’assurer qu’il est bien réglo. De cette manière, pas d’infraction et tu pourras opérer en toute liberté quand il sera absent, t’en dis quoi ?

Ils échangèrent un regard que le vautour laissa en suspens de manière volontaire, avant de conclure un léger sourire en coin.

— J’en dis que vous êtes des grands malades, mais que ça tombe bien parce que j’ai besoin de crédits, alors je ne vais pas me moucher avec les doigts surtout si c’est ta boîte qui régale.
Plax Posté le 01 Février 2024 à 11:27 #4
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Haute ville, secteur sécurisé, Plax marchait sur le couloir réservé aux employés. Revêtu d’une tenue de technicien assermenté, il portait sa mallette scellée et se diriger vers le domicile de son intervention. Ici personne ne lui prêtait attention. Un anonyme parmi tant d’autres qui faisait en sorte que les classes supérieures n’aient pas à s’occuper des problèmes d’intendance du quotidien.

Une fois arrivé à destination, il s’identifia, traversa un sas de décontamination et pénétra dans la résidence. À l’intérieur, il trouva en priorité le coffret de sécurité, l’ouvrit, déconnecta les caméras et verrouilla l’accès du digicode, à partir de maintenant, il pouvait opérer en toute liberté.

Holden lui avait filé un plan de l’habitation, il se dirigea directement vers la partie qui l’intéressait, le laboratoire. Les chercheurs représentaient une catégorie très prisée de la population. Leur individualité s’efface au profit des consortiums qui les employaient, leur seule source de satisfaction s’exprimait dans la réussite de leur projet.

Après une enfilade de pièces interminable, le vautour poussa une porte hermétique, pour accéder à une salle plongée dans l’obscurité.

– COMMANDE — ÉCLAIRAGE LUMIERE —

Des néons à la teinte bleutée s’illuminèrent pour ne laissait apparaître qu’un spectre blafard de la réalité. Des caissons couverts de bâches noires raccordés au plafond par tout un arsenal de tuyauterie souple étaient regroupés au centre. Sur les cloisons s’alignaient des armoires vitrées de conservation à très basse température ainsi que des appareils de mesure spécifique aux recherches en cours.

Plax n’était qu’un technicien, et n’avait aucune idée quant à la nature véritable de tout ce qui l’entourait. Il avança à pas lent dans la pièce pour repérer ce qui l’intéressait. C’est-à-dire des surfaces indirectes qu’il pourrait rendre réfléchissantes à ses caméras, permettant ainsi une surveillance par jeu de reflets de toute la zone. Personne n’irait regarder derrière un obstacle pour vérifier si un intrus était dissimulé.

Il remarqua un plan de travail qui devait servir de bureau et vint y poser sa mallette. L’ouvrir en sortit des bombes aérosol et microcaméras à l’aspect d’une lentille rétinienne, avec une série de seringues hermétiques qui se scellaient automatiquement une fois le prélèvement réalisé. Il s’occupa d’abord de ses espionnes translucides, taguait des surfaces avec des nanoparticules incolores, qui se transformeraient en miroir afin de pouvoir visualiser la totalité de l’espace.

C’est à ce moment-là que son regard tomba sur une photo encadrée adossée au mur. Son petit format n’avait pas attiré son attention. Il affichait d’un couple d’hommes, se tenant la main, un bras sur l’épaule. Leur posture laissait deviner qu’ils étaient amants. Le premier, un inconnu, l’autre en revanche, ne lui était pas indifférent. Il s’agissait du professeur Kovacsky l’inventeur du protocole de Von Kanf.

Il fronça les sourcils, se remémora ce que Jessica lui avait dit, mais un léger malaise l’envahit, comme un mauvais pressentiment. Les travaux qu’il menait à la lisière de l’hérésie, et sa relation avec ce botaniste ne lui inspiraient rien de bon.

La pupille de vautour devint fine comme une lame de rasoir, avant de se ressaisir pour se réprimander de se laisser aller ainsi à d’autres préoccupations que les impératifs de sa mission. Il s’empressa de poser son système de surveillance et passer à la seconde étape, le prélèvement d’échantillons. Les aquariums possédaient tous des références qu’il nota avec minutie sur ses seringues, puis il releva le drap noir qui couvrait le premier. La vision qu’il dévoila le remplit de dégoût. Le liquide contenu à l’intérieur n’était pas de l’eau, mais ressemblait bien à du sang, très épais, sombre, d’où remonter des bulles et à l’intérieur duquel, une ombre évoluée avec grâce.

Il était incapable de dire de quoi il s’agissait, puis repensa à la fonction du chercheur, un botaniste, sans parvenir à faire un parallèle avec ce qu’il voyait. La biologie synthétique devait amenée à ce genre de création finit-il par se convaincre avant d’effectuer son prélèvement par le haut et de passer aux caissons suivants.
C’est avec une certaine répugnance qu’il poursuivit, et nota qu’au fur et à mesure, le liquide qu’il avait pris pour du sang s’éclaircissait, pour ne garder dans le dernier qu’une faible luminescence rouge. Il distinguait mieux dans celui-ci l’hôte qui s’y trouvait.

D’abord un magma informe, il fut surpris de constater, dès que son regard se posa dessus, de le voir évoluer. Filament gracile qu’il aurait pu le jurer tenté d’adopter des figures précises. Son esprit sous le charme de cette rencontre songea un bref instant à une des créations de Jessica, la fleuraison minérale. Il se rendit compte avec effroi que cette chose à l’intérieur la reproduisait, comme s’il l’observait et l’écoutait. Le geste de sa main s’en trouva perturbé et toucha le liquide, aussi tôt à une vitesse impossible à visualiser, une branche se détendit et il ressentit une décharge électrique puissante. Il la retira en lâchant un cri de surprise, ses yeux se fermèrent deux fois, et par deux fois des visions lui apparurent. Un goût étrange envahit sa bouche, troublé, il rabattit le drap agacé.

Il réalisa apeurer qu’il ignorât tout ce cette chose, et en particulier si elle était dotée d’un poison ou d’une toxine qui pourrait l’affecter. La douleur lui engourdissait la main, il émit un râle, se maudit d’avoir été si négligent, son cœur s’accéléra. Il devait au plus vite masquer son passage, et quitter la résidence.

Ses mains tremblaient, il remballa ses affaires, éteignit derrière lui et se dirigea vers la sortie, s’arrêta devant le coffret de sécurité. Il lui fallait remédier à la fausse défaillance du système de protection et remettre en fonction les caméras. Ses doigts pianotaient sur le clavier à toute allure, son souffle était court, son esprit embrouillait. Il fit de l’hyper ventilation pour retrouver son calme, tenta de se remémorait l’entièreté de sa visite pour être certain de n’avoir rien oublié. Tous les voyants passèrent enfin au vert et il se dirigea vers le sas de décontamination.

Il prit une longue inspiration une fois dans la rue. Son rythme cardiaque baissa, sa plus grande crainte était de mourir à l’intérieur, ce qui l’aurait mis dans une situation très délicate. À présent il n’avait plus qu’à rejoindre son domicile et s’occuper de sa blessure. Il emprunta le couloir des employés jusqu’au Tcast le plus proche, et quitta la haute ville.
Plax Posté le 01 Février 2024 à 16:51 #5
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Une pluie fine s’était remise à tomber sur le secteur. Les ruelles bondées d’une foule toujours en mouvement, les odeurs familières des alimentations qui bordaient les trottoirs l’aidèrent à retrouver son calme, à relativiser cet incident. Il se dirigea d’un pas plus assuré vers son domicile, et nota pour se conforter qu’il n’eût observer nulle présence d’équipement de protection particulier. Absence révélatrice qui devait signifiait que les effets de cette piqûre ne pouvaient être que bénin. La douleur restait tout de même vive, elle lui remontait dans le bras, poussant son esprit à formuler une autre alternative, et si le chercheur s’était déjà inoculé un antidote ?

– Identification vocale — Plax — Code 59 55 90 43

Son cœur se serra dès qu’il pénétra dans l’appartement, encore quatre jours, se dit-il, en se retirant son uniforme de technicien assermenté pour le balancer aussitôt dans le tiroir de l’incinérateur. Toutes les traces de sa mission devaient disparaître. Il se dirigea nu vers la salle de bain pour se prendre une douche bien chaude. Il avait froid, et voulait se rassurer et éviter de penser que cela pouvait avoir une relation avec le contact.

Il resta un long moment sous le jet, ferma les yeux, son esprit vaquait, songea à Jessica qui lui disait de ne pas s’inquiéter, se reprocha d’être aussi fragile. Puis à la chose dans l’aquarium qui semblait l’écouter, revit la forme gracieuse se tendre d’un coup pour venir le frapper, l’onde de choc, la vision.

Un orbe de sang immense se tenait sur l’ensemble du secteur. Elle lévitait malgré sa masse, comme un présage funeste, et ensuite Jessica qui l’implorait de se réveiller, mais sa voix paraissait lointaine, distante émise à travers un filtre ou sous l’effet d’une drogue.

Il réouvrit les yeux, chassa ses pensées anxiogènes qu’il avait dû se créer. L’une, en regardant trop longtemps ce magma sanguinolent dans les aquariums, et l’autre en raison de l’inquiétude stimulaient par l’absence de Jessica.

Après une inspiration, il ferma l’arrivée d’eau et mi le séchage en route. Le courant d’air l’enveloppa, il en profita pour observer l’endroit où il avait reçu la décharge. Il ne remarqua pas de piqûre, mais juste une rougeur persistante sur le derme, paru soulagé, et finit par se détendre, avant de sortir.

Il revêtit des habits chauds, mais confortables, avant d’aller se saisir de sa mallette. Sa mission n’était pas tout à fait terminée, il devait encore paramétrer son installation. Les lentilles de surveillance ainsi que les brouilleurs qui devaient masquer leur présence. Travail qu’il aurait dû clôturer au laboratoire, mais qu’il pouvait tout aussi bien se réaliser à distance, en espérant qu’il ne lui fallait pas retourner pour modifier un élément, ce dont il doutait.

Il cligna des paupières pour lancer un appel, et se prépara un cafey avant de prendre place autour de la table ronde du salon.

COMMANDE — APPEL VISIO — HOLDEN —

Le visage de son ami lui apparut dans un nuage de fumée. Des bruits de conversations de la musique, il se trouvait dans un bar, entrevu de manière éphémère ça future conquête, puis se leva sans traîner pour s’isoler tout en s’excusant que c’était le boulot.

Plax débuta pour l’aider à le remettre dans le contexte.

– Mission terminée, je paramètre l’installation, et pourrais te livrer la mallette de contrôle demain, puis rajouta pour le taquiner, ne me dit rien c’est un rendez-vous professionnel, elle est mignonne.

Holden lui lâcha un sourire, satisfait.

– Efficace, on se retrouve à l’endroit habituel, je viendrai seul bien sûr, je ne veux pas avoir de souci avec Jessica, tout s’est bien passé sinon ?

Plax lui rendit son sourire.

– Comme prévu, mis à part un léger incident. Je suis entré en contact avec un de ses trucs dans les aquariums, tu pourrais m’apporter des antidotes standards avec toi, ça ne semble pas dangereux, mais il vaut mieux prévenir, on ne sait jamais.

Holden oscilla de la tête pour le lui confirmer.

– Aucun souci, j’ai ce qu’il faut au labo’, mais tranquillise toi, on ne développe pas d’arme ni de système de défense, au pire tu auras une réaction allergique. Évite juste d’aller à l’hosto, ça peut être une toxine sous brevet, on risque d’avoir des ennuis de confidentialité si quelqu’un la reconnaît.

Plax se détendit, rassuré.

– Parfait, je te laisse terminer tes devoirs, à demain à l’heure habituelle…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, Holden avait déjà fermé la communication.

Les jeux de miroirs étaient en place, les brouilleurs actifs, il pouvait couvrir l’ensemble de la pièce toujours plongée dans une semi-obscurité, signe que son propriétaire n’était pas encore rentré. L’objectif passa sur le bureau, visualisa la photo avec le professeur Kovacsky, se demanda si Holden était au courant et se promit de l’interroger à ce sujet.

Il referma la mallette, se leva pour se servir un skiwi, et en profita pour allumer un encens de Jessica. Debout, face à une baie vitrée, il faisait jouer le liquide au fond de son verre, en but une gorgée, le fit descendre avec lenteur pour en savourer tous les aromes. Son regard parcourait l’extérieur, la pluie s’était intensifiée, il se demanda où l’esprit de Jessica pouvait bien se trouver à l’instant présent, si elle voyait le secteur comme lui de derrière un miroir sans teint.

Sa sensation de froid lui tenait toujours au corps.

– COMMANDE — AUGMENTATION TEMPÉRATURE TROIS DEGRÉS —

Réaction allergique standard, il oublia vite ce détail, se resservit un autre verre, jeta un coup d’œil circulaire et comprit qu’il ne pouvait pas rester chez lui. Il but cul sec, se munit d’un manteau étanche et sorti pour se perdre dans la foule des anonymes, se fondre au milieu d’inconnus pour peupler le vide qu’il ressentait dans son être.
De bar en bar, il buvait sans arriver à se saouler et après des heures d’errance, grisé et épuisé, il décida enfin de rentrer.

Il ôta ses chaussures et s’allongea tout habiller sur le lit, avant de sombrer dans un sommeil libérateur.


Plax Posté le 01 Février 2024 à 17:12 #6
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Nul ne peut prédire l’avenir, car celui-ci est en éternelle évolution. La période éveillée chez l’homme le rattache au plan matériel, une fois endormi, il voyage dans le temps, à travers tous les futurs possibles ou non. Les rêves illustrent ces champs d’action et plus ils sont clairs et lucides, plus la probabilité qu’ils s’incarnent dans la réalité est grande.

C’est après une suite de vision très confuse que Plax reprit connaissance sur son lit. La chambre était plongée dans le noir, mais il reconnaissait sans détour son cadre familier. Allongé sur le dos, le liseré bleu de sa veilleuse de nuit, sur sa table de chevet, l’aidait à imaginer le plafond au-dessus de lui, plus qu’il ne le visualisait.
Il se sentait bien et pourtant, très vite, il aperçut qu’il lui était impossible de bouger. Il ferma un instant les paupières, respirait avec lenteur, avant de les rouvrir. Sa vision à présent adaptée à l’obscurité distingua une anomalie. Un mouvement, une ondulation parcourait la cloison au-dessus de lui. Il réalisa qu’il s’agissait d’un liquide qui envahissait tout le volume de la pièce et qu’il descendait vers lui.

Sa gorge se serra, il tenta une nouvelle fois de bouger, mais il en était incapable, la masse agitée continuait inexorablement de remplir l’entièreté de la chambre. À quelque centimètre de lui, il comprit qu’il allait se noyait, une angoisse profonde le saisit, il essaya de hurler, mais aucun son ne sortit. Il sentit le liquide le toucher, le recouvrit, l’envelopper, il retint sa respiration, son rythme cardiaque s’accéléra, il pensa sa fin proche, et quand il se trouva à court d’oxygène, ouvrit sa bouche en grand. L’eau pénétra en lui, rempli ses poumons, il se tordait et se convulsait. Dernier soubresaut avant de réalisait qu’il ne lui servait à rien de lutter, qu’il ne se noyait pas.

Il flottait au milieu de sa chambre, libéré de son immobilité. De sa vision périphérique, il discerna une ombre évoluer autour de lui, son cœur s’affola. Il y avait une présence, quelque chose dans la pénombre qui se cachait.
Il tenta de parler, et perçut sa voix étouffée à travers le liquide.

— Je sais que vous êtes là, qui êtes-vous, montrez-vous !

L’entité semblait jouer avec lui, passait d’un côté l’obligeant à se retourner pour revenir de l’autre, sans qu’il ne parvienne jamais à la distinguer.

Une voie douce se fit alors entendre, elle se répétait comme un écho à l’infini, tout autour de lui.

— Ni homme ni femme ni androgyne, ni homme ni femme ni androgyne, ni vierge, ni adolescente ni vieille, ni vierge, ni adolescente, ni vieille, ni chaste, ni prostituée, ni vertueuse, ni chaste, ni prostituée, ni vertueuse, mais tout cela ensemble…

Il eut tout d’un coup la sensation qu’une présence immense se trouvait juste à côté de lui, il redemanda.

— Qu’est-ce que vous êtes ?

La voix continua sa litanie sur le même ton.

— Ni la faim, ni le fer, ni le poison, ni la faim ni le fer ni le poison ne l’ont supprimé, ne l’ont supprimé, mais tous trois réuni…

L’ombre s’arrêta de danser autour de lui, il nagea un peu pour s’en approcher tout en redoutant ce qu’il allait découvrir. Quand la chambre plongée dans la pénombre s’illumina, de la même manière qu’on retire un rideau noir maintenu au-dessus d’un coup sec.

Il réalisa avec effroi se trouver dans un aquarium, qu’il avait la taille d’une microbactérie à côté de la masse du magma sanguinolent qui lui avait piqué la main quelque heure auparavant. Il se mit à hurler d’une terreur insondable, à hurler même s’il savait que personne ne l’entendait.

Plax Posté le 02 Février 2024 à 10:05 #7
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C’est son cri d’épouvante qui le réveilla sur son lit. Le buste dressé, le souffle court, le rythme cardiaque, à la limite de lui faire exploser sa poitrine.

Les yeux grands ouverts, il regarda autour de lui, lança une commande.

– COMMANDE LUMIÈRE VIVE —

La chambre lui apparut telle qu’il l’avait quittée avant de s’endormir, un cauchemar, se dit-il, et retomba en arrière pour calmer sa respiration. Il était en sueur, se rendit compte que ses mains tremblaient, réussit à se lever, et se dirigea vers la douche, l’esprit perturbé par se rêve trop lucide.

Sous les jets d’eau chaude pulsés, il en profita pour se faire un résumé de son emploi du temps de la journée. Remettre la mallette à Holden, pour passer à autre chose, ça l’aiderait à oublier les visions contre nature des expériences de son laborantin fou. Ces mecs étaient des cinglés, à présent, il en avait la certitude. Sans omettre de lui réclamer les antidotes, même si la présence de poison n’était pas avérée, juste le fait d’en prendre le soignerait. Effet placebo, dès qu’on avale la pilule, on se sent déjà mieux.

Puis son esprit le ramena au centre de recherche Lexus.

Jessica venait d’enfiler sa combinaison moulante intégrale, des mains jusqu’aux doigts de pieds, rien ne dépasser, en dehors de sa queue de cheval derrière sa tête fermée hermétiquement à son embouchure et son visage. Un tel vêtement se voulait sans pitié envers le moindre défaut corporel.

Elle n’en avait aucun. Il la trouvait très désirable.

Elle s’en rendit compte et lui sourit, en même temps qu’elle effectuer des moulinets avec ses bras pour qu’elle se mette bien en place.

– Arrête de me regarder comme ça.

Il lui rendit son sourire.

– Ça va tu n’as pas peur ?

Elle changea d’exercice, plia ses jambes pour faire monter un par un ses genoux à hauteur de sa poitrine.

– Non, au contraire, je me dis que ce sera mieux pour nous. J’ai le sentiment que cela me retirera un poids, me libérera de quelque chose.

Lui pourtant avait peur. Une peur irrationnelle, ici elle allait être en observation permanente toute la durée du protocole.

– Ils vont venir me mettre des électrodes sur le corps et le visage à présent. Je sais que cela te gêne de me voir me faire manipuler comme un écureuil de laboratoire, tu n’es pas obligé de rester, je comprendrais.

Il n’était pas resté, elle avait raison, il détestait cela.

Séché et habillé, il buvait un cafey avant de se rendre dans un bar en direction du sud, l’Impasse, avec la mallette de contrôle dans son sac à dos. Repère de criminel affilié à des gangs, là-bas même s’il y avait des caméras de sécurité, ils ne donneraient jamais les enregistrements aux autorités. Holden devait l’attendre, il était en retard. Il abandonna son cafey, enfila un blouson et sortit.

Le ciel était si couvert qu’il faisait déjà nuit alors que la journée venait de débuter. Il se faufilait au milieu de la foule compacte sans prêter attention aux visages des anonymes qu’il croisait. Une crainte absurde le torturait, comme si cette mallette représentait un danger bien plus grand qu’il n’osait l’imaginer, aussi il avait hâte de se délester de ce fardeau.

L’Impasse était un bar border line. On ne venait pas ici pour admirer la décoration ni se prélasser sur des canapés moelleux, mais pour y faire la fête et ça, à n’importe quelle heure de la journée. La faune de la basse ville rejetait le confort et la superficialité, c’étaient les clients et les tenanciers qui donnaient une âme à tout cela.

Il inspecta d’un rapide coup d’œil les personnes présentes, sans découvrir la silhouette de son ami. Pour éviter de rester planté comme un con au milieu de l’entrée, il s’installa au bout du comptoir, et commanda un cafey, en maugréant à l’intention d’Holden.

– Enfoiré tu vas te bouger un peu.

Il cligna des paupières.

– MESSAGE VOCAL — HOLDEN —

– Je suis sur place je t’attends alors fais-moi plaisir, oublis les cuisses de ta belle et rapplique en vitesse.

Clignement de paupière, fin de la communication.

La serveuse qui ne voyait pas ses yeux sous ses lunettes de perception pensa qu’il s’adressait à elle, et l’aborda en lui posant son cafey.

–Bonjour, moi c’est Nimun, pardon vous me disiez quelque chose ?

C’était une Outrilienne plutôt mignonne, il lui sourit.

– Enchanté Nimun, non désolé j’envoyais un message à mon ami qui aurait déjà dû se trouver ici, puis se rendit compte qu’il avait oublié de se présenter, moi c’est Plax.

Il tendit son poigné pour qu’elle encaisse la consommation sur son bracelet monnayeur.

Elle lui rendit son sourire et fit glisser son lecteur pour le débiter.

– Ah, vous n’avez peut-être pas consulté votre AITL. J’espère que votre ami n’y apparaît pas, mais la période nocturne a été agitée. Elle ne figurera pas en haut du classement des nuits sans violence, et comme pour tenter d’innocenter la position du quartier rajouta, on dirait qu’une nouvelle guerre des consortiums vient de débuter dans la haute ville.

Il ne consultait jamais son AILT en temps ordinaire. Se moquait de savoir qui se faisait étriper ou pas, glissa la main dans sa poche pour le sortir pendant que Nimun continuait de lui parler sur un ton fataliste.

– Une fois que c’est parti, après on finit par oublier comment et pourquoi cela a commencé.

Puis elle se figea, son regard braqué sur lui, le timbre de voix se fit lugubre. Ses paroles dont il ne put s’empêcher de réaliser un rapprochement avec son cauchemar de la veille lui glacèrent le sang.

– Ni au ciel ni dans les eaux ni sur la terre ni au ciel ni dans les eaux ni sur la terre, mais dans tous lieux Elle gît et sommeil.

Il laissa échapper sa tasse de cafey qui se brisa sur le sol et lui saisit le poignet d’une main ferme.

– Qu’est-ce que vous avez dit, répétez-moi ce que vous avez dit !

Le regard de la serveuse était redevenu normal, elle semblait fort surprise, presque apeurée par sa réaction.

– Une fois partit, mais je sais plus après…

Il la coupa et haussa le ton.

– Non pas ça la suite !

Elle se plaignit et tenta de se dégager et finit par crier.

– MAIS LÂCHEZ MOI VOUS ME FAITES MAL !

L’impasse était un endroit où l’on aimait bien faire la fête, mais il y avait des codes à observer, bien se comporter avec le personnel en faisait partie. Tous les clients le dévisagèrent. Il sentit une main se poser sur son épaule, il tourna la tête. C’était Melo, le directeur de l’établissement, qui lui décocha un coup de poing en pleine figure, finit par terre aussi brisé que sa tasse de cafey.

– Ici on respecte les bonnes manières.

Ensuite, il fit signe à deux de ses employés.

– Quasar, Rorshar donnez-lui un cours rapide de savoir-vivre et jetez-le dehors.

La demande illumina le visage du premier d’un air malsain, pendant que l’autre moins enclin à ce type de manifestation grimaça. S’en suivit une série de coups de battes de baseball pour achever le travail avant de se retrouver sous la pluie à pisser le sang.

Il rampa avec difficulté pour s’adosser à un mur, le visage tuméfié, un genou et un coude dans un sale état et sûrement une côte ou deux de fendues. Rassuré, il constata qu’il possédait toujours son sac avec la mallette dedans, en espérant qu’ils ne l’avaient pas endommagé dans la démonstration.

Pour Plax la journée était terminée. Il regretta sa réaction absurde. Cette perte de sang-froid, pour un cauchemar stupide, et pourtant, au fond de lui, il avait la certitude que les paroles de la serveuse étaient la suite de celles entendues cette nuit, devant cette créature.

Au bout d’une période de récupération assez longue à jouer l’épave sur le trottoir, il réussit à se lever avec peine, et reprit la direction de son domicile. Le retour vu un calvaire, tous les os de son corps le faisaient souffrir, il perdait du sang, et respirait avec difficulté. Il réalisa ne pas être passé loin de la cuve.

Après ce qui lui sembla une éternité, il s’identifia à l’entrée de son habitation.

IDENTIFICATION VOCALE — PLAX — CODE 48 99 20 17

Son sac glissa de son épaule, qu’il abandonna dans un coin et il se dirigea vers sa salle de bain pour constater devant un miroir à quoi il pouvait ressembler. Comme il le redoutait, ce n’était pas joli à voir, il ôta sa chemise avec difficulté.

Un rictus de douleur sur le visage, il ouvrit un robinet de son lavabo et piocha dans son armoire de soin pour se saisir d’une pleine poignée de cataplasmes autocicatrisant. Il débuta par sa figure qu’il rinça à grande eau avant d’en appliquer un sur la joue qui avait déjà changé de couleur, une merveille pour la reconstitution des tissus.

Les deux mains appuyées sur le meuble, il avait besoin de reprendre son souffle, marqua une pause et en rajouta un sur le coude, pour les articulations. Spécial cartilage, avant de retirer son pantalon pour faire de même à son genou. Il était à bout de force, mais n’avait pas terminé.

Le plus dur restait à faire.

Il trouva un système de bandage autoajusteur qu’il s’enroula tant bien que mal autour de ses cotes lui arrachant un cri de douleur. Une fois en place, il commanda la bande intelligente pour qu’elle se resserre automatiquement sur son torse et là, il dégusta, hurla et faillit même perdre connaissance.

C’est haletant qu’il réussit à regagner son salon. Son esprit à présent libéré de ses contingences, il peina pour attraper son sac, et une bouteille de skiwi pour s’installer à sa table ronde.

Il n’avait toujours pas eu de nouvelle d’Holden et se souvint des paroles de la serveuse, Nimun. Il commença par ouvrir son Ailt, en s’envoyant une rasade de skiwi sans prendre de verre. Il réalisa qu’en effet elle avait eu raison.

Une trentaine de morts y figuraient, au milieu d’eux, celui d’Holden.

Cela changeait tout dans son esprit, ses visions nocturnes, cette phrase étrange délivrée par une inconnue, il était la cible d’une attaque psychique, et d’un théâtre de rue. Quelqu’un ou quelque chose était au courant de son travail à effectuer chez le laborantin, quelqu’un qui était en train de vouloir effacer toute trace de ce qu’il avait pu découvrir.

Tuer un individu n’est pas la meilleure méthode pour la faire taire. Il existait des procédés bien plus raffinés pour rendre les gens cinglés et ainsi leur faire perdre toute crédibilité. Avec un système d’ondes, on pouvait entrer des images, créer des idées ou une terreur nocturne dans son esprit sans même qu’il ne s’en rende compte. Ensuite quand il se promenait au hasard des rencontres, des sujets eux-mêmes sous influences sans qu’ils ne le sachent, délivrer des phrases en relation directe avec le vécu de la personne visé. Ce qui le plongeait dans une défaillance cognitive profonde lui faisait perdre ses repères avec la réalité.

Il frémit, dans quoi Holden l’avait-il embarqué ?

De toute évidence, son identité était connue de ces personnes. Il était devenu une cible, et n’allait pas tarder à figurer sur la liste des assassinés qui à présent il en était sûr, devaient en grande majorité s’agir de suicide. Acte libérateur pour s’extraire de la démence dans la laquelle ils avaient été plongés.

Ce procédé demandait des moyens importants, réservés à quelque consortium voire l’empire, mais lui n’avait aucune idée de qui cela pouvait provenir. Il s’était juste retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.

Il élabora un plan d’action rapide. Dans l’incapacité physique de bouger, il devait se bunkériser, ici, dans son domicile. Il lui restait un stock de brouilleurs d’ondes, qu’il installerait partout dans son logement, avec un tube d’amphétamine pour lui éviter de dormir. Cela lui permettrait d’attendre jusqu’à demain dans une sécurité relative. D’ici là ses cataplasmes auto régénérateurs auraient agi et il pourrait se prémunir d’une autre manière.

Il attrapa en grimaçant son sac à dos pour en extraire la mallette de contrôle.
Comme lui, son apparence en avait pris un coup.

Il l’ouvrit, la démarra, l’image mi plus de temps à s’afficher, des grésillements parasitaires s’invitaient à la diffusion, mais elle réussit tout de même à lui dévoiler l’intérieur du laboratoire.

Il laissa échapper un soupire, soulagé, n’avait aucune envie d’y retourner, puis fronça les sourcils, il avait du mal à reconnaître le lieu, et pourtant il s’agissait bien du même endroit. La différence venait du fait que les aquariums n’étaient plus recouverts d’une toile noire, et que leur résident s’en était extrait pour se répandre dans toute la pièce.

Il ouvrit de grands yeux de dégoût, un bruit de succion lui parvient comme s’ils s’appliquaient à digérer avec minutie tout le mobilier, et surtout, il en remarqua une. Masse rouge sanguinolent qui arrêta son travail destructeur pour se rapprocher tout près de son objectif, et l’observait avec intérêt. Un malaise rempli d’effroi le saisit, et le poussa dans un réflexe défensif à refermer aussitôt la mallette.

– Qu’est-ce que c’est que cette merde !

Conscient de la fragilité de sa situation, il se mit un œuvre pour installer les brouilleurs qu’il régla sur un spectre large, et tous dans la même pièce, le salon. Ses mains tremblaient légèrement, comme si une menace insidieuse s’approcher, il se munit ensuite de ses tubes d’amphétamines d’une couverture de sa bouteille de skiwi et de sa paire d’Eagles pour se recroqueviller sur son canapé, guettant le moindre bruit qui l’entourait, la moindre anomalie cognitive qui pourrait se manifester.

Il lui fallait tenir jusqu’au matin.

Pour plus de sécurité, il se déconnecta de la matrice, et prit soin de n’allumer aucun écran, rien. Un îlot hermétique à toutes formes d’ondes, voilà ce qu’il tentait d’installer.

Il maudit Holden, bien décidé à lui demander une rallonge substantielle pour la tournure de ce petit travail presque routinier, comme il le lui avait souligné.

La nuit fut interminable, avec l’impression de se trouver en dehors du temps. Ses pensées en revinrent sans surprise à Jessica. Il réalisa malgré ses réticences que cette expérience tombait au bon moment, sinon il l’aurait mise en danger sans le vouloir. Là-bas elle était à l’abri du monde extérieur et rien ni personne ne pourrait l’y atteindre.

Il la revit, derrière la vitre sans teint, équipée de toutes ses électrodes pénétrées dans le caisson de privation sensorielle. Les immortels n’avaient pas l’habitude des cérémonies d’inhumation. Il avait senti son cœur se serrer quand le couvercle s’était refermé sur son corps qui flottait dans le liquide. La lumière avait baissé doucement, quelques voyants sur l’appareillage passèrent au vert et les chercheurs lui indiquèrent que tout se déroulait pour le mieux et qu’elle venait d’entrer en stase.

La bouteille de skiwi lui échappa des mains pour rouler sur sol. Il finit tout de même par s’assoupir sur le canapé.

Plax Posté le 02 Février 2024 à 10:21 #8
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Nuit sans rêve, le repos absolu de l’esprit.

Il écarquilla les yeux avec peine, puis sursauta pour se redresser d’un coup en se souvenant de la journée de la veille. Ses mains se portèrent sur ses cataplasmes recombinants, pour constater avec plaisir que même si la douleur était toujours présente, il pouvait articuler son genou et son coude sans trop de difficulté.

Satisfait du résultat, il alla se prendre une douche et les changea pour les conserver encore un jour supplémentaire.

Il s’habilla sans traîner et se reconnecta à la matrice puis se dirigea vers le frigo pour y piocher tout ce qui s’y trouvait. Il avait un appétit de troll, son corps avait besoin de se régénérer et il ne devait pas le contrarier.

– COMMANDE VISIO — HOLDEN —

Il n’avait pas oublié cette fichue mallette, cette fichue histoire auxquelles il voulait mettre un terme au plus vite, en espérant qu’une fois débarrassé, il n’intéresserait plus personne.

Le visage de son ami lui apparut. Il était méconnaissable, inanimé, privé de cette étincelle de vie qui le caractérisait en toute circonstance.

— Plax c’est toi ?

La question purement rhétorique était stupide, bien sûr que c’était lui puisque son nom lui avait été indiqué avant d’ouvrir la communication, signe que le scientifique n’avait pas encore tous les neurones reliés.

— Oui c’est moi, et ne joue pas les étonnait on devait se voir hier. Je t’ai attendu, enfin après j’ai découvert ton nom sur la liste des lauréats et j’ai compris pourquoi tu m’avais posé un lapin. Il t’est arrivé quoi raconte, t’es tombé d’un tabouret de bar ?

Il avait débité la phrase d’un trait, sans tenir compte de l’état de confusion qui régnait chez son interlocuteur, de toute évidence il sortait d’un warp chaotique.

— Euh, oui hier, en vérité je n’ai aucun souvenir de ma journée d’hier, je ne sais même pas comme j’ai fini en cuve… c’est très troublant.

Plax se pinça la lèvre, il n’aimait pas la tournure de la discussion.

— Tu te rappels qu’on était en affaires tous les deux quand même ?

Il préférait en dire le moins possible, la ligne n’était pas sécurisée et sa parano lui intimait de rester discret.

— En affaire, à quel sujet ?

Le vautour manqua de s’étouffer, Holden n’avait pas perdu une journée dans sa mémoire, mais bien quatre ou cinq, il n’avait jamais entendu parler d’une défaillance aussi aiguë du warp.

Il jura.

— Bordel de merde tu m’aides pas là mec. Je sais pas si tu te rends compte, mais tu m’as foutu dans le pétrin, donne-moi une heure pour qu’on se rencontre, je veux éviter d’en dire trop ici.

Holden hésita, parut gêné.

— Ben en fait, après ce qui nous est arrivé, à moi et d’autres membres du labo, on n’a plus le droit de sortir, on est confiné dans un endroit qu’on doit garder secret. C’est juste une mesure de sécurité le temps qu’on retrouve nos souvenirs, et puis avec les événements en cours c’est la pagaille complète dans tout le secteur, trop risqué.

Un frisson glacial lui remonta l’échine, il était piégé avec cette fichue mallette.

Il finit par lâcher agacé, avant de mettre un terme à la conversation, de toute manière il n’en tirerait rien de concluant, estima-t-il.

— Ça va j’ai compris, je te laisse récupérer, mais je compte sur toi pour me contacter des que ta mémoire reviendra, bonne guerre entre consortiums bail !
C’était son seul interlocuteur de toute façon, il n’avait d’autre choix que de patienter.

Pour suivre en temps réel le massacre en cours, il ouvrit un canal d’actualité, et se saisit de son AITL pour apprécier le score de la nuit.

— COMMANDE INFO SECTEUR MUR SALON

La liste des décès lui donna le vertige, il s’arrêter de mâcher ses céréales. Plus de deux cents personnes assassinées, il flaira aussitôt une autre raison qu’une simple guerre de consortiums liés à tout cela. C’était une dératisation organisée, ça ratissait large, il se demanda même si les rebelles n’avaient pas fait sauter le sas, ça touchait à la sécurité globale du secteur.

Il leva les yeux sur le canal d’actualité qui s’animait en face de lui.

— … Les rues sont redevenues calmes après cette nuit funeste, les informations récoltées restent encore sujettes à caution, puisque nous le rappelons tous ses meurtres ont eu lieu en grande majorité au domicile des gens, qui une fois sortie de cuve n’en garde aucun souvenir susceptible de pouvoir alimenter une investigation. L’Épicentre de cette vague sanglante se situe dans le secteur de la haute ville, mais c’est largement répandu dans le centre-ville. Des rumeurs infondées rapportant la présence de champignon ou végétaux mutagènes sont à placés sur le compte de l’affolement des individus, créant des hallucinations dont il n’est souhaitable de n’apporter aucun crédit, et qui ne font que nuire au bon déroulement de l’enquête en cours des autorités…

Cette fois-ci Plax manqua de s’étouffer, et faillit recracher toutes ses céréales dans son bol. Le souvenir bien vivace dans sa tête de la vision du labo hier soir venait de lui ressurgir à l’esprit. Il ne pouvait pas s’agir d’une coïncidence, cette chose intelligente qui l’avait regardé à travers son objectif fantôme avait de toute évidence trouvé un moyen de sortir de son lieu confiné.

La litanie de mauvaise nouvelle ne s’arrêtait pourtant pas là.

— Fait peu ordinaire, vous aviez peut-être senti une légère vibration provenant du sol, l’information nous a bien été confirmée. Il s’agissait d’une activité sismique d’un point cinq qui s’est déroulée sous nos pieds. Son amplitude reste anodine et ne peut entraîner aucun dégât significatif ou même mineur sur l’ensemble du secteur…

Cela faisait beaucoup de mauvaises nouvelles en trop peu de temps, il préféra fermer le flux d’actualité. Holden avait raison, c’était le bordel dans tous le secteur, se dit-il, et toutes ses informations se mélangeaient à présent dans son esprit.

Il avait la certitude que ses craintes émissent la veille, concernant la manipulation psychique était bien réel, mais se demandait s’il ne s’était pas trompé sur l’identité de son auteur. Ce qu’il redoutait de s’avouer, et il le sentait très bien, c’est qu’il n’y avait pas de consortium dans l’ombre qui tirait les ficelles, mais plutôt une forme de vie destructrice sortie tout droit d’un laboratoire clandestin, travaillant sur des projets interdits.

Son regarde se posa sur la mallette de contrôle et il déglutit. Incapable de l’ouvrir à nouveau pour vérifier ce qu’il s’y passait avec une peur bien plus grande de ce qu’il risquait de découvrir. Puis ses pensées dérivèrent sur Jessica, et si la tour Lexus avait été touchée, est-ce que sa sécurité était toujours garantie ?

Il le lui fallait s’en assurer, inutile d’essayer de les contacter par la matrice, il savait très bien qu’ils ne lui donneraient que des informations pour ne pas l’affoler. Il devait se rendre sur place et constaté par lui-même, conclut-il, et se prépara sans traîner pour sortir.
Plax Posté le 02 Février 2024 à 10:33 #9
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Si la météo n’avait jamais été favorable, ce jour-là elle battait des records de perturbations en tout genre. Un ciel noir d’une densité rarement égalée stagnait au-dessus du centre-ville. La cellule orageuse évoluait sans cesse, pilonnant d’éclairs tous les points du secteur sans relâche. Le vent poussait une pluie diluvienne sur les façades des immeubles et inondait les artères encaissées.

L’éclairage public ne diffusait qu’une luminosité réduite, par une consommation trop gourmande de l’ensemble du réseau. Les silhouettes des passants s’y dessinaient comme une masse fantomatique sans yeux ni visage, couvert de grand pardessus qui leur tombaient jusqu’aux pieds.

Le vautour sentit un léger malaise le saisir, une sensation de vertige, la tête lui tournait sous le brassage incessant de la foule. Il parvint à la tour Lexus, son rythme cardiaque battait trop vite, il effectua une pause, après avoir traversé le sas de décontamination qui lui autoriser l’accès.

Il reprit ses esprits un court instant, respira à plein poumon. L’intérieur était calme, les murs blancs aseptisés l’entouraient, quelques gardes de la sécurité et un comptoir avec un portique à franchir avant d’aller plus loin. Il s’adressa à un employé pour formuler sa demande, sortirent ses deux Eagles qu’il déposa à l’entrée.

Nulle arme n’était autorisée.

Un voyant vert s’illumina et il put continuer dans l’indifférence du personnel en liaison matricielle constante avec l’entité Lexus.

Il emprunta un ascenseur qui le conduisit à l’étage des caissons de privations sensoriels, marcha jusqu’à une porte.

– COMMANDE AUTORISATION VISITEUR

Qui lui délivra l’accès au sarcophage de Jessica.

Il était satisfait de constater que l’hystérie du dehors n’avait pas franchi les murs de la tour. D’un côté de la pièce, un miroir qu’il savait sans tain, abritait derrière une équipe de techniciens qui veillait en permanence sur le sommeil de Jessica.

Deux grandes vitres dont la vue donnait sur l’ensemble du secteur. Au milieu, le caisson d’où clignotaient des tas de voyants, attestant de son bon fonctionnement, équipé d’un unique hublot d’où il pouvait discerner son visage.

L’apercevoir lui fit du bien, ses traits étaient apaisés, avait-elle réussi à équilibrer son psychique à maîtriser ses émotions qui la torturaient et la poussaient à cette perfection tant désirée. Il repensa à leur dernière soirée et à cette charge qui l’écrasait.

Encore un jour, se dit-il, et après ? Après il n’en savait rien.

Ses doigts effleurèrent le caisson, il crut entendre cet air qu’ils avaient écouté ce soir-là, la mélodie lui paraissait lointaine comme issue d’un songe.

Derrière le miroir de contrôle, les techniciens venaient de se faire sortir de leur vieille contemplative, et semblaient d’un coup prendre la situation avec gravité.

— Son rythme cardiaque augmente, regarde son encéphalogramme, il réagit !

Le vautour de plus en plus intrigué réalisa que cela provenait de l’intérieur, il colla son oreille contre sa paroi, et stupéfait, perçue la musique.

Dans la salle attenante, un des deux employés le désigna de l’autre côté de la vitre.

— C’est lui, il interagit avec la patiente, faut le virer il est en train de la réveiller !

Même si la chose était impossible, c’était la seule explication qu’ils avaient trouvée pour interpréter cette altération inédite dans le protocole.

Le plus affolait qui c’était levé appuya sur un voyant de sécurité qui demandait l’intervention immédiate des agents.

Un malaise envahit le vautour, son regard à présent fixait sur le visage de Jessica, il la vit articuler des paroles qui résonnèrent dans sa tête dans une horreur indicible.

— Ni mari ni amant ni parent, ni mari ni amant ni parent, sans affection sans joie sans pleure, sans affection sans joie sans pleure…

Le cauchemar continuait.

Il n’entendit pas les deux agents de la sécurité entrer, hypnotisé par les traits de Jessica. Ni leur mise en garde avant qu’ils ne tirent ensemble pour lui envoyer une décharge électrique si puissante qu’elle lui fit perdre connaissance de façon instantanée.

Il s’écroula sur le sol.
Plax Posté le 02 Février 2024 à 10:40 #10
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– CONTRÔLE — DÉTENTION D’APPAREIL DE MESURE PORTATIF — NÉGATIF — CONTRÔLE DÉTENTION D’IMPLANT AUX CAPACITÉS DE BROUILLAGE — NÉGATIF — CONTRÔLE — CAPACITE PSYCHIQUE NON AUTORISÉ – NÉGATIF

Il émergea d’un brouillard mental dense. Il se trouvait dans une pièce blanche de taille réduite, sur une cloison en face de lui, un œilleton de sécurité le scannait avant de terminer.

– VALIDEZ LE CONTRÔLE —

Il papillonna des yeux, avait du mal à suivre le protocole, la voix métallique répéta.

– VALIDEZ LE CONTRÔLE —

Il finit par s’exécuter et s’entendit articuler la bouche pâteuse.

– Valider le contrôle

Une porte se déverrouilla à l’intérieur du caisson et il sortit d’un pas chancelant. Deux gardes l’attendaient et il fut conduit à l’accueil ou il put récupérer ses armes, en même temps qu’un avertissement lui fut délivré.

– Votre présence interfère avec le protocole de Von Kanf. Vous n’êtes plus autorisé à vous approcher du caisson tant que son programme ne sera pas exécuté dans son entièreté. Toute récidive de votre part nous donnera le droit d’ouvrir le feu sur votre personne sans sommation.

Il fut raccompagné dehors entourer par deux agents et se retrouva sous la pluie dans un état de trouble avancé, passa une main sur son crâne. Les paroles de Jessica venaient rejoindre les autres, toute celle entendue depuis la nuit qui avait suivi l’expédition dans le labo’ après s’être fait piquer par cette chose dans l’aquarium.

Cette idée lui donna le vertige, il avait l’impression de s’enfoncer dans un songe dont il était un intrus ou un témoin, impuissant de ce qui allait se produire.

Les deux décharges l’avaient laissé sans force, il se sentait fébrile, les jambes comme du coton. Dans l’incapacité de faire quoi que ce soit, il rentra chez lui.

En chemin il perçut le sol vibré sous ses pieds, ne sachant si cela provenait de lui ou pas, amplifiant le mal être de tous ses sens. Il réussit à regagner son domicile et s’écroula sur son canapé tel un sac mort pour sombrer dans un sommeil profond.

Plax Posté le 02 Février 2024 à 10:52 #11
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Il émergea à la réalité en plein milieu de la nuit. Sans rêve il avait dormi à poings fermés d’un seul trait. Repos compensateur bienvenu depuis plusieurs jours trop agité pour lui. Il nota deux choses, le sol tremblait légèrement, et sa lentille connectée n’en finissait plus de frémir.

Il cligna les paupières pour faire le point et se leva, remarqua l’heure très matinale et joua avec son bras et sa jambe pour constater qu’il avait tout à fait récupéré.

– MESSAGES EN ATTENTES — 15 — MESSAGES EN ATTENTES — 15 —

Il râla.

— Secousse sismique de merde…

Il alla se préparer un cafey et interrogea son répondeur.

— COMMANDE LECTURE MESSAGES —

Intriguer, il pensa un moment que Holden avait tenté de le contacter, mais fut surpris de se rendre compte que ce n’était pas lui.

— Je suis Aloise Cleyton, je désire que vous passiez me poser un système de sécurité à mon appartement sur le champ, je double vos honoraires si vous venez tout de suite !

Il regarda l’heure, quatrième cycle, gonfla ses joues et se dit qu’il s’agissait encore d’un taré, mais la suite des messages lui prouva le contraire. Ils avaient tous trouvé son numéro sur la liste des techniciens indépendants et voulaient tous se faire installer des systèmes défensifs à leur domicile.

Quelque chose était en train de se dérouler dans le secteur, comprit-il.

— COMMANDE ACTU’ MUR SALON

En tout cas l’aubaine était à saisir, et il pensa se faire un max de crédits pour compenser ce qu’Holden lui devait.

Ce qu’il découvrit le surprit dans un premier temps.

— Un black-out est instauré pour tous les habitants de la haute ville, les autorités prennent la menace très au sérieux et déploie tous leurs effectifs pour éradiquer ce parasite dont les origines ne sont pas encore connues…

Mais ne l’effraya pas, au contraire. Il avait eu trop peur durant ces derniers jours et là de voir des images d’escadrons quadriller la ville équipée de lance-flamme pour faire la peau à cette algue invasive le détendit. Tout le monde était à présent au courant du problème, il n’était plus le seul, et les moyens mis en place laissaient à penser que cet intrus passait un très mauvais quart d’heure.

Il sourit en coin, en sirotant son cafey.

— Fini la fête, pouvoir cognitif ou pas tu vas retourner dans le néant des thallophytes chlorophylliens sanguinaires.

Il termina sa boisson sans se presser, exécuta un rapide inventaire de tout son matériel, et se rendit à l’adresse du premier message, avec l’intention de réaliser le plus d’intervention possible tant que la demande se manifestait.

Plax Posté le 02 Février 2024 à 11:05 #12
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Il en était à sa cinquième intervention.

Dehors la situation n’était pas aussi maîtrisée que le laissait penser le flux d’actualité.

Une panique générale s’était emparée du secteur, les algues apparaissaient d’une bouche d’égout pour happer le premier venu avant de disparaître aussitôt. À d’autres endroits, elles avaient pris d’assaut la façade d’un immeuble.

Les escadrons du Militarium et du CDO parcouraient les avenues avec leur lance-flammes et cramaient tout ce qu’ils trouvaient, même des citoyens s’ils avaient le malheur de se placer entre leur cible et eux. Sans parler de la population qui devenait hystérique et canardait avec tout ce qu’il lui passait sous la main, la masse sanguinolente dès qu’elle la découvrait, créant plus de dégâts qu’elle ne luttait contre les algues.

Le vautour pénétra dans une tour et grimpa jusqu’au dixième étage avant de se faire annoncer.

– COMMANDE — TECHNICIEN EXPERT PLAX —

La porte coulissa et il entendit une voix le presser, à l’affût du moindre danger.

— À vous voilà enfin, entrez vite, suivez-moi…

L’autre lui avait saisi la manche sans lui laisser le temps de respirer, c’était comme ça depuis le début, ils avaient tous peur de se voir assiéger dans leur propre domicile.

— Regardez j’ai réussi à mettre la main sur les dernières plaques de titanium, il faut que vous les installer sur les vitres donnant sur l’extérieur et que vous les reliez au réseau électrique pour empêcher toute intrusion.

Il paraissait avoir réfléchi à son affaire et semblait soulagé de pouvoir l’exposer.

— Euh, mais vous n’allez plus rien voir après, et vous vous situez aux dix étages, vous pensez que ces choses pourraient réellement monter jusqu’ici ?

L’autre s’indigna et lui désigna un point sur l’horizon.

— Vous distinguez cette grande flamme, c’est une tour de vingt étages. Les algues l’ont prise d’assaut et avec mes jumelles j’ai observé les gens se jeter dans le vide avant que les escadrons n’interviennent et ne fassent tout cramer !

Le vautour savait qu’il était inutile de tenter de raisonner quelqu’un en proie d’émotions intenses, comme la peur.

— Moi ce que j’en dis, le client est Roy, mais faudra être prudent de ne pas vous en approchez si je les relie au secteur. Je peux vous poser ça, mais oublier le certificat de sécurité qui l’accompagne, on va estimer qu’on opère dans l’urgence.

Ce qui sembla convenir au propriétaire qui paraissait tout accepter du moment que sa cloison donnant sur la rue finissait condamnée.

— Voilà c’est parfait, faites vite je vous en…

Il laissa sa phrase en suspens, une secousse sismique plus forte renversa tout ce qui se trouvait dans l’appartement. La pression monta un peu plus chez le client.

— C’est la fin du monde, on va tous y passer, dépêchez-vous, vous attendez quoi là !

Plax émit un râle pour protester, et ce mi au boulot devant la façade vitrée.

Il commença à prendre des cotes qu’il releva sur un calepin. Son regard se perdait dans la vue qu’offrait le dixième étage, pour se poser sur l’immeuble d’en face, d’où s’affichaient des messages publicitaires et enfin une phrase qui l’intrigua assez pour la prononcer à haute voix.

— Sait et ne sait pas pourquoi il édifia ceci ?

Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire, et quel produit se cachait derrière cette énigme ?

Un frisson lui parcourut l’échine, avec l’intime conviction de connaître son l’auteur. Comment cette chose pouvait-elle communiquer de la sorte, et pourquoi avait-il la sensation qu’elle s’adressait toujours à lui ?

C’est une nouvelle secousse qui le sortit de sa torpeur, une secousse bien plus violente. Tout dans l’appartement finit par terre, à l’horizon, il distingua à deux kilomètres en direction de l’ouest des immeubles entiers dont la silhouette venait de disparaître, l’endroit de l’épicentre se dit-il. À leur place quelque chose était en train d’émerger du sol, il se figea sous la vision apocalyptique qui prenait naissance devant lui.

Un orbe de sang gigantesque commença à s’élever dans les airs, ses tentacules écarlates couvraient la longueur des avenues.

Il réussit juste à balbutier, son esprit paralysé devant l’apparition de cauchemar, de ses cauchemars.

— C’est impossible...

Le client resta comme lui tétanisé. La nature du danger venait de changer. De prendre une dimension bien plus inquiétante et plus urgente pour perdre son temps à poser des plaques de titanium dans un immeuble qui ne tiendrait pas deux minutes face à une telle menace.

Dans son esprit, un nom lui apparut, Jessica, comme un besoin vital, il lui fallait rejoindre la tour Lexus, plus rien d’autre ne comptait.

Il abandonna tout son matériel et le client devenu hystérique, pour s’y rendre au plus vite.

— Où allez-vous, vous n’avez pas terminé, je vais vous saquer dans mes commentaires, vous ne serez pas payé !

Plax Posté le 02 Février 2024 à 11:14 #13
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Dans les artères du secteur, l’hystérie était devenue totale. Il entendait de loin des impacts de lance-roquettes s’abattre sur l’orbe tout en sachant par avance que cela n’aura aucun effet.

Les avenues étaient envahies de nappes d’algue carnivore qui semblait attendre ce signal pour attaquer en même temps.

Le bruit de succion était épouvantable.

Des lance-flammes crachaient leur napalm de tout côté, il dut faire deux détours pour éviter des rues complètement recouvertes de cette peste rouge. Des gens se battaient entre eux, lui courut le plus vite qu’il put en direction de la tour Lexus.

La foule dense le ralentissait, elle s’agglutinait à des endroits pour finir par se libérer, marchant sur le corps des personnes trop hésitantes à vouloir avancer. Les cris, les sirènes emplissaient l’atmosphère, il réussit à s’en extraire pour entrer dans le sas de décontamination, étape obligatoire pour accéder à l’intérieur du complexe.

Il pénétra dans le hall qu’il trouva à sa grande surprise vide, aucun agent de sécurité, aucun employé au portique, ils avaient tous déserté les lieux.

Un mauvais pressentiment l’envahit, qu’avaient-ils fait des sujets du protocole.

Il partit à toute allure dans les couloirs, une alarme se déclencha sans que personne n’intervienne pour l’empêcher de passer. Il gagna les ascenseurs pour se hisser jusqu’à l’étage des caissons de privation sensorielle. Son cœur battait de plus en plus vite, il se précipita dans la salle réservée à Jessica.

– COMMANDE AUTORISATION VISITEUR —

Il pénétra dans la pièce avec le miroir sans tain, en arrière-plan, à l’horizon il pouvait distinguer l’orbe sanguinolent déployer ses tentacules comme une toile pour recouvrir tout ce qui l’entourait.

Ses mains tremblaient, il s’approcha du caisson. Une voix sortie de l’interphone provenant de la cabine de surveillance, une voix terrible qui sonnait tel le glas pour un condamné.

— Ni tertre ni pyramide ni tombeau, ni terte ni pyramide, ni tombeau, mais toutes ces choses à la fois…

Il déglutit, se saisit de ses deux Eagles et regarda dans le caisson.

— Ceci est un sépulcre qui ne renferme aucun cadavre…

Il était vide, il releva la tête et observa son reflet en train de continuer la phrase.

— Ceci est un cadavre que n’enferme aucun tombeau…

Il braqua ces deux armes dans sa direction.

— Ne font pourtant qu’un, le cadavre et le tombeau.

Il se mit à hurler en même temps qu’il vidait ses chargeurs sur la vitre qui s’effondra, à la place, une masse grouillante d’algues de sang venait d’envahir la pièce pour le dévorer.
Plax Posté le 03 Février 2024 à 09:57 #14
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Jessica assemblait des essences de couleurs animées sur un vase en céramique. Travail minutieux qui lui remplissait l’esprit et lui éviter de penser.

Une démangeaison lui parcourut la paupière droite.

– APPEL ENTRANT — LABORATOIRE LEXUS —

Elle se figea, puis valida la communication d’un clignement.

Le message était brut, et se voulait sans détour.

— Il vient de se réveiller.

Un nœud d’angoisse lui serra la gorge, elle ferma les yeux sous le coup de l’émotion et sa voix modula pour lâcher une réponse.

— J’arrive tout de suite.

Elle abandonna son travail en cours, se munit d’un pardessus et sortit sans attendre pour se rendre à la tour Lexus. Cela faisait plus de dix jours que Plax était immergé dans un de ces caissons de privation sensorielle. On avait beau lui répéter que le protocole s’était pourtant déroulé sans incident, son vautour ne se réveillait plus.

Jusqu’à aujourd’hui.

Dans quel état allait-elle le retrouver, elle préféra ne pas y songer avant d’avoir vu le professeur Kovacsky.
Plax Posté le 03 Février 2024 à 10:24 #15
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Plax était allongé dans un lit, au milieu d’une pièce d’un blanc immaculé vide de tout mobilier. Jessica l’observait tendue de l’autre côté du miroir sans tain, en la présence du professeur qui avait tenu à lui faire un compte rendu de la situation, pour avant tout, la rassurer.

— Physiquement il se porte très bien, aucune lésion aucun problème de motricité, tout va pour le mieux. Il n’a simplement gardé aucun souvenir du protocole, rien, on pense à un système de défense que son mental à mi en place pour le ménager. Dans un cadre familier entouré d’une personne attentionnée, cette amnésie devrait s’estomper, même si nous n’en avons aucune certitude, il faut bien l’avouer.

Le protocole c’était bien le dernier de ses soucis qu’il l’ait oublié ou pas, se dit-elle.

— Sinon, sa mémoire, sait-il qui il est, se souvient-il de moi ?

Le professeur se voulut d’abord rassurant.

— Oui très bien, il vous a réclamée aussitôt éveiller, il sait qui il est, ce qu’il fait dans la vie, c’est juste son temps d’immersion qui est resté dans le caisson…

Puis il se sentit obligé de lui faire part d’une précision.

— Son temps d’immersion ainsi qu’une légère altération dans ses souvenirs, un détail.

Jessica les bras croisés, fronça les sourcils.

— Quel détail ?

— Dans sa mémoire, il est persuadé que ce n’est pas lui qui a suivi le protocole, mais vous.

Un comble, elle qui avait tout mis en œuvre pour le décourager se dit elle, mais si ce n’était que cela, elle voulait bien s’en accommoder.

Elle refusa toutes les demandes d’examens approfondis pour s’assurer de son état et le ramena chez eux, tenant à mettre le plus de distance avec la tour Lexus.

Une fois à leur domicile la situation devient vite confuse. Elle tenta de lui faire part de son inquiétude et lui, témoignait du même sentiment envers elle, la dissuadant d’aller dans ce sens-là. Elle devait le rassurer et ne plus parler de cette histoire si cela ne venait pas de lui, comprit-elle.

Le vautour était soulagé de se retrouver chez eux, même si une ombre planait dans son esprit, à l’affût dans son subconscient, sans qu’il parvienne à en déterminer la nature.

Elle lui prit la main.

— Viens, j’ai quelque chose à te montrer, pendant que tu barbotais j’ai débuté une nouvelle série, j’ai décidé de sortir de ma zone de confort comme tu l’appelles, pour tenter une approche différente.

Elle l’amena dans son atelier, un caisson était dissimulé sous un drap noir, qu’elle tira pour le lui faire découvrir. À l’intérieur un orbe constituait d’un veinage et de chaire assemblée évoluait au milieu de ses tentacules qui avait la consistance du sang coagulé.

Il afficha une grimace de révulsion, elle s’en aperçut et s’en voulu.

— Je trouve cela effrayant.

Elle recouvrit aussitôt le caisson de son drap noir.

— Désolée, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise, et comme pour se justifier, c’est ce que la clientèle recherche tu sais.

Il lui prit la main, un nœud d’angoisse venait de le submerger sans qu’il en comprenne la raison. Elle en profita pour le faire sortir de l’atelier.

— Prends place sur un fauteuil je nous serre un skiwi.

Elle sentait sa main trembler légèrement dans la sienne, ne s’imaginant pas que cela pouvait autant l’affecter. Elle mit leur musique préférée, *One more kiss dear et revint deux verres dans les mains.

— Et comment là tu intitulé ?

La chanson emplit la pièce, elle lui tendit son verre.

— L’œuvre au rouge, la fin des temps.


Spoiler (Afficher)
HRP Je tiens à remercier, l’équipe de l’Impasse, les JD Melo, Nimun, Rorshar et Quasar qui ont bien voulu participer à cette petite aventure, et à souligner l’utilisation de ce texte énigmatique qu’égrène Plax tout au long de cette histoire. Les initiés auront reconnu Ælia Lælia Crispis, aussi connu sous le nom de la pierre de Bologne, texte hermétique dont l’auteur reste inconnu ainsi que son sens jusqu’à ce jour.