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Un parfum familier

Créé par Plax le 06 Décembre 2023 à 11:11

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Plax Posté le 06 Décembre 2023 à 11:11 #1
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Certains considèrent le glanage et la fouille comme des occupations à haut potentiel rémunérateur, qui s’appuient sur deux outils dont l’ensemble des ramasse-merdes se réfèrent.

Le premier est la carte. Mise à la disposition de chacun, elle indique la valeur de la position, et peut à l’occasion amener son utilisateur à des hubs prolifiques, ou à des zones vidées du plus misérable déchet. Lieu maudit gangréné par la présence de toutes sortes de champignons aux spores mutagènes, dont il fallait s’éloigner au plus vite si on ne voulait pas voir sa peau se couvrir de pustules. Signale de l’arrivée de parasites, avant de se transformer dans la plus anarchique division cellulaire, en fongoïde agressif.

Le second, la chance, et là, que l’on croie ou non à sa bonne étoile, on peut reconnaître une chose. Il en faut toujours une étincelle dans toute entreprise, même lorsque cela concerne une activité aussi insignifiante que celle de glaner.

C’est sur cette pensée que le vautour décida de clôturer ses recherches. Il se redressa une fois extrait de la trappe plongée dans le noir pour jeter un coup d’œil circulaire.

Il avait depuis longtemps laissait sa carte au fond d’un tiroir, pour n’utiliser que son instinct afin de le seconder dans sa réussite. Réussite, qui ce jour-là, il du bien le reconnaître ne fut pas convaincu par sa nouvelle idée. Choisir l’endroit le plus isolé ou personne n’allait jamais fouiller, en mode urbex, car sa cible ne viser pas un terrain vague malodorant, mais l’intérieur de complexes industriels désaffectés.

Quand il s’était glissé dans les décombres d’un autre âge, la lumière lavasse du ciel diffusait encore de quoi se repérer. À présent qu’il ressortait son nez dehors, il réalisa un peu désappointer que l’obscurité couvrît le paysage.

Le lieu laissait apparaître des ombres menaçantes, comme autant de créatures innommables qui résidaient à l’extérieur des murs de la cité. Dans l’incapacité de se souvenir par quelle direction il avait pénétré dans ce piège aux relents de produits toxiques, il choisit de se rendre vers les éclairages les plus proches de sa position. Ses pas le conduisirent jusqu’à une enseigne lumineuse qui se maintenait avec difficulté sur une façade décrépie, dont la dernière lettre du néon s’obstinait à clignoter avec résignation.

Black Hat

Le sud du secteur abritait un no man’s land que l’empire avait déserté depuis des éons. Les échoppes clandestines y pullulaient, sans que personne n’y trouve rien à redire. Le Black Hat devait faire partie de ses commerces éphémères, dont l’existence au milieu du néant interrogeait toujours le vautour quant à la viabilité du projet. Quelle intention poussait un individu à lui faire voir le jour, ou la nuit, rectifia-t-il en silence.

À son approche, la brume épaisse s’écartait autour de sa silhouette pour se refermer à son passage. Il regretta de ne pas avoir pris de masque, suspectant la présence, résiduel, mais toxique d’une chimie meurtrière qui devaient transpirer du sol, pour s’oxyder et se transformer dans une danse millénariste infinie.

Il fit pression sur la lourde porte métallique dans le même silence que celui de ses pas sous cette brume, qui s’obstiner à faire disparaître toute emprunte sonore, toute identité. Par sécurité, son autre main resta dans la poche, sur la crosse de son pulseur.

L’intérieur du bar, faiblement éclairé par des lueurs tamisées, qui provenaient de sphères disséminées de manière judicieuse pour guider le visiteur au travers d’un mobilier désordonné. L’endroit semblait vide, à l’exception d’une silhouette derrière le comptoir, dont un geste trahit la présence. Il se dirigea vers elle, d’un pas assuré sans lâcher son arme au fond de son habit.

L’elfe qui lui faisait face ne parut pas surpris de sa venue. Elle abandonna sa tablette pour le dévisager sans la moindre gêne. Son physique à l’allure élancée en faisait un joli spécimen comme bon nombre d’individus femelles de son espèce. C’est sa coupe de cheveux et son maquillage tribal qui mettaient un terme à toute forme d’attirance, comme si elle avait pris soin de s’enlaidir pour mieux s’assortir à son environnement.

Comprenant que les us de l’empire devaient être bien éloignés de ces considérations, il opta pour un langage plus neutre, et l’aborda sur un ton qui trahissait son malaise.

— Salut, vous allez trouver cela idiot, mais je crois que je me suis perdu.

Elle le fixait droit dans les yeux en mâchouillant avec de nombreux effets sonores quelque chose, dont il ne tenait pas à connaître la nature. Un sourire était apparu sur ses lèvres couvertes d’un violet outrancier qui lui agrandissait la bouche de manière volontaire. Elle lui déclara, en le jugeant un peu vite comme si elle prenait un certain plaisir à partager sa déconvenue.

— Et ouais c’est ça de venir s’encanailler dans le sud, on finit par en perdre ses repères, y boit quoi le noble étranger ?

Plax comprit qu’il serait habile de sa part d’échanger un verre avec elle pour s’accorder ses faveurs, et réalisa aussi qu’il en avait besoin. Crapahuter dans des sous-sols désaffectés n’était pas de tout repos, et une longue marche l’attendait pour rejoindre le centre-ville.

— M’encanailler, pas tout à fait, je venais fouiller sur le vieux site industriel, et en ressortant du labyrinthe souterrain, j’ai pu constater que le jour s’en était allé. Il retira la main de sa poche pour la poser sur le comptoir plus détendu. Servez-moi un ce que vous voulez dans un grand verre, du moment que c’est frais et un peu alcoolisé ça fera l’affaire. Puis s’empressa de rajouter, si vous désirez m’accompagner, faites-vous plaisir, et ne vous imaginez pas que je tente de vous draguer, c’est purement égoïste, je déteste boire seul.

Il lui rendit son sourire, qu’elle sembla apprécier avant de se pencher pour ouvrir un frigo. Elle en sortit un cocktail scellé, d'une couleur similaire aux traits épais de ses peintures tribales qu’elle affichait sous les yeux, et se saisit d’une bière à son intention.

— Un glaneur dans l’usine, alors je retire ce que j’ai dit, respect. Elle fit tinter sa canette contre son verre aux formes ondulées qui lui fit songer à sa silhouette. Même les habitants du coin n’y vont pas dans ce gâchis, moi c’est Jess', ils échangèrent un regard qui leur fit comprendre qu’en d’autres circonstances ils auraient pu devenir ami, voire plus. Votre audace a-t-elle été récompensée ?

Il retira le film plastique qui obturait le verre, avec un léger regret d’être resté si évasif sur le choix de sa boisson.

— C’est difficile à dire, parfois on trouve des objets qui paraissent ne pas avoir le moindre intérêt et qui se révèlent très lucratifs et d’autres fois c’est l’inverse. Aujourd’hui je pense entrer dans la première catégorie dans l’espoir de ne pas me tromper, puis il conclut d’un ton sincère, moi c’est Plax, enchanté Jess.

Elle hocha la tête et posa sa bière pour s’emparer d’un long porte-cigarette à l’allure très élégante qui s’assortissait mal avec le reste de sa tenue, remarqua-t-il, comme s’il s’agissait d’un costume de circonstance.

— Ah ça la chance, il en faut toujours un peu dans tout ce qu’on entreprend. Se fier à son instinct est la meilleure des méthodes qui soit. Elle aspira pour relâcher une bouffée de fumée dont le parfum lui fit songer à un souvenir du passé sans qu’il parvienne à lui donner un nom, elle continua d’un air taquin. D’ailleurs, se fier à son instinct n’est-ce pas une pensée déviante pour un impérialiste dont toutes les règles du quotidien sont gravées dans les codex ?

Il leva son verre dans sa direction pour lui signifier qu’il l’accompagnait, avant de le porter à ses lèvres. Il découvrit étonner un goût de la même tonalité que les volutes de la fumée. Il laissa glisser le liquide sans précipitation au fond de sa gorge, et ne put s’empêcher d’être séduit par sa manière de penser, lui qui, il y a encore peu de temps, partageait l’identique réflexion. Il se rendit compte que comme elle a son égard, il l’avait trop vite jugé. Il s’était imaginé trouver une monosyllabe au QI réduit par l’alcool et les drogues.

— Non j’aime à croire avec un peu de naïveté que l’imperium nous dicte cela pour nous protéger. L’instinct pourrait se transformer en ferveur, puis en culte et enfin en hérésie, moi je ne l’utilise que de façon mesurée, je ne rêve pas de grandeur. Il but cette fois-ci une longue gorgée et reprit. Dans l’immédiat ma quête reste plus modeste, elle consiste à retrouver mon chemin, si vous pouviez m’indiquer la direction du T.Cast le plus proche, vous gagnerez en échange ma reconnaissance éternelle. Il termina sur un ton plus neutre, combien vous dois-je pour les deux consommations ?

Elle le scrutait à présent de manière énigmatique, un bras en travers de son ventre, le coude de l’autre qui tenait le porte-cigarette reposait sur le poignet du premier.

— Pour un T-cast il va vous falloir marcher un peu. Prenez à votre droite en sortant, gardez le cap, ça vous mènera à un passage sous terrain. Il vous évitera de traverser le complexe industriel, mais gare à vous il est parfois mal fréquenté. Une fois de l’autre côté, vous débouchez à l’est du quartier, enfilez la rue la plus large, elle vous conduira au T-cast, pour les consos’ ça fera cinq mille crédits.

Le prix se voulait prohibitif, mais il ne tenta pas de le discuter. Son cocktail l’avait détendu et cette discussion lui avait permis de mettre à bas certains préjugés. Il posa la somme sur le comptoir.

— Je vous remercie pour ce bref échange, ce fut un plaisir.

Elle reprit sa tablette et se remit à mâchouiller de manière bruyante.

— Plaisir partagé, courage pour le retour.
Plax Posté le 09 Décembre 2023 à 08:50 #2
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Une fois dehors, un léger frisson lui parcourut l’échine. Il regretta sa négligence, d’avoir laissé le temps filer lorsqu’il se trouvait dans les entrailles de l’usine. L’endroit en plein jour n’était pas conseillé quand on possédait un peu de cervelle, de nuit, il pouvait s’avérer fatidique à bien des égards.

Des poutres de ferrailles entremêlés et rouillés émergés du sol telle la dentition putride d’une mâchoire géante, prête à l’avaler. Il avançait avec prudence, pivotait à droite puis à gauche, se penchait, comme un danseur répétant sa chorégraphie au ralenti pour mieux l’assimiler. Juste éclairé par le vaisseau lumineux intégré au pulseur, dont la brume épaisse réduisait le champ d’action. Il prenait malgré les obstacles, bien soin de conserver la direction que l’elfe lui avait indiquée.

Au bout d’un temps qui lui parut infini, il réussit à s’extraire de cette zone dévastée, dont il n’aurait jamais, sans les conseils de Jess, songé à s’engager. Il déboucha devant l’immense gueule béante du passage souterrain. Elle devait le conduire dans le sud du secteur, celui du quartier. Lieu de perdition tenu par la criminalité et les gangs.

S’il avait eu l’impression de traverser la mâchoire, il lui semblait à présent devoir plonger dans le gosier de la créature. Il prit le temps de s’examiner pour s’assurer qu’il ne s’était fait aucune entaille, et remarqua juste une estafilade sur son sac à dos qui lui avait fait office de protection dorsale. En procédant à cette vérification, il nota aussi une chose. Il ne se sentait pas ivre, n’avait aucun problème d’équilibre, ses pensées demeuraient claires, cependant il avait la sensation de ne plus être le même.

Il éteignit sa lampe puis se retourna vers l’amalgame de métal déchiré qu’il venait de traverser, pour se rendre compte avec sidération que les ombres s’animaient. Avec lenteur telles les algues dévoreuses de particules minérales qu’il avait pu observer dans l’aquarium d’un laborantin, à la recherche d’un système de décontamination.

Il ralluma sa torche. Tout se figea. L’éteint à nouveau, et le ballet reprenait avec l’obscurité. Il comprit avec un peu de retard que le cocktail qu’il avait absorbé contenait un hallucinogène dont Jess s’était bien gardée de l’en informer.

Le vautour réalisa qu’il lui fallait s’activer avant que la toxine ne le domine, au risque de le voir plonger dans un univers dont il ignorait la durée du séjour. Il regretta son manque de prudence, et contempla l’entrée du passage souterrain, encombré d’épaves de véhicules au milieu duquel sillonnait un mince filet d’eau.

Après une profonde inspiration, il s’y engouffra d’un pas pressé.

Le boyau s’enfonçait dans la terre. Une odeur de pourriture lui fit songer qu’un bras d’égout devait y terminer sa course. La puanteur tenace aux relents acides l’obligeait à appliquer l’intérieur de son coude sur le visage pour tenter d’en atténuer les effluves. Comme il l’avait craint dès qu’il laissait son regard s’éloigner du vaisseau lumineux, il lui semblait voir le décor s’animer, se mouvoir, l’épier tel un intrus bien vivant dans un royaume en putréfaction.

Le filet d’eau de l’entrée s’élargissait pour former d’immenses flaques au milieu desquelles il distinguait des rats énormes. Les nuisibles se figeaient à son passage, surpris par cet éclairage impudique qui dévoilait les dessous peu reluisants d’un âge oublié.

Une chaleur interne avait pris naissance dans son corps et devint vite insupportable. Il se découvrit tremper de sueur, s’obligeant à s’arrêter un court instant pour se déboutonner le col. La sensation accentuée par l’endroit clos l’étouffait, il suffoquait. Pour reprendre son souffle et tenter d’ignorer les bruits qui l’entouraient, il s’inclina en avant et posa ses mains sur ses jambes. Il devait rester calme, comprit-il, ne pas se laisser envahir par la peur qui semblait guettait la moindre de ses faiblesses pour l’asservir, et le dominer.

Il ferma les yeux dans l’espoir de trouver une force intérieure, et là, tout s’accéléra.
Une suite d’images avec un réalisme effrayant lui fit revivre l’accident entre les deux véhicules qui obstruait le passage. Le bruit de métal froissé, le cri des gens qui courraient au milieu des carcasses embrasées. Le hurlement des personnes coincées dans l’habitacle, du sang, du sang partout…

Le visage marqué par l’angoisse, il se redressa d’un coup, l’hallucination, elle, se poursuivait. Il se trouvait toujours au milieu du désastre, bousculé par des fuyards aux traits déformés par la panique.

Les cris, et ce bruit insupportable, l’obligèrent à presser ses deux mains sur les oreilles pour tenter de l’atténuer. Un son menaçant, lourd, d’une amplitude monstrueuse, provenait de l’entrée qu’il avait empruntée. Telle une porte métallique aux dimensions incommensurables qui s’entrebâillait.

Son cœur s’accéléra, une peur véritable l’envahit. Il se mit à courir avec les autres vers la sortie. Sans retenue à toute allure, bousculant à son tour les personnes qu’il dépassait. Il ne voulait pas connaître l’origine de cette menace titanesque. Au risque d’en perdre la raison, et de se retrouver à jamais plongé dans ce cauchemar qui s’était ancré en une réalité bien tangible dans son esprit.

Sa fuite éperdue le mena jusqu’au-dehors, il ne se rendit pas tout de suite compte qu’il courrait seul ni des deux silhouettes qui l’attendaient avec une batte de baseball. Il réceptionna le coup en plein ventre sans pouvoir l’anticiper, roula sur le sol le souffle coupé, recroquevillé en deux se tordant de douleur. La vision brouillée par un affût lacrymal incontrôlable.

Une première voix félicita son instinct de prédateur, pendant qu’une autre ricanait en signe d’approbation.

— Je t’avais dit qu’y avait un connard qui courrait dans le tunnel, tu vois on a un joli vautour à se mettre sous la dent !

Plax sentit qu’on le saisissait par un pied pour le traîner sur le sol en direction d’une source de lumière aveuglante.

— On va s’le ramener près du feu, un poulet grillé ça s’refuse pas.

Proposa la première voix, plus grasse qu’il devina celle d’un orc. Suivit d’une autre plus aiguë pour un gobelin ou un kob’ se dit Plax, qui réalisa avoir toujours son pulseur dans la main. Dissimulé sur son ventre qu’il tenait de ses deux bras, dans un réflexe primaire pour en chasser la douleur.

— Ouais, mais faut pas le tuer, faut pas le tuer si on veut le manger !

Le vautour comprit ce qui l’attendait, il se laissa tirer sur le sol, dos contre terre, dans l’incapacité de bouger. Sa vision troublée lui fit apparaître à l’approche du brasero, la silhouette qui lui agrippait le pied. Il savait qu’il n’allait avoir droit qu’à un essai, détendit son bras avec l’arme à son extrémité en direction de l’ombre menaçante, et vida deux cartouches du pulseur. Deux éclairs bleus accompagnés d’un bruit sourd interrompirent l’action de l’orc qui n’eut pas le temps de réagir.

La première décharge manqua sa cible pour lui passer au-dessus, l’autre le faucha en pleine tête.

La réponse fut instantanée. Il sentit d’abord son pied retomber sur le sol, avant qu’un hurlement couvre les sons alentour. L’orc possédait un casque compris le vautour. La rafale ne l’avait pas tué, mais la chaleur venait d’être absorbée par sa protection. Elle lui consumait la peau à présent, comme s’il avait mis la tête dans un four.

— MON CASQUE IL BRÛLE !

Le complice paniqua, son regard allait de l’un à l’autre ne sachant trop quoi faire avant de choisir d’aider son acolyte à lui retirer la prothèse métallique chauffée à blanc.

Plax en profita pour ramper sur le sol, avant de se redresser tant bien que mal, toujours à moitié plier en deux. Il s’enfuit en direction des lumières les plus proches pour disparaître dans la foule dense des ruelles du quartier.

Il remonta une artère le temps de devenir un anonyme au milieu des badauds, puis s’adossa contre un mur pour récupérer. Reprendre son souffle, laisser la douleur s’atténuer, tout en scrutant les gens qui allaient et venaient à leur occupation, au milieu des étales couvertes de bâches en plastique pour se protéger de la pluie.

Une odeur de bouillon lui caressa les narines. Le bruit des conversations entremêlait, la lumière des néons aux couleurs porte-bonheur sur les façades décrépites des échoppes, l’aida à se sentir mieux. Il craignait cependant de fermer les paupières. La peur de se replonger dans une hallucination, qui risquait de le faire basculer dans une crise de panique, comme dans le tunnel lui tenaillait l’esprit.

Pour chasser l’humidité, il passa une man sur son visage, inspira une dernière fois et reprit sa route. Son estomac qui n’avait eu droit qu’à un cocktail frelaté, lui signala que la faim le gagnait. Stimulait par les milles et un plat cuisiné qu’il croisait sur son chemin dans les présentoirs qui s’ouvraient sur des salles mal éclairées ou servit sous des bâches à même la rue.

Il hésita, jeta un coup d’œil furtif derrière son épaule, pour tenter de se rassurer, même s’il doutait d’être capable de reconnaître ses agresseurs.

Une autre pensée le perturbait.

Le quartier, tenu par les gangs, ne proposait pas que des armes ou des équipements interdits. Sa nourriture aussi posait sujette à question. L’imperium détenait des usines d’assemblage pour toute forme d’aliments, mais il y avait une méthode parallèle pour s’approvisionner. La viande synthétique n’offrait qu’un substitut fade, dont la saveur insipide peinait à satisfaire tous les carnivores du secteur.

Un trafic d’une horreur sans nom avait cours dans ce lieu de perdition.

Comme le soulignaient les amateurs, le goût et la texture de la chaire possédaient autant de variantes qu’il y a d’espèces différentes. Le problème avec les clonés, c’est qu’une fois mort le corps de l’individu se sublimait, il fallait donc opérer avec minutie, et faire en sorte de le débiter sans le tuer.

La viande éphémère, c’est ainsi qu’elle se nommait.

C’était sans aucun doute ce qu’escomptés réaliser les deux agresseurs de Plax à la sortie du tunnel. Cette idée l’empêcha de goûter un des plats cuisinés, dont les effluves l’invitaient à les déguster.

Il continua d’un pas pressé, changea deux fois de rue, et finit par déboucher à proximité du Tcast. Ici la foule se réduisait comme si elle craignait que la proximité de ce mode de déplacement instantané pût téléporter des agents impériaux moins complaisants avec le négoce local. Cela suffisait pour dissuader les vendeurs de s’en approcher. Il découvrit une étale qui ne comportait que des produits sous vide, estampillés au logo d’une usine officielle, qui réussit à le convaincre d’effectuer une courte halte pour se ravitailler.

Le commerçant, un nain, portait un bandana sur le front qui empêchait les gouttes d’humidité de ruisseler sur son visage. Il mâchouillait un bâton de protéines synthétiques sans quitter du regard un client qui semblait hésiter entre deux plats à base d’écureuil. Plax relâcha la crosse de son pulseur pour tenter de trouver de la monnaie dans une autre poche, et fit tomber par négligence un billet, au moment où il indiquait une boîte de céréales.

Il se pencha pour le ramasser et avant que sa main ne s’en saisisse fut ébloui par un éclair bleu et couvert d’éclaboussures d’un rouge écarlate. En se redressant, il aperçut le corps de son voisin à qui il manquait la moitié du crâne s’écrouler sur l’étal du vendeur qui avait déjà empoigné un fusil.

Un frisson lui parcourut l’échine, il enfonça sa tête dans ses épaules et se tourna. Le nain revanchard ripostait en direction d’un vautour de l’autre côté de la rue. Rien à voir avec ses agresseurs de tout à l’heure, pourtant la vision le surprit, cette silhouette qu’il pensait reconnaître le fit paniquer.

Une montée d’adrénaline le poussa à s’enfuir vers le Tcast. Bouleversé, il s’engouffra dans le local et s’installa aussitôt sur l’un des sièges, et sentit, dès la destination choisie, des picotements se répandre dans tout son corps. Signe que ses molécules, aspirées dans la machine, explosaient pour se recomposer ailleurs.

Une fois sorti au centre-ville, il rentra chez lui d’un pas pressé, se faufila dans son immeuble jusque devant sa porte, où il lâcha.

— Identification vocale, Plax code 79 96 47 93.

Elle coulissa. Il pénétra dans son domicile en même temps qu’une envie de vomir lui tordit l’estomac, l’obligeant à filer aux toilettes, pour ne subir que des contractions stériles de ce dernier qui n’avait rien à expulser.

Accroupi au-dessus de la cuvette, il revoyait en boucle la silhouette de son agresseur toujours imprimé dans le fond de sa rétine.

Cette silhouette, il la connaissait bien, puisqu’il s’agissait de la sienne.

Au bout d’un laps de temps qui lui parut durer une éternité, les crampes s’estompèrent. Son état maladif à l’image de ses hallucinations ne lui inspirait rien de bon, les bras appuyés sur son lavabo, il scrutait son reflet avec une étrange sensation. Il reconnaissait bien son visage, et pourtant, ses traits semblaient avoir changé. Un malaise l’envahit. Pour le chasser, il ne voyait qu’une solution, ouvrit son meuble à pharmacie, se saisit d’une boîte de somnifère. Bien décidé à oublier au plus vite cette journée de cauchemar.
Plax Posté le 11 Décembre 2023 à 09:40 #3
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Une démangeaison se fit ressentir sur sa paupière droite, signe qu’il n’avait pas déconnecté son implant avant de s’effondrer.

Il ouvrit les yeux hagards, allongé sur son canapé’ à moitié habillé.

Une mention holographique lui apparut.

MESSAGE ENTRANT — MELINDA — MESSAGE ENTRANT — MELINDA —

Ses lentilles matricielles lui signalaient d’un côté l’appel et de l’autre un défilé de publicités.

INUTILE DE S’ENDETTER, N’ACHETEZ PLUS, LOUEZ !
VOS LOCAUX
VOS MEUBLES
VOS PARTENAIRES
VOS JEUX
RESTEZ LIBRE, LOUEZ !

Le message qui s’imprimait sur une panoplie infinie d’objets, lui fit regretter son paramétrage aléatoire. Il clignota deux fois des paupières pour mettre fin à cette débauche d’images et ouvrit la communication dans la foulée.

C’était Mélinda, sa compagne ou enfin celle avec qui il flirtait depuis plusieurs semaines, sans jamais parvenir à conclure. Il n’eut pas le temps de placer un mot, qu’une volée d’injures fusa, avec en prime son visage en larme devant les yeux.

— T’es un salop, une ordure, jouez la comédie depuis le début juste pour me sauter tu me donnes envie de vomir !

Le vautour retrouva aussitôt ses esprits et se redressa sur ses coudes toujours allongés sur le canapé, sans trop comprendre cette avalanche de colère.

— De quoi parles-tu ?

Elle poursuivit sur le même ton.

— De la soirée qu’on a passée, de la drogue que tu as mise dans mon verre, et du message que tu m’as laissé pour me larguer ! Ne joue pas les innocents, je suis sûre que tu en as utilisé pour arriver à tes fins. Elle reprit son souffle pour continuer, menaçante. Je vais pratiquer une analyse, tu peux t’attendre à des poursuites, ordure !

La communication fut aussitôt interrompue, il se retrouva seul sur son canapé, pas certain d’avoir tout saisi. Il se redressa en position assise, prit sa tête entre les mains, laissa échapper un soupir. Il avait mal au crâne. À ses pieds traînaient une boîte de somnifères et son pulseur. Il le ramassa et remarqua que le chargeur clignotait pour lui indiquer une autonomie réduite.

Il ne comprenait rien à l’histoire de Melinda, mais ne s’en formalisait pas. Depuis des semaines il lui courrait après, sans le moindre résultat, il se dit qu’après tout, mettre un point final à cette non-relation n’était pas une si mauvaise chose.

Il retira ses derniers habits et alla prendre une douche, meilleur moyen, pour dissiper l’effet des somnifères.

Enveloppé de chaleur sous le jet d’eau presque brûlant, il resta un moment les yeux fermés à se remémorer la journée de la veille. Les fouilles dans la vieille usine, le bar, le cocktail, puis cette première hallucination sous le tunnel, l’agression, sa fuite, et la fusillade.

Il revit la silhouette de l’autre côté de la rue qui lui faisait face avec une arme, et là encore ne put s’empêcher de remarquer la ressemblance avec lui-même. Une crainte sourde lui serra la poitrine, et lui fit ouvrir les yeux, stoppa les jets d’eau et démarra le système de séchage. Une ventilation à haute intensité débuta, accompagnée d’un bruit rassurant. Le courant d’air géant l’enveloppa dans la cabine de douche.

Si une personne avait été empoissonnée hier, c’était bien lui, il en était persuadé.

Il sortit, prit des vêtements propres, cligna deux fois des paupières et lança un appel.

— COMMANDE — COMMUNICATION VISUELLE — ETAN SCORE —

Suivi d’un nouveau flot de publicités avant que son interlocuteur ne réponde.

— Plax, comment vas-tu l’ami, tu as mis un virus matriciel en éprouvette ?

Un humain aux traits joviaux apparut dans un cadre holographique. Il se trouvait dans son service de virologie, au centre de dépistage et de traitement des mutations.

— Salut Etan, non c’est moi qui suis tombé dans une éprouvette, je pense avoir été empoisonné, j’ai eu des hallucinations assez complexes, enfin c’est plutôt confus.

Etan sourit, amusé par l’euphémisme.

— Des hallucinations complexes, mais ça fait des années que je le dis que tu es un sujet d’étude, c’est arrivé comment ?

Le vautour rechargea son pulseur.

— Je suis allé fouiller dans une vieille usine hier, une friche industrielle au sud-est du secteur. Il y a un risque possible d’inhalation toxique dans les étages inférieurs. Ensuite je suis allé boire un cocktail dans un bar que je ne connaissais pas, de la basse ville pour demander ma route. Je m’étais fait surprendre par la nuit, et plus j’y pense et plus je me dis que j’ai manqué de prudence j’avoue.

Le chef virologue afficha une grimace.

— Ah oui je suis d’accord, il y a des vestiges qui abritent d’anciens laboratoires, ils ne composaient pas que des fragrances pour les belles en tenue de soirée. Quant à boire des cocktails dans un rade clandestin, là mon pote je vais te suspecter d’avoir des tendances suicidaires. Passe au service, je vais te faire un check up complet, et on verra ce que tu caches !

Le vautour parut soulager et se détendit un peu.

— Merci à toi, je serai à l’hôpital dans une petite heure, à très bientôt.

Il cligna deux fois des paupières et l’écran disparut, puis relança une commande en se saisissant de son sac à dos, y retrouva dessus l’estafilade de la veille, et cela le rassura. Son poids lui fit se souvenir des objets trouvés dans le site.

— COMMANDE — MESSAGE VOCAL TRAVAIL —

Il l’ouvrit et y jeta un coup d’œil.

— Je serai absent pour la journée, problème de santé, désolé !

Il ne repéra rien de valeur, à l’exception de l’un d’entre eux, dont il ignorait la nature. C’était un cube métallique, aux surfaces lisses et vierges. Il s’en saisit, intriguer, joua avec dans sa main un court instant et décida de le glisser dans l’une de ses poches, en signe d’intérêt. À l’inverse du reste qui finirait dans les cuves d’acide des STV.

Il attrapa une boîte de céréales pour la route et sortit de l’appartement.

Plax Posté le 13 Décembre 2023 à 09:21 #4
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Pluie fine, ciel couvert, il remonta la rue des six commissaires jusqu’au Service technique de la ville. Première étape, videz son sac. L’intérieur du bâtiment, comme à son habitude, abritait une foule dense, composée en grande majorité des ramasse-merdes du secteur. Ils se regroupaient ici, pour échanger, vendre, grappiller, à l’abri des intempéries. Il lui fallut jouer des épaules pour s’approcher des cuves, l’odeur aigre, les voix grasses et les murmures emplissaient les couloirs.

Il renversa sa besace dans l’une d’entre elles, le regard fixé sur les objets qui se dissolvaient dans l’acide, comme des cachets effervescents dans un verre d’eau. Dernière escale pour eux après une éternité écoulée dans l’anonymat, dans des souterrains désaffectés. Abandonné par un propriétaire peu scrupuleux et sans cervelle qui avait depuis longtemps péri, lui aussi bouffé par toute la noirceur de cet îlot civilisationnel décadent.

Il ressortit des STV avec quelques crédits supplémentaires en poche. Exécuta un crochet sur le chemin, jeta un coup d’œil grisé devant la vitrine de Mira, et se dirigea d’un pas pressé en direction de l’hôpital, au 107 rue du Deanétique.

Sa main retomba sur le cube qu’il avait mis de côté, s’en saisit pour l’observer plus en détail toujours en marchant. Le métal, légèrement bleuté qui lui avait paru uniforme, était à présent revêtu d’une toile qui s’entremêlait. Dessin sans relief ni cavité, un veinage rouge écarlate le parcourait. Il pensa à une réaction à la chaleur ou à l’humidité, peut-être une sonde ou un appareil de mesure pour une machine-outil disparu dans la nuit des temps.

Ses pas le conduisirent, sans qu’il s’en rende compte à destination, et c’est en levant la tête devant ce qui aurait dû être un hôpital qu’il stoppa et fronça les sourcils. Il se tenait face à un bloc d’habitations, sans accueil ni pancarte indiquant qu’ici on soignait les gens.

Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui, remarqua qu’il se situait pourtant bien dans la bonne rue, mais l’hôpital lui n’y était plus. La foule le contournait, pressée, certains râlaient pour l’éviter, tandis qu’il restait là, au pied de l’immeuble, pris au dépourvu. Fouillant dans sa mémoire pour se rappeler comment une telle information avait pu lui échapper, et se décida d’actionner sa rétine matricielle.

– COMMANDE — CARTE SECTEUR — HÔPITAL —

Un schéma virtuel lui apparut, lui signalant sa position ainsi que celle de sa destination. Une boule d’angoisse lui serra la gorge, comment pouvait-il oublier l’endroit où il se trouvait alors que son ami Etan y travaillait, et pourquoi ce dernier ne l’avait pas prévenu de ce changement d’adresse.

S’agissait-il des effets du cocktail ?

Non un produit hallucinogène altère la réalité, pas les souvenirs, essayait-il de se convaincre. Il repartit en suivant les indications de la carte et la ferma une fois en vue.

Etan était absent, mais il avait laissé des consignes. Prise de sang, dans un service, de salive dans un autre, puis d’urine, sans omettre la plume sur son crâne qui lui fut aussi retiré. Entre chaque étape, une plombe à patienter sur un siège en plastique dans un couloir ou une pièce froide. Le tout éclairé par des néons, qui donnait à tous ceux qui s’en approchaient, un teint maladif et anémique.
Il souffla d’abord irriter, gigotait une jambe avec nervosité, avant de s’assombrir, les épaules voûtées en attendant qu’on veille bien l’appeler.

Quand il demanda depuis combien de temps, l’hôpital avait changé de place, on l’avait regardé d’un air étrange. Une infirmière finit par le lui indiquer que ce n’était pas arrivé depuis des centaines d’années. Il comprit alors qu’il lui valait mieux se taire, et patienter pour en discuter avec Etan. Lui saurait expliquer son problème de plasticité mental qui refusait d’admettre qu’il se trompait.

Après un temps infini, il en sortit sans avoir croisé une tête connue. Une solitude pesante s’empara de son être, son estomac lui rappela qu’il avait faim. Il ouvrit ses céréales et se décida à rentrer chez lui, avec une peur sourde de découvrir d’autres altérations urbaines dans le secteur. Le mieux, se dit-il, était d’attendre les résultats, et tout finirait par s’expliquer.

Le paquet à peine entamé, les flocons prirent l’humidité pour se transformer en éponge au goût de moisi qu’il balança écœurer au coin d’une artère avant d’arriver chez lui.

C’est là, à l’entrée de sa rue, qu’il se figea. La pluie s’abattait plus fort, et résonnait sur le macadam, l’éclairage venait de se déclencher, signe que la luminosité diminuait même si la nuit n’était pas encore tombée.

Un frisson glacial lui remonta l’échine. Son appartement se trouvait dans un bloc sans cachet particulier, bordé de tout un tas d’habitations plus ou moins confortable. Mais à présent son immeuble côté impair était le seul à s’ériger. Tous les autres bâtiments qui d’ordinaire l’entouraient avaient, tout simplement, disparu. Aucune trace d’engin de chantier, pas un gravats sur le sol, rien.

Comme s’ils n’avaient jamais existé.

Son immeuble, isolé au milieu, paraissait craintif comme s’il redoutait que son tour n’allât plus tarder. Plax hésita, puis se décida à s’en approcher. Un nœud lui saisit l’estomac, il se souvint des hallucinations dans le tunnel, ou plutôt de l’instant qui les avait précédés. Sa main se posa sur la crosse de son pulseur toujours dans une poche, en restant le plus calme possible et surtout, surtout, il prenait soin de ne pas fermer ses paupières.

Il s’arrêta devant l’ouverture, jeta un regard perdu des deux côtés, eut l’impression que l’artère s’étirait sur des kilomètres à présent qu’elle n’abritait plus aucune habitation. Il avala avec difficulté et entra pour gagner au plus vite son palier.

– Identification vocale, Plax 79 96 47 93.

Une fois pénétré dans l’appartement silencieux, il modifia le code d’accès, et abaissa tous les stores. Sa respiration devint plus rapide, comme pour chasser l’angoisse qui lui comprimait le torse. Il devait conserver son calme, et attendre le résultat de ses analyses. La rue était ordinaire, c’était juste lui qui ne voyait plus les maisons c’est tout, se disait-il pour se rassurer.

Il posa son sac, vida ses poches et se rendit à son armoire à pharmacie, pour se saisir d’anxiolytiques. C’était le mieux qu’il lui restait à faire, pensa-t-il, oublié tout cela et demain tout s’arrangerait. Il choisit deux pilules bleues, hésita, en rajouta une troisième dans le creux de sa main, puis les avala d’un trait, accompagné d’une rasade de skiwi.

– COMMANDE — CANAL ACTUALITÉ — MÛR SALON —

Il s’installa sur son canapé avec une autre boîte de céréales. Il espérait trouver des réponses à toutes ses questions en écoutant les dernières nouvelles du secteur. Il fustigea sa sédentarité, son mode de vie renfermé, s’il avait juste pris le temps de s’intéresser au monde qui l’entourait, il ne paniquerait pas de cette manière.

L’effet des drogues le détendit, il s'enfonça dans son siège.

Le flux d’actualités se déroula sans stimuler la moindre curiosité. Rien sur les travaux dans sa rue ni sur l’hôpital. Sa main plongea une énième fois dans l’emballage des céréales, quand ses paupières se fermèrent. Il sombra dans un sommeil profond.
Plax Posté le 15 Décembre 2023 à 09:40 #5
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Sur le mur, à la place du flux d’actualité, un signal de couleur rouge en très grandes lettres apparaissait.

MESSAGE AUDIO - ETAN —

La diffusion s’était mise en veille pour laisser les commandes aux appareils connectés. La lumière était toujours tamisée, l’intérieur de l’appartement se noyait dans le silence.

Le vautour se réveilla, la bouche pâteuse et l’esprit pas très clair. Il papillonna plusieurs fois des paupières, avant de se redresser, l’air hagard. Il s’interrogea. Pourquoi sa lentille matricielle ne l’avait-elle pas informé ?

COMMANDE — LECTURE MESSAGE — ETAN —

La voix de son ami emplit la pièce, pendant qu’il se levait pour préparer un cafey.

— Salut Plax, un vautour qui ne reste pas connecté, j’avoue que tu me surprends, tu dois être le seul de ton espèce. Bon ! j’ai fait le tour de ton sac à viande. Je te livre un résumé, j’ai du boulot qui m’attend. Tu as des traces d’hallucinogènes de synthèse 25I-NBOMe et 25C-NBOMe, pas de quoi te tuer, mais bien assez pour déclencher des dissociations visuelles comme tu me l’as souligné, ça doit venir du cocktail. Ajoute des résidus de somnifères, une prise de la veille, je suppose, pour t’endormir, et surtout, aucune toxine ni bactérie ni même virus qui tenteraient de se multiplier.

Plax l’écoutait, son Mug de cafey à la main et se dirigea vers un store qu’il écarta avec deux de ses doigts.

— … Comme tu m’avais l’air soucieux et que je sais que tu n’es pas du genre hypocondriaque, j’ai poussé un peu les recherches, avec ta plume…

La fenêtre donnait vers l’ouest, et aucun bâtiment ne jouxtait le sien, un nœud lui serra la gorge.

— … un collègue a pratiqué un séquençage de ton génome, et là, je dois avouer que ça laisse songeur. Tu n’ignores pas que notre mode de vie l’altère au quotidien, on nomme cela l’Epi-génétique, mais dans ton cas, cette adaptation semble atypique. Tu crées des modifications qui restent dans les critères de ton espèce, avec la particularité de subirent des influences non endémiques au secteur, comme si tu ne vivais pas ici, tu vois l’idée ?

Plax avait du mal à saisir les observations de son ami, et en même temps, ces immeubles qui disparaissaient, cet hôpital qui changeait de place, n’était-ce pas un peu ce qu’il tentait de le lui expliquer ?

Son esprit tout juste éveillé, mi du temps à laisser ses pensées circuler. C’est le résumé d’Etan qui l’aida à relier ce qu’il le lui décrivait, à un fait bien concret. Sa lentille. Il porta aussitôt la main sur son visage par réflexe. Cet implant, connecté à la matrice, était modélisé sur son génome, si elle avait cessé de fonctionner, c’est qu’elle ne le reconnaissait plus.

La déduction tenait la route, et sans écouter la fin du message il se précipita vers la salle de bain, s’approcha tout près du miroir pour l’ôter. D’une main il gardait sa paupière grande ouverte et de l’autre, avec son index et son pouce se saisit de la prothèse en douceur. Il cligna plusieurs fois des yeux pour laisser son nerf optique s’adapter, avant de regarder à nouveau son reflet.

La différence n’était pas criante, mais il remarqua tout de même une variation de couleur entre ses deux iris.

La rage lui monta.

— Bordel, elle a mis quoi dans mon verre !

Désemparé, il retourna dans son salon, ses mains tremblaient. La menace était bien réelle, il devait agir et vite, il le sentait à présent, son existence en dépendait. Il s’arrêta de faire les cent pas, son regard se posa sur sa table basse, là où se trouvait son pulseur, juste à côté de l’artefact découvert la veille.

Il se figea un court instant. Son apparence venait encore de changer. Il s’en saisit pour l’observer de plus près. Son contact demeuré froid, mais le marbrage rouge écarlate qui le parcourait avait disparu, remplacer par un schéma informatique complexe, composé d’un réseau finement ouvragé de la taille d’un cheveu.

Il réalisa ne rien connaître à son sujet, tout était allé si vite depuis… depuis qu’il l’avait trouvé.

— Qu’est-ce que tu es ?

Quel pouvait être le rôle de cet objet singulier ? Avait-il une relation avec tous les événements qui se déroulaient ? Il lui parut difficile de faire une liaison avec sa prise d’hallucinogène, et pourtant, face au danger qui le menaçait, il ne pouvait l’exclure de l’équation, admit-il en silence.

Un plan d’action s’imprima dans sa tête, il connaissait un kob’ en basse ville qui possédait un atelier clandestin très bien équipé. Suffisamment pour faire cracher les secrets de ce cube. Après il se rendrait au Black Hat, et avant ce soir, il aurait des réponses.

Il se prépara sans traîner et sortit.

Disparaître du secteur, son esprit assimilait la menace. Se métamorphoser en apatride, un anonyme, une anomalie qui risquait la peine capitale, si la puce qu’il portait refusait de l’identifiait. Son corps deviendrait la proie des âmes condamnées, et leur servirait de festin dans la plus grande quiétude.


Plax Posté le 17 Décembre 2023 à 09:29 #6
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La luminosité résiduelle, même au milieu de la journée, lui apparut tel un signe funeste, qui lui soulignait la dégradation de sa situation. Par habitude il avait rejoint le bloc qui contenait le t-cast, pour marquer le pas avant d’y pénétrer.

Se pourrait-il que son état l’empêche de fonctionner en toute sécurité ?

Un doute l’envahit, un doute assez important pour le décider à continuer son chemin à pied. Il tourna les talons et se hâta en direction du sud, au milieu de la foule qui lui parut désœuvrée, même s’il comprenait que c’était son reflet qu’elle le lui renvoyait.

À l’approche des premiers vendeurs à la sauvette, les néons et les hologrammes publicitaires s’étaient déjà éclairés. Il se faufila entre les anonymes, évitant le moindre contact avec les gens. Son sentiment d’insécurité toujours présent dans la basse ville, avec en souvenir une silhouette familière qui le prenait pour cible bien ancrée dans sa rétine. Il s’arrêta deux fois, dos au mur pour s’assurer que personne ne le suivait, la main dans son blouson sur la crosse de son pulseur. Il gigotait alors un instant sur place, parcourait du regard les ombres qui défilaient avant de continuer.

Par précaution, il effectua un ultime détour et s’engagea dans la bonne ruelle. Il stoppa enfin devant une porte métallique à l’apparence commune, dont le vautour savait qu’elle pouvait résister à une charge d’antimatière.

Une tanière équipée d’un premier digicode pour délivrer l’accès à un sas. Son propriétaire changeait, tous les jours, la combinaison. Il s’appuyait sur une méthode simple, pour que les initiés puissent venir le visiter sans être obligés de le contacter. L’on pouvait passer pour déposer un objet, en récupérer un, ou encaisser une prime, le tout sans intention de rencontrer celui qui y vivait.

La porte se déverrouilla, accompagnée d’un bruit métallique bien distinct. Une fois à l’intérieur, on se retrouvait dans un sas mal éclairé qui donnait sur trois issues sécurisées. Ici, plusieurs caméras équipées de différentes optiques, vous déshabillez. Inutile de tenter de les duper, elles voyaient tout.

Le vautour, dont les visites se comptaient sur les doigts d’une main dans l’année, eut droit à une voix nasillarde sortie d’un micro, pour l’accueillir.

— Un ramasse merde du centre-ville coincé dans mon sas, qu’elle bonne surprise, tu veux que je te délivre quel accès sac de plumes ?

Plax cogna son poing contre la porte en face de lui.

— J’ai un truc à te montrer, c’est toi que je viens voir.

Un court silence s’en suivit, avant de reprendre, pas convaincu.

— Écoute mec si c’est pour un dékitage ou une réparation pose les à coté, je suis pas mal occupé en ce moment je m’y pencherai dessus dès que j’aurai le temps.

Le vautour qui se doutait de sa réaction insista.

— Rien de tout cela, j’ai besoin de toi et de ton matos pour analyser un artefact.

Il sortit le cube de sa poche et le garda en évidence dans la paume de sa main ouverte, pour qu’il puisse bien l’observer. Pour unique réponse il entendit la porte se déverrouiller.

Ixol, un gnome plusieurs fois centenaire, avait travaillé dans tous les plus grands consortiums ainsi que pour l’imperium, il y a de cela fort longtemps. Cette période lui avait appris à connaître les gens, et finit par le résoudre à se retirer du monde. Les objets qu’il réparait ou manipulait, eux ne le décevaient jamais, disait il quand on lui demandait pourquoi il vivait en reclus. Il ne sortait plus de son trou, avait pris du poids et des habitudes de vieux garçon.

Sa tanière échappait aux standards d’habitation. Plax descendit un long escalier métallique en colimaçon. Ses pas faisaient résonner la structure pour le mener dans un immense espace vide de deux étages, dont les parois étaient couvertes d’une multitude d’appareils d’analyse, d’ateliers de démontage, d’assemblage voir de recherches.

Un silo bunkerisé, un cocon taillé sur mesure. L’unique colonne centrale, reliée au plafond, soutenait un réseau du monorail dont se servait le gnome pour y évoluer, sans jamais avoir besoin de marcher. Deux suspentes élastiques supportaient une sellette raccordée à la toile métallique sur lequel il avait aménagé un système de poulies, mû par un moteur électrique qui le transportait où il désirait.

Au moment où Plax posa son pied sur le sol du silo, une ombre imposante laissa la place à une masse énorme qui apparut devant lui.

— Moi qui pensais que tu avais fini en brochette sur le marché, me voilà fort surpris, commencerais tu as développé ton instinct de survie ?

La poulie grinça, les yeux du vautour s’habituaient à la luminosité diffuse, et l’observa en détail.

— Pas autant que je le voudrais, moi aussi je suis content de te revoir, en un seul morceau, et quel morceau.

Il fronça les sourcils, avait du mal à y croire.

– Sérieux Ix’ t’as passé un cap là, pour t’extraire va falloir agrandir la porte, t’abuses.

Un rire gras envahit le local, le gnome manqua de basculer en arrière, il s’agrippa au dernier moment à ses suspentes qui gémirent de façon inquiétante.

— Pourquoi voudrais-tu que je sorte, même l’imperator c’est cryo pour ne plus voir la merde dans laquelle on patauge, l’immortalité tu veux que je te dise…

Plax qui connaissait son discours le devança.

— Oui, le plus dur, c’est la fin, je sais, t’as toujours pas changé d’opinion, mais j’avoue qu’avec le temps je commence à la partager. Parfois je me demande si ce n’est pas l’extérieur qui a bâti les murs autour du secteur pour ne plus voir nos sales gueules.

Il sortit le cube de sa poche et l’envoya au gnome qui s’en saisit avec une satisfaction non feinte. C’était son plus grand plaisir. Dénicher des objets d’un passé à jamais révolu, des artefacts devenus inutiles pour la plupart, mais qui le ravissaient par leur ingénierie avancée.

Malgré son obésité morbide, il l’attrapa au vol avec une habilité étonnante pour son gabarit, accompagné d’un gloussement d’excitation.

— Ah bien, voilà notre nouvel invité, il est temps de faire connaissance.

Il fit basculer d’un hochement de la tête ses lunettes d’analyse à multiple spectre, et comme à son habitude se mit à marmonner en l’inspectant.

— Hum, qu’avons-nous là… tu veux bien me livrer tes secrets mon bébé…

Puis, sans prévenir s’éleva dans le silo, pour allumer plusieurs appareils, avant de jeter un œil en bas sur Plax et de se contraint à le rejoindre au niveau du plancher. Il l’invita à s’approcher de ce qui semblait être une sorte de four micro-ondes.

— Arrive le vautour, on va vite savoir ce qu’il a dans le ventre. C’est une première pour moi, je n’en ai jamais vu auparavant, avec ça…

Il le plaça dans la cabine d’analyse, le cube se dressa alors sur un sommet.

— On va connaître sa composition.

Plax l’observait les mains au fond des poches, son regard allait de l’un à l’autre avant de s’arrêter sur Ixol.

— Hey rassure moi, tu vas pas le faire fondre ?

Le gnome sortit un clavier et commença à pianoter dessus à grande vitesse en même temps qu’il continuait à lui parler.

— Je doute, il semble mieux paré que nous pour résister à la chaleur.

Le cube se mit alors en rotation sur son axe.

— Et non tranquillise toi, ça calcule son poids sa densité et en tournant ça va récolter des atomes pour en définir l’alliage. Ensuite il va lui faire un rayonnement pour tenter de deviner ce qu’il y a dedans, ça ne sera pas très long.

Sa vitesse augmentait pour ne donnait qu’une image en deux dimensions, des voyants clignotèrent, des bips résonnaient et le visage d’Ixol se fit perplexe à l’énoncé des informations qui s’affichait sur un écran. Un graphique illisible pour le vautour qui ne déchiffrait qu’un seul résultat compréhensible en continu « négatif, négatif, négatif… » Il finit par grimacer et lui demanda.

— C’est moi ou j’ai l’impression que ça ne marche pas ton truc ?

Ixol arbora une moue peu satisfaite et continua d’accélérer sa rotation, avant de lâcher peu sûr de lui.

— Ouaou mon pote, là j’ai un souci, à l’allure à laquelle il tourne l’air devrait à son contact le décomposer comme si on le frottait à du papier de verre, et pourtant rien n’en échappe. Tous les métaux et les alliages connus sur cette verrue de secteur passent ce test sans problème, attends, je vais vérifier autre chose.

La cabine d’analyse commença à siffler de façon stridente, le gnome pianota sur son clavier à toute vitesse. Le cube plongea dans le noir, pour tenter de faire apparaître son spectre. Un laser rouge le parcouru du haut vers le bas puis la couleur changea en même temps que le sifflement s’intensifia à en devenir pénible pour les deux observateurs.

Ixol lui expliquait la manœuvre en même temps qu’il opérait.

— J’essaie autre chose, je lui envoie différentes fréquences d’ondes pour le sonder.
Le vautour se plaqua à présent les deux mains sur ses oreilles et oscilla de la tête pour lui indiquer qu’il suivait.

Le gnome sursauta sur sa sellette et coupa les rayons lumineux avant de réduire la vitesse du cube, comme s’il venait de trouver une autre piste, puis se tourna vers le vautour, sidéré.

— Il parle, il émet quelque chose !

Lâche-t-il avant d’abandonner le clavier en signe d’impuissance.

— Hein qu’est-ce que tu racontes ?

— Il émet un signal j’te dis, y communique quoi.

Un trouble envahi le vautour, ses jambes se mirent à trembler, il lutta pour conserver son équilibre, un goût étrange se répandit dans sa bouche. Sa vision se trouva saturée par des interférences comme un écran cathodique mal réglé. Il tituba, ses yeux tournèrent au blanc, avant de s’écrouler au milieu du silo.

Plax Posté le 19 Décembre 2023 à 09:17 #7
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Il perçut d’abord le bruit des pas sous la pluie, un rythme soutenu, mais sans courir. Sa vision s’éclaircit, il reconnut le graffiti en face de l’entrée d’Ixol. Il n’était pas maître de l’action qui se déroulait, mais ressentait les sensations de la personne qui lui prêtait ses yeux. L’humidité sur son visage, le courant d’air sur sa peau, le sol au contact de ses pieds.

Il rejoignit l’angle, tourna à gauche, remonta la rue sur deux cents mètres, son regard était fixe. Il stoppa et pivota vers sa droite, traversa, bifurqua plusieurs fois pour apercevoir une grande vitrine qui exposait un concept minéral holographique en évolution constante.

L’image se troubla, les sons et les sensations s’estompèrent au moment où il s’approchait de la porte de la boutique, avant d’être remplacé par la voix inquiète du gnome. D’abord lointaine, puis distincte à nouveau. Sa vue redevint normale et il se retrouva de nouveau dans le silo.

— Oh mec tout va bien !

C’était Ixol qui lui secouait l’épaule pour le faire revenir à la réalité. Le cube avait fini de tourner.
Plax cligna des paupières plusieurs fois et le rassura.

— Oui oui ça va pardon, je ne sais pas ce que j’ai eu…

Il ne termina pas sa phrase, le souvenir bref de sa course dans la rue lui implosa dans la tête, il avait reconnu l’endroit que le cube lui désignait.

Sans attendre le verdict de son ami, il se ressaisit de l’objet et lui faussa compagnie en se précipitant dans l’escalier.

— Je dois filer désoler… je repasse plus tard y faut que je vérifie un truc !

Le gnome eut à peine le temps de protester.

— Mais tu vas où là ? j’ai pas terminé avec lui, fais attention il peut être dangereux, c’est un artefact bien trop évoluer, tu ne connais pas ses capacités !

Le vautour avait déjà rejoint la sortie.

Une étrange sensation prit possession de lui quand il se retrouva devant le tag immense qu’il venait de distinguer dans sa vision. Il tourna son regard plusieurs fois autour de lui, et décida d’effectuer l'itinéraire qu’il le lui avait indiqué.

Sans surprise, il finit au bout du parcours par identifier la vitrine, animée d’un hologramme qui représentait une boule de métal en perpétuelle évolution. Un amalgame d’apparence solide qui réagissait aux propriétés d’un liquide.

Une galerie d’art.

Il resta un moment sous la pluie, à l’observer. Un doute l’assaillit. La vision venait elle du cube ou du poison qu’il avait ingurgité ?

Dans les deux cas, elle n’était pas anodine, comprit-il, ce lieu devait avoir une relation avec tout ce qu’il vivait depuis quelques jours. Il calma sa respiration et traversa pour y pénétrer.

Dès qu’il passa la porte, tous les bruits de la rue se turent. L’intérieur qui semblait bien éclairé de l’extérieur se trouvait plongé dans une pénombre adaptée avec minutie pour mettre en valeur les objets exposés. Une musique d’ambiance, composée de tintements métalliques et de nappe d’orgue synthétique dont l’intensité augmentait lorsqu’il s’approchait d’un socle, l’accueillit.
Il marcha entre les œuvres un peu désappointés. C’est une voix provenant derrière lui qui le fit sortir de sa rêverie.

Une voix qu’il connaissait bien, gardée en mémoire depuis le soir où tout avait basculé.

— Bienvenue dans l’univers minéral de l’atome composite.

Il se tourna et tomba nez à nez avec l’elfe du Black Hat. Vêtue d’une tenue impeccable, sa chevelure se composait de larges boucles lisses en mouvement, sans plus aucune peinture tribale ni artifice grotesque.

Elle ouvrit de grands yeux qui trahirent sa surprise.

Son souvenir encore vivace qui le taraudait depuis deux jours, ne lui permit que d’articuler son nom.

— Jess ?


Plax Posté le 21 Décembre 2023 à 08:39 #8
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Le temps s’était figé, chacun se remémora cette brève rencontre, puis le présent reprit ses droits. Elle se pinça la lèvre inférieure, effectua un pas en arrière.

Il se ressaisit.

— Attendez ne partez pas j’ai besoin de vous !

Elle continua de reculer, en direction de l’arrière-boutique comme si sa présence la mettait en danger. Il la suivit et au dernier moment lui empoigna le bras.

— Jess je ne vous veux aucun mal, j’ai besoin de savoir !

Elle stoppa, se tourna pour lui faire face. Il tenta de lui expliquer sans avoir l’air de la menacer, mais plutôt sur le ton de la supplication.

— Vous devez m’aider, depuis l’autre soir, tout est en train de basculer autour de moi. J'aimerais juste savoir ce qu’il y avait dans le cocktail que vous m’avez fait boire, aidez-moi, je vous en prie, c’est ma réalité qui est en jeu et ma santé mentale qui vacille.

Elle l’observait sans dire un mot, il continua.

— Le secteur et mon génome se modifient, et c’est une vision qui m’a amené ici, ce n’est pas sans raison, vous devez me parler.

Elle paraissait gênée par l’intrusion, mais aussi par une forme de culpabilité.

— Je me doutais que j’aurais dû refuser ce service, que ça allait m’attirer des ennuis, elle soupira, je l’ai su dès l’instant où je vous ai vu, l’autre soir.

— Je n’ai rien contre vous Jess, je désire juste comprendre ce qui m’arrive, j’ai l’impression de devenir dingue, aidez-moi.

Elle le fixa dans les yeux, devina qu’il ne lui mentait pas, ressentit sa détresse avant de lui déclarer.

— C’est bon suivez-moi, j’ai un appartement au-dessus de ma galerie, je ne veux pas en parler ici.


Plax Posté le 23 Décembre 2023 à 09:13 #9
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Elle le conduisit jusqu’au fond de la boutique, où se cachait un ascenseur rutilant de dorure. Elle l’invita à le suivre. La cabine était spacieuse, il remarqua les nombreux étages auxquels elle donnait accès. L’elfe s’en aperçut et lui indiqua en appuyant sur le bouton qui menait au premier.

— L’immeuble est vide, je suis tranquille ici.

Très vite arrivé, les portes s’ouvrirent, le palier donnait sur une unique entrée. Jess s’identifia et ils pénétrèrent dans l’appartement. Un éclairage passif se déclencha, le vautour ne perçut qu’à ce moment le bruit des talons que l’elle produisait en marchant. L’intérieur était confortable, luxueux, mais sans tomber dans l’ostentatoire. Elle le conduisit dans un salon. Un hologramme mural représentant un ciel sans nuage avec un coucher de soleil sur un paysage désertique, ornait la cloison principale.

— Je vous avertis au cas où il vous viendrait à l’idée de sortir une arme qu’un dispositif sécurisé réagit de façon instantanée et bloque tout système même mécanique.

Le vautour se sentait encore un peu plus confus, il se demanda quelle relation pouvait bien exister entre le cube et Jess, il finit par convenir avec un peu de retard.

— Je n’ai aucune mauvaise intention à votre égard, je vous assure, je tente juste de comprendre.

Elle l’observait de manière attentive ou plutôt elle l’écoutait. Il réunit ses idées et préféra commencer par le début, en s’appuyant sur un tabouret de comptoir à côté d’une table ronde de la même taille, face au paysage désertique, étendue immaculée aux reflets bleutés.

— En sortant de votre bar l’autre soir, il soupira, ça me semble datait d’une éternité à présent. J’ai suivi vos recommandations pour trouver mon chemin et en traversant le tunnel j’ai eu des hallucinations très réalistes et surtout très anachroniques, vous aviez raison au fait, l’endroit est mal fréquenté.

Elle prépara deux cafeys et vint le rejoindre autour de la table haute.

— Je ne sais pas ce que contenait le cocktail, ce n’est pas moi qui l’ai élaboré, mais pour l’hallucination je veux bien vous croire, cela ne m’étonne guère.

Elle s’était saisie d’un porte-cigarette, le même que celui de l’autre soir, et sans doute le seul artifice authentique qu’elle portait cette nuit-là.

— Merci, mais vous travaillez dans ce bar, vous devez bien savoir ce qu’ils mettent dedans.

Plus il l’observait, plus il avait du mal à comprendre sa présence là-bas, trop sophistiqué, pensa-t-il.

— Je ne travaille pas dans ce bar, d’ailleurs ce bar n’existe pas, mais continuez votre histoire, je vous dirai ensuite ce que je sais.

Une fois allumée, elle tira une longue bouffée, pour relâcher un nuage de fumée au même parfum que le soir de leur rencontre. Il eut la même sensation, cette odeur lui était familière.

Il but une gorgée et débuta son récit, ses visions dans le tunnel, cet accident d’un autre âge, la peur qu’il avait ressentie, sa fuite et sa confrontation avec les deux amateurs de viande éphémère. Un de ses sourcils s’accentua quand il évoqua son pulseur, elle comprit qu’il était armé, sans plus s’en soucier.

Il continua, ses errements jusqu’au t-cast, la fusillade qui avait précédé son départ, cette silhouette familière chez l’individu qui avait ouvert le feu. Elle tiqua une nouvelle fois, en reposant sa tasse, ses gestes étaient lents et précis, ses deux grands yeux toujours braqués sur lui.

Puis il marqua une pause, son regard se perdait dans le vide. Jusqu’à présent son récit n’avait rien d’extraordinaire en soi, il craignait que la suite le fasse passer pour un cinglé et qu’elle le jette dehors. Elle dut comprendre sa gêne et tenta de le rassurer.

— Continuez, je vous prie, je ne suis pas là pour vous juger vous pouvez parler en toute liberté.

Il se rendit compte qu’il ne savait pas ce qui l’effrayait le plus. Lui exposer son monde qui s’écroulait ou de se l’entendre dire de sa propre bouche comme un aveu de dégénérescence mentale. Il oscilla de la tête et poursuivit, l’hôpital qui avait changé de place, la disparition de tous les immeubles dans sa rue, sa crainte de rentrer chez lui. Il remarqua que ses mains tremblaient légèrement, voulu les dissimuler dans ses poches pour masquer son angoisse, mais avant qu’il ne puisse effectuer son geste elle le lui avait saisi l’une d’entre elles. Surpris, il tressaillit, puis s’apaisa. Le contact lui faisait du bien et l’aida à continuer son récit.

— Ce matin, j’ai reçu un appel de mon ami, du centre de traitement des mutations, ma lentille matricielle ne fonctionnait pas alors le message est resté sur le répondeur de mon domicile. Il a bien trouvé des hallucinogènes de synthèse dans mon sang, et surtout, une anomalie dans mon génome, des mutations qu’il n’arrive pas à expliquer, mais qui confirme ma déconnexion au réseau.

Elle aspira un peu plus fort, une braise rouge apparue. Il remarqua qu’elle ne produisait aucune cendre, tout disparaissait dans les volutes de fumée.

— Le nom de votre ami, vous pouvez me le donner s’il vous plaît.

— Oui bien sûr, il s’agit d’Etan Scor, c’est le chef du service du traitement des mutations, il travaille à…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase.

– COMMANDE — APPEL SERVICE DE TRAITEMENT DES MUTATIONS DR ETAN SCOR-HÔPITAL CENTRE-VILLE

La réponse le remplit d’effroi.

– DESTINATAIRE INCONNU —

— C’est impossible !

– COMMANDE — APPEL ETAN SCOR — DOMICILE —

– DESTINATAIRE INCONNU —

Un frisson lui parcourut l’échine, il lui jeta un regard affolé. Toute son existence était en train de disparaître, il réalisa que l’elfe devait être l’une des dernières personnes à le reconnaître.

— Je vous assure il travaille à l’hôpital depuis plus de dix ans, il doit y avoir une erreur.

Il exerça une légère pression sur sa main, son cœur battait de plus en plus vite. À présent il redoutait sa réaction.

— Jess, je n’ai rien inventé, tenez il y a une autre personne dans le sud qui pourrait attester de mon identité, je sors à l’instant de chez…

Elle l’interrompit une nouvelle fois, sèchement, et lui relâcha la main.

— Jessica, c’est mon véritable nom, je vous trouve bien mystérieux pour un vautour sans histoire, vous devriez vous calmer, votre pouls s’emballe.

— Il s’agit d’un gnome, Ixol, un ermite qui vit en reclus et possède de vrais talents en tout ce qui concerne les artefacts anciens.

Il sortit le cube de sa poche et le posa sur la table.

— L’autre soir dans le site j’ai découvert ceci, je n’y ai pas prêté tout de suite attention, et je le lui ai amené avant de venir.

Il s’arrêta de parler. L’expression de Jessica changea. Il remarqua que son apparence s’était encore modifiée, le circuit imprimé laissait place à une aspect minéral, en le posant sur la table une onde se propagea sur sa surface comme s’il était liquide.

Elle fixait l’objet avec intérêt et se souvint de ses paroles, concernant le résultat de ses fouilles ce soir-là. Elle paraissait intriguée, voire intimidée, approcha sa main avec lenteur pour s’en saisir.

— Je peux ?

— Oui je vous en prie, si ça peut vous aider. Mon ami à tenter d’en dévoiler sa nature, mais sans grande réussite. À présent j’ai la sensation que cet objet est lié à tout ce qui m’arrive, et surtout, c’est lui qui m’a conduit jusqu’ici.

Elle le prit dans sa main, les surfaces réagissaient comme si elle tenait un liquide enfermé dans un cube, mais dont on ne pouvait discerner ce qui le maintenait prisonnier.

— Comment ça, il vous a amené ici ?

— Quand nous étions en train de tenter d’analyser sa composition, il s’est mis à émettre un message. Ce message c’est moi qui l’ai reçu, en fait j’ai l’impression qu’il m’a hacké. Je me demande à présent si ce n’est pas avec vos yeux que j’ai vu le chemin qui m’a conduit jusqu’à vous. J’ai reconnu le son de vos talons, vous êtes passée devant un tag immense dans une rue perpendiculaire deux cents mètres plus bas de l’artère principale pour vous rendre à votre galerie, je me trompe ?

Elle oscilla de la tête pour le lui confirmer.

— En effet, c’est le parcours que j’ai effectué ce matin, je revenais de chez un client.

Son esprit devenait de plus en plus confus, il n’arrivait pas à inclure le cube dans son équation.

— Je fais peut-être fausse route en fin de compte, votre cocktail n’y était peut-être pour rien, mais pourquoi m’avoir conduit jusqu’ici ?

Elle se pinça la lèvre inférieure, reposa l’objet et le fixa.

— Non vous ne faites pas fausse route, je pense aussi qu’il existe une relation.

Elle croisa ses bras et débuta.

— La semaine dernière, j’ai réalisé une vente très lucrative, un client fortuné m’a acheté la pièce maîtresse de ma galerie. Autant vous dire que cette clientèle est toujours très exigeante. Il arrive souvent qu’elle formule des demandes particulières en dehors du prix qu’il est difficile de refuser si je veux conclure la vente.

Il craignit que ça devienne glauque, elle s’en rendit compte et dissipa aussitôt cette idée, un léger sourire au coin des lèvres.

— Non il ne s’agit pas de cela.

Étrangement il se sentit soulagé. Il n’avait aucune opinion à émettre sur sa manière de diriger son commerce, mais il s’avoua la trouver très séduisante et cela l’aurait affecté.

— Certains organisent des soirées mondaines ou ils souhaitent que je vienne parler des créations à leurs invités ou plus simplement que je la livre moi-même à un endroit particulier. Cela fait partie du jeu, l’œuvre et l’artiste sont liés.

Elle se leva pour aller se saisir d’un flacon, en versa une larme dans chacune de leurs tasses avant de reprendre sa place.

— Rassurez-vous, c’est inoffensif, c’est juste pour nous détendre un peu.

Son regard se perdit un court instant sur le cube.

— La demande de cet acheteur ne fut pas tout à fait une demande, mais plutôt un service. Enfin c’est de cette manière qu’il m’a été formulé.

Elle le fixa à nouveau de ses grands yeux.

— Je devais ouvrir un bar, pour un soir, dans le but de servir une seule consommation, à un unique client, vous.
Le vautour qui pensait trouver des réponses se rendit compte que toute cette histoire le dépassait, les dépassait.

— Comment ça moi ?

L’elfe semblait à présent mal à l’aise.

— Mon acheteur tenait à conserver son anonymat, je ne l’ai jamais eu qu’en visio, et encore, juste sa silhouette et toujours dans l’ombre. Il vous a décrit en détail, de toute évidence, il savait que vous alliez passer ce soir-là. Je devais vous faire boire un cocktail, celui que je vous ai servi, mais il n’y a pas que cela.

Elle croisa à nouveau les bras.

— Cet individu, même si je n’ai pas pu voir son visage, j’ai tout de même entendu sa voix, et elle était très similaire à la vôtre. J’ai pensé un moment, quand vous êtes arrivé, que c’était lui qui s’amusait à un jeu un peu puéril.

L’esprit du vautour commença à vaciller, tout cela n’avait aucun sens.

— C’est impossible, même moi je ne savais pas que j’allais atterrir là-bas ce jour-là.

Elle ne le quittait plus du regard.

— Je dois vous montrer encore quelque chose — COMMANDE — HOLOGRAMME ŒUVRE GALERIE DERNIÈRE VENTE RÉALISÉE — TABLE SALON —

Une aura luminescente se créa sur la surface plane, pour laisser apparaître une image en trois dimensions.
Le vautour ouvrit de grands yeux chargés de surprise et d’incompréhension. Devant lui un deuxième cube identique au premier venait de se modéliser. Il possédait la même apparence, et semblait détenir des propriétés similaires. Minéral, couvert d’aspérités incluant les interactions d’un fluide.

Son regard se posa ensuite sur l’elfe. Jessica paraissait tout aussi troublée. Elle le fixa à son tour. Il se souvint du soir de leur rencontre, se disant qu’il la trouvait très belle et qu’en d’autres circonstances tout aurait pu arriver.

Un temps certain s’écoula, sans qu’aucun des deux ne prononce un mot.

Elle rompit le silence.

— Pourquoi me regardez-vous de cette manière ?

Il comprit qu’elle avait deviné ses pensées. Il ne voulait surtout pas l’effrayer ni la froisser, elle représentait la seule personne qui pouvait l’aider, pressentait-il.

— Pour rien, pardonnez-moi, mon esprit s’égarait.

Elle fit apparaître un léger sourire en coin, et à sa plus grande surprise, glissa sa main dans la sienne.

— Moi aussi, je vous trouve très séduisant, sous vos airs de vautour un peu perdu rempli de mystère.

Il frémit, se laissa dominer par son attirance, se pencha pour approcher son visage tout près du sien, perçut son souffle sur ses lèvres.

— Peut-être devriez-vous en profiter, avant que je ne disparaisse de votre vie comme tous ceux qui m’ont rencontré.

Il l’embrassa avec délicatesse, elle passa une main sur son visage, répondit avec plus d’ardeur. Il avait quitté son tabouret, son corps à présent coller au sien, il respirait son odeur, ce parfum, ce parfum entêtant qui lui semblait si familier.

Plax Posté le 25 Décembre 2023 à 09:56 #10
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Apparue dans son existence au moment le plus sombre, Jessica représentait pour lui bien plus qu’une rencontre. Elle détenait tout comme lui de manière involontaire un rôle majeur dans cette histoire. En sortant de chez elle, après l’avoir quitté sur sa couche endormie, il ressentit toute la fragilité de leur situation.

La foule anonyme, les gaz qui remontaient des bouches d’égout, et l’omniprésence du marionnettiste qui pouvait tout aussi bien préparer le coup suivant, dans l’ombre. Il joua des épaules pour se frayer un chemin jusqu’au bunker d’Ixol, le cube en poche pour achever l’analyse commencée la veille. Découverts dans les vestiges d’un âge oublié, imaginé par Jessica, son implication et ses pouvoirs la désignaient comme la pièce maîtresse de ses investigations. Une crainte sourde pourtant lui serrait le cœur. Un sombre présage lui murmurait qu’une rencontre débutant sous une telle emprise ne pouvait que mal se terminer.

Il chassa cette pensée pour se concentrer sur la lecture des tags qui parsemaient les façades du quartier et servaient autant de panneaux indicateurs que de repères tribaux. Une pluie fine se remit à tomber, il hésitait, les graffitis d’hier avaient cédé leur place à de nouveaux, des étales installés des deux côtés habillaient les rues d’une autre identité. Plusieurs fois il revint sur ses pas, un doute s’immisça dans son esprit au moment où il fit face à l’entrée.

La porte métallique entrebâillait, lui laisser craindre le pire.

D’une démarche sans assurance, il s’approcha, la poussa de la main. Le sas et les trois issues qu’il desservait n’existaient plus, un entrepôt désaffecté avait pris sa place. L’immense construction ne contenait plus rien. La pluie fine y pénétrait par le toit percé à de multiples endroits, quelques objets abandonnés traînaient sur le sol, comme si l’ensemble était délaissé depuis de nombreuses années.

Un frisson lui parcourut l’échine. L’étau continuait de se refermer sans qu’il ne puisse rien faire pour l’en empêcher. Sans l’aide d’Ixol, il lui devenait difficile d’obtenir des réponses. Sous le choc de la perte de cette nouvelle parcelle de mémoire sublimée, il demeura un long moment figé. Le regard désemparé à observer la pluie qui tombait sur les poutrelles métalliques et se disperser en nuée de plus en plus fine de particules irisées.

Une peur insondable le saisit, lui susurrant de ne pas rentrer chez lui, s’il ne voulait pas faire face au même décor. Sa réalité disparaissait, soumise au sort éphémère des graffitis, effacés en une nuit et dont personne ne peut certifier qu’ils n’ont jamais existé.

Il ne lui restait qu’une seule personne à présent qui pouvait encore l’aider, Jessica.

Après une profonde inspiration, il tourna les talons et sortit du bâtiment. Ses mains enfonçaient au fond de ses poches, il demeura un instant planté devant l’entrée du gnome à réfléchir. Le commanditaire, il devait retrouver l’acheteur de Jessica, ce vautour qui lui ressemblait de manière bien singulière pour ne représenter qu’une coïncidence.

Dans la ruelle, la foule était dense, plus dense que d’ordinaire, il peina aussitôt qu’il se joint à elle pour remonter l’artère. Épaule contre épaule, les gens s’agglutinaient. Ici un blessé qui gisait au sol, un peu plus loin un prêcheur debout sur une caisse prédisait la fin du monde. Une impression étrange de se noyer dans cette masse de visages l’envahit, il eut du mal à respirer, sa poitrine se compressa. Il joua des épaules bien décidées à avancer, perçues des plaintes de personnes qu’il bousculait, n’en avait cure, il lui fallait retrouver Jessica sans traîner, il le sentait comme un besoin urgent, vital.

Un quidam lésé se retourna à son passage et lui saisit le bras en l’invectivant. La réaction fut brutale, le vautour braqua son pulseur en direction de l’inconnu. L’arme s’activa aussitôt, des liserait lumineux bleu apparurent signalant une autonomie optimale. Dans un réflexe de protection, la foule forma un cercle autour de lui, l’homme le libéra, le vautour leur gueula.

— DÉGAGEZ, DÉGAGEZ JE VOUS DIS !

Il tira une salve en l’air, la panique s’empara des gens qui l’entouraient, leur regard chargé d’incompréhension, de peur, de sa peur qu’il propageait. Une brèche se dessina, il prit la fuite, courue le plus vite qu’il put en direction de la galerie.

Plax Posté le 27 Décembre 2023 à 09:24 #11
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Une lueur d’espoir se glissa dans son regard au moment où il découvrit qu’elle se trouvait toujours à la même place. Il poussa la porte, aussitôt les bruits de la rue se turent. Sa respiration se calma, il parcourut l’intérieur d’un pas lent.

L’endroit était désert.

Un malaise diffus se propagea avec la mélodie sonore des œuvres exposées, il la traversa pour se diriger en direction de l’ascenseur, et l’actionna pour se rendre au premier palier.

La cabine se stabilisa, les portes coulissèrent en silence, il franchit le seuil, découvrit l’appartement entrouvert. Un mauvais présentiment l’envahit, il pénétra avec prudence dans le lieu, appela.

— Jessica !

Sans réponse de sa part, il continua d’avancer. Sur le sol, une traînait rouge écarlate. Il la suivit jusqu’au corps de l’elfe allongé sur le dos. Un couteau gisait dans une immense flaque de sang à ses côtés. Elle pressait de ses mains l’un des multiples impacts qui l’avaient perforé. Son regard braqué sur lui, chargé d’angoisse, de peur et surtout d’incompréhension.

Il s’agenouilla, dévaster, glissa une main sous sa nuque pour l’aider à parler.

— Jessica, que s’est-il passé, qui est venu ?

Sa bouche se noyait dans le sang, elle articula avec peine.

— Pour… pourquoi m’as-tu fait…

Son regard parti dans le vide. Ses dernières paroles résonnaient en boucle dans sa tête, il craignait de comprendre. Son souffle devint saccadé, un bruit provint de l’entrée.

Il se tourna, surprit une silhouette furtive se glisser hors de l’appartement. Il n’était pas seul. Une rage sourde s’empara de lui. Le crime venait d’être commis, s’il restait une personne, cela ne pouvait être que son agresseur. Il se redressa, se saisit de son pulseur et s’élança à la poursuite de cette ombre malfaisante, méthodique et sournoise, obstinée à lui retirer bout à bout chaque parcelle de son identité.

Arrivée sur le palier, la cabine de l’ascenseur se referma. À sa grande surprise, elle ne descendait pas. Il scrutait le décompte des étages et parti dans une course folle dans l’ascension des escaliers. Quatre à quatre, son souffle se fit vite bruyant, poussé par la rage et la détermination de mettre un visage sur cet imposteur, ainsi qu’un terme à ses exactions.

Au fur et à mesure qu’il se hissait, l’état de l’immeuble se délabrait. Open-spaces désaffectés, mûrs suintants, courant d’air froid. La cabine de l’ascenseur, stoppée au dernier, semblait l’attendre. Il parvint à l’ultime palier, scruta les environs avec attention, le pulseur braqué. Une issue donnait sur le toit, entrouverte, comme pour le lui indiquer où il devait se rendre.

Du bout de la main, il la fit pivoter, avant d’en franchir le seuil.

Le vent et la pluie lui giflèrent le visage dès qu’il posa un pied sur le toit de l’immeuble. La vision qu’il contempla lui parut cauchemardesque. Des éclairs de multiples couleurs zébrés le ciel, pour s’attaquer au bouclier qui maintenait le secteur en sécurité. Un flot de particules ionisé formait des vagues aux reflets émeraude d’un bord et écarlate de l’autre. Une tension titanesque assaillait le dôme. L’enveloppe fragile et dérisoire face aux intempéries magnétiques qui l’asservissaient peinait à résister.

Le vautour déglutit, le pulseur braquait, il avançait avec précaution, fouillait du regard les armatures métalliques supportant les encarts publicitaires qui trônaient sur le toit de la bâtisse. Il tentait en marmonnant pour lui-même de se convaincre que ce spectacle n’était pas réel, qu’il n’existait que dans sa tête.

Un éclair rubis traversa le bouclier pour venir s’écraser à une dizaine de mètres. Flash intense, il découvrit la silhouette sur le bord de l’immeuble, les bras dressés au ciel, les jambes écartées, elle semblait invoquer le cataclysme qui se répandait autour de lui.

Il s’en approcha avec difficulté, le vent tourbillonnait et se renforçait à chaque pas qu’il effectuait, comme si une main surnaturelle voulait l’empêcher d’avancer. C’est à cet instant qu’il entendit son rire, son rire dément et hystérique qui accueillait une autre manifestation bien plus inquiétante. Des trombes d’eau s’abattirent en même temps que la résonance à l’amplitude titanesque sortit des entrailles de la Terre. La même entendu dans le passage souterrain la nuit où tout avait débuté, semblable à une porte métallique qui s’entre ouvre entre deux réalités.

La silhouette se tourna pour lui faire face. Un vautour aux traits identiques aux siens, avec un regard fou chargé de haine, le scrutait d’un air malsain. Plax noyé dans une tension nerveuse qui l’asservissait sentait tous ses muscles tétanisés. Il continuait de marmonnait pour lui-même les seuls mots qu’il arrivait encore à prononcer.

— C’est impossible…

L’autre descendit du rebord pour s’approcher, il s’adressa à lui sur le ton glacial d’un couperet qui s’apprête à tomber.

— Regarde Plax, admire la rencontre de nos deux univers, la cannibalisation de ta réalité.

Le mât d’une antenne cria sous la force du vent, il repensa au tunnel, aux lieux qui se modifiaient, aux personnes qui disparaissaient et surtout à Jessica.

Le relais métallique plia au même moment où il appuya sur la détente de son pulseur. La décharge arracha un jet d’étincelles contre l’armature qui s’interposait, le sosie en profita pour esquiver, et se dissimulait plus loin entre un local électrique et des manches à air géantes qui parsemait le toit.

Une solution désespérait venait de s’insinuait dans son esprit. S’il arrivait à tuer cet individu, il pourrait mettre fin à toutes ces manifestations, et tout rentrerait dans l’ordre. Il lui sembla que c’était la seule façon de mettre un terme à ce cauchemar, pulvériser cet usurpateur. Son arme émit une série de bruit sourd et puissant, il faisait feu sur toutes les ombres qu’il voyait bouger, sans distinction, et se rendit compte qu’il hurlait en même temps.

Il hurlait qu’il voulait le tuer.

Son accès de rage ne lui permit pas de discerner la barre métallique se dresser et lui frapper l’arrière du crâne. Il s’effondra sous les trombes d’eau qui diluèrent un mince filet de sang à l’endroit de sa blessure. Son pulseur glissa sur le sol et fut aussitôt écarté d’un coup de pied par son ombre menaçante.

Le choc le laissa à moitié inconscient, il papillonnait des paupières pour tenter de rester lucide, essaya de parler, mais aucun son ne sortait de sa bouche.

L’autre l’observa, un court instant, s’efforcer de ramper pour se soustraire à l’inéluctable.

— Tu ne peux pas t’échapper, c’est inutile, contemple autour de toi, ta réalité est en train de s’annihiler.

Plax s’appuya sur un coude pour reculer le regard rivé sur cet autre, lui, qui s’accroupit en le scrutant d’un air misérable.

— Mais avant que tu ne disparaisses, je dois récupérer ce qui m’appartient, donne-moi mon l’artefact, et j’abrégerai ta fin.

La douleur s’était propagée dans son crâne, il se souvint de cet objet étrange qui le reliait aux songes créatifs de Jessica. Il déglutit, glissa sa main dans son blouson, sentit le contact froid du cube. Sa tête vacillait, il ferma les yeux un court instant, lutta pour ne pas perdre conscience. Dans un ultime réflexe défensif, au moment où son interlocuteur se pencha, il détendit son bras pour lui asséner un coup sur le crâne avec ses dernières forces et toute la rage qu’il lui montait en songeant à Jessica agonisante. L’angle du cube percuta sa tempe de plein fouet, le faisant s’écrouler comme un sac mort à ses côtés.

Stimulait par cette nouvelle donne, il oublia la douleur de son crâne qui le lançait et lui altérait l’équilibre, pour retourner se saisir de son pulseur avant que le corps allonger sur le sol ne retrouve ses esprits.

Ce qu’il découvrit quand il le dévisagea lui glaça le sang. Le vautour inconscient lui ressemblait trait pour trait, un sosie parfait, un jumeau dont il ignorait l’existence.

Au-dessus d’eux, l’orage magnétique s’intensifiait. Les trombes d’eau envahissaient le secteur, en même temps que le feu se déclarait à de multiples endroits, créant des gerbes de flammes de plusieurs dizaines de mètres de haut dans un ronronnement destructeur.

La douleur dans son crâne le lançait, il tendit son bras, le pulseur dans sa main en direction du vautour allongé sur le sol. Trempé par la pluie, il tremblait, sans même s’en rendre compte. L’arme lui signalait en clignotant qu’il ne lui restait qu’une décharge, il s’apprêta à tirer.

– C’est inutile.

La voix le surprit. Elle était neutre, posée, sans agressivité. Il se pensait seul avec son ennemi, redressa le canon pour la braquer en direction de l’individu.

Un vautour, identique à lui, émergea du néant.

— Il est déjà mort.

Poursuivit une nouvelle silhouette qui venait d’apparaître à côté de la première.
Il faisait à présent face à deux sosies, allait de l’un à l’autre avec son pulseur, dérouté par ces apparitions.

— Qui êtes-vous ?

La question était superflue, il les reconnaissait, se reconnaissait, mais son esprit n’arrivait pas à assimiler l’information.

Le premier s’accroupit au pied du corps qui gisait sur le sol, s’assura que son pouls avait bien cessé de battre.

— Tu sais très bien qui nous sommes, nous étions à sa poursuite. Le cube lui a fait perdre la raison, il s’était mis en tête d’anéantir toutes les lignes de temps que les six dimensions lui ouvraient, bon boulot Plax.

Le vautour baissa son arme, autour de lui l’œuvre de destruction s’étendait sans relâche.

— Mais pourquoi le secteur continue-t-il de se modifier ?

Les deux sosies échangèrent un regard, avant que l’un ne lui réponde.

— Les propriétés de cet artefact dépassent tout ce que tu pourrais imaginer, en te le confiant, il a fait entrer en collision vos deux temporalités. S’il ne mentait pas sur un point, c’est bien celui-là. Ta réalité est condamnée, elle est en train de s’effacer, c’est irréversible, désolé.

Une vibration parcourue le sol, autour d’eux Plax vit des immeubles s’effondrer dans un bruit titanesque comme des châteaux de cartes. Les éclairs et le vent s’intensifiaient. Paniqué, il se remémora la chronologie des évènements, un détail lui interdisait d’accepter ces paroles.

— C’est impossible, je l’ai trouvé par hasard, même moi j’ignorais ou j’allais fouillait ce jour-là !

Ils échangèrent un nouveau regard, et l’une des silhouettes disparues. Le toit du bâtiment trembla sur ses fondations toujours plus fort.

— Toi non, mais lui connaissait par avance cette information, le cube le lui avait montré, et au fond de toi, tu sais de quelle manière. Ces capacités sont infinies.

Il s’estompa à son tour devant ses yeux, au moment où l’édifice tout entier commença à vaciller. Le grondement devient insupportable avant qu’il ne s’effondre à son tour, emportant avec lui le vautour hurlant son désespoir.

Plax Posté le 28 Décembre 2023 à 16:00 #12
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Une démangeaison se fit ressentir sur sa paupière droite, signe qu’il n’avait pas déconnecté son implant avant de s’effondrer.

Allongé sur son lit, Plax ouvrit les yeux avec difficulté.

Une mention holographique lui apparut.

MESSAGE VISO — ETAN SCORE — MESSAGE VISO — ETAN SCORE —

Ses lentilles matricielles lui signalaient d’un côté l’appel et de l’autre un défilé de publicités.

INUTILE DE S’ENDETTER, N’ACHETEZ PLUS, LOUEZ !
VOS LOCAUX
VOS MEUBLES
VOS PARTENAIRES
VOS JEUX
RESTEZ LIBRE, LOUEZ !

Le message s’imprimait sur une panoplie infinie d’objets, lui fit regretter son paramétrage aléatoire. Il clignota deux fois des paupières pour mettre fin à cette débauche consumériste, et ouvrit la communication dans la foulée.

Il s’étira d’abord avant de sursauter et de se redresser quand il identifia son interlocuteur.

— Etan c’est toi, bon sang qu’est-ce que je suis heureux de te retrouver !

Le virologue afficha un visage surpris et amusé.

— Euh oui enfin je sais que tu m’apprécies, mais on s’est vu hier, je t’appelle pour te donner les résultats des analyses que tu m’as demandées.

Un flot de souvenirs lui revint en masse, depuis la découverte de l’artefact jusqu’à la destruction du secteur, pour finir par sombrer avec l’immeuble sur lequel il était juché.

Il déglutit avec difficulté, son regard parcourut la chambre.

Elle était grande, luxueuse sans être ostentatoire et surtout, le lit comportait deux places et deux oreillers. Il remarqua des vêtements posés çà et là, certains lui appartenaient, d’autres non.

Une superposition mémorielle commença à s’assembler.

Son esprit trop accaparé par ces nouvelles découvertes, il préféra mettre un terme à l'échange avec son ami, qui semblait bien moins préoccupé par les résultats que la première fois.

— Etan, je vais devoir te rappeler, je… j’ai… enfin je suis occupé, à plus tard.

Clignement de paupière, il se leva du lit. Un bruit d’eau provenait d’une pièce attenante. Son cœur se mit à battre plus vite. Il y avait dans l’air cet étrange parfum, ce parfum qu’il connaissait bien, qui lui donna accès à un flux de souvenirs.

Il s’approcha avec précaution de la salle de bain.

Son rythme cardiaque s’accéléra, la poitrine serrée, il poussa d’une main fébrile la porte entrebâillée…

Plax Posté le 28 Décembre 2023 à 16:03 #13
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Un coffre c’est une capsule temporelle, lui avait certifié le banquier avant de lui délivrer l’accès dans la chambre forte composée de multiples couches d’alliages vibrés, renforcés, indestructibles.

Il avait souri après son départ, pour ne pas le froisser.

Le cube dans une main, il songeait aux dernières paroles prononcées par son reflet dimensionnel sur le toit de l’immeuble. Sa réalité s’était bien effacée, il avait eu raison sur ce point. Ce qu’il n’avait pas eu le temps de lui dire c’est qu’une autre s’était mise en place, une autre bien plus confortable.

Dans celle-ci, il avait fait la connaissance de Jessica dans une galerie d’art, à l’acquisition de sa plus belle création. Les lignes de temps peuvent être différentes, il y a des attractions qui, elles, perdurent.

Il posa le cube dans un tiroir de métal. Son pouvoir avait poussé son dernier propriétaire à la démence, lui ne voulait surtout pas modifier ce nouveau présent. D’un geste lent, il ferma le compartiment, le scella dans sa nouvelle demeure.

Ici, il ne pourrait pas le tenter ni perturber son existence.

C’est le cœur plus léger qu’il sortit de la banque.

Dehors, il pleuvait encore, la noirceur des gens qui habitaient le secteur obscurcissait toujours la lumière du jour, mais pour lui, tout avait changé.

Une démangeaison lui chatouilla sa paupière.

– MESSAGE AUDIO – JESSICA —

Debout devant la banque, il enfonça les mains au fond de ses poches et ouvrit la communication. Aussitôt la voix de Jessica se fit entendre.

— Mon amour tu es où…