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EDC de Eaven

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Fais comme si.


« C'est peut être à ton contact que je suis devenu généreux. »

Fais comme si. Comme si tu n'entendais pas ces paroles, celles qui enveloppent avec chaleur mais font courir des frissons gelés sur l'épiderme. Les jolis mots qui complimentent et que tu t'évertues tant à refuser, réprimer, enterrer, pour ne leur donner aucun droit de vivre. Ces sonorités qui t'encerclent, prise au piège des grands orateurs, qui savent les manier pour mieux te façonner. Ceux qui cherchent à te réchauffer, mais que tu t'escrimes à rendre glacés. Fais comme si tu n'y croyais qu'à moitié.

« Tu as la peau douce. »

Fais comme si. Comme si ses doigts couraient encore sur ta peau, le long de ton échine, jusqu'à sombrer sur une épaule, une joue, une côte. Comme si les frissons qui t'habitent n'étaient pas du à l'absence, comme si son contact continuait d'exister dans tes souvenirs fragiles. Tel que tu l'aurais aimé, si seulement le temps avait entendu tes prières, si seulement il s'était figé. Comme si tes mains s'accrochaient encore à lui de peur qu'il ne s'efface, plus aucune trace, un rêve tenace. Fais comme s'il était toujours là pour tenir ta main.

« On doit pas avoir des enveloppes charnelles prêtes à recevoir des décharges. »

Fais comme si. Comme si tu ne sentais pas leurs regards dans ton dos, transpercer ta peau, fureter sous tes os, à la recherche de l'âme. Ces regards que tu sais glisser sur tes vêtements, comme la pluie les jours d'orage qui s'insinue dans les tissus qui t'habillent, prête à te rendre malade, distiller cette fièvre enjôleuse. Donner à croire que tu ne vois rien dans leurs yeux, comme si ça ne te faisait rien de ne pas comprendre les lueurs qui les habitent. Comme s'ils ne renvoyaient pas cette électricité nerveuse, ce courant traître, prêt à électrocuter le coeur mieux encore qu'un défibrillateur. Fais croire que ça n'a aucun effet sur toi. Fais comme si tout était mécanique.

« Vous savez... Moi-même je me pose beaucoup de questions... sur ce que je suis... »

Fais comme si. Comme si ça ne te rappelait rien, comme si ça ne hurlait pas à l'intérieur, comme si ça ne tambourinait pas contre chaque paroi de ton crâne. Un sujet qu'on évoque avec légèreté en faisant croire qu'il ne résonne pas dans tout ton être. Comme si tu savais pertinemment, toi, perdue, qui tu étais, et pourquoi. Telle l'utopie où chaque question a ses réponses, où plus aucun mystère ne demeure, où les interrogations ont cessé d'exister. Inspire cette confiance que tu n'as pas, pour soulager les apeurés de l'inconnu comme tu n'as jamais su le faire. Souffle sur ses doutes à défaut de pouvoir ne serait-ce qu'ébranler les tiens, trouve des réponses à ses questions comme si c'était le seul baume à répartir sur les tiennes. Fais comme si elle ne t'inspirait pas un reflet.

« Est-ce que je te fais peur Eaven ? »

Fais comme si. Comme si le sexe qu'ils représentent n'appelait pas à ta mémoire délabrée cette phobie furieuse et retrouvée. Comme si ce que tu étais parvenue à effacer pendant des années n'étaient pas revenu te gifler de plein fouet. Comme si les souvenirs enfouis n'avaient pas ressurgi dans de violents torrents de détresse. Enterre à demi, pour te faire croire à toi-même que ce secret est encore bien gardé, que tu n'as pas flanché. Et cesse de hurler avant de n'avoir à le partager de la même façon qu'il t'a toujours habitée : avec une honte démesurée. Fais comme si rien ne s'était passé.

« Cela m'a malgré tout fait du bien de vous en parler... »

Fais comme si. Comme si la logique, comme si l'évidence, ces fausses jumelles, étaient venues taper à ta porte. Comme si ce bien dont elle parle était aussi pour toi, tel ces cadeaux sentimentaux au prix que l'on n'estime pas. Comme si tu avais toujours su écouter, avec cette oreille attentive dont il t'affublent sans même se demander avant de commencer si tu n'es pas sourde. Comme si tu étais née avec la faculté de les faire parler, les alléger, les pousser dans le dos pour qu'ils s'envolent, en les regardant de loin, toi qui n'as jamais su voler. Fais comme si tu étais là pour ça.

« Eaven... vous... ne m'en voulez pas ?... »

Fais comme si. Comme si elle ne repassait pas sur tes sutures, sur ces cicatrices que le temps a blanchi. Pour les faire disparaître aux regards inquisiteurs, mais pas à ceux qui savent aller au-delà de la peau. Comme si ce n'était pas un coup de fouet, machine arrière, cri perpétuel. Déchirer en sens inverse, à la verticale, d'une trace aussi longue que l'est le corps. Comme si ça ne faisait pas mal encore, comme s'il ne t'arrivait plus de revoir leur sang sur tes mains, leurs visages déformés, leurs voix implorantes. Comme si tu n'avais pas laissé là-bas des morceaux de toi que tu ne parviens pas à retrouver, tant ils ont été jetés en pâture dans l'espoir d'écraser la douleur. Fais comme si tu avais oublié.

« A votre anniversaire ! »

Fais comme si. Comme si ça ne symbolisait rien d'autre qu'un chiffre, qu'une addition sur le temps qui donnerait l'impression qu'on prend l'avantage sur le Maître du Jeu. Comme si les nombres ne renvoyaient qu'à une année comme une autre, anodine et bancale. A cet aveu du malheur d'avoir ouvert les yeux, de cette insouciance laissée dans un maturateur qu'il aurait aimé lui voir, et non ce masque hurlant au mensonge. Comme si derrière cette somme ridicule ne se cachait aucun changement, comme si c'était toujours toi derrière les couleurs, les rires, les idées. Fais comme si tu n'avais jamais changé.

« Du coup vous vous voilez même plus la face, vous laissez paraître. »

Fais comme si. Comme s'il n'avait rien touché, comme si derrière ses jeux de mots déridés, il n'avait pas posé un doigt sur toute ton existence. Comme s'il ne faisait pas résonner, d'un coup d'un seul, tous tes masques qui ont grignoté ton visage à force d'y être apposés, et jamais retirés. Croire que c'est la seule solution, qu'entre vivre et survivre il valait mieux prendre le mot le plus lourd pour y parvenir. Et alors, tel qu'il t'a regardé, tu t'es crue dévisagée, démasquée, et incapable de jouer la désinvolture. Fais comme si vous n'étiez pas tous dans le même bateau.

« Tu ne m'as jamais parlé de tout ça... »

« Eaven, Eaven. L’Éternité est éphémère.
Fais comme si, d'accord ? Fais comme si, et souris, Eaven. »



Spoiler (Afficher)
Comme bien souvent, des petits morceaux de RP mis bout à bout, certains qui commencent à remonter, d'autres qui n'étaient pas prévus mais ajoutés tout récemment.
Une maigre façon pour moi de remercier tous les personnages qu'Eaven croise et découvre encore, et qui continuent de faire ce qu'elle est chaque jour. Certains n'auront aucun mal à se reconnaître, d'autres sûrement un peu plus. A vous tous, merci pour ce que vous offrez et m'offrez, et pour le plaisir de jouer.
Et bien entendu, personne n'est encore omniscient à DC, donc cet article est inconnu de vos personnages. Et je prends toujours aussi volontiers les commentaires !

◊ Commentaires

  • Asajj (787☆) Le 08 Juin 2018
    ☆ Encore.
  • Full (206☆) Le 08 Juin 2018
    "personne n'est encore omniscient à DC". On va faire comme si on avait rien lu alors ! smiley
  • Daphnée (20☆) Le 08 Juin 2018
    Superbe !
  • L1S14N3 (218☆) Le 08 Juin 2018
    ☆ Une rencontre superbe pour ma pionne, qui j'espère continuera d'évoluer. ^^
  • Gaïa (82☆) Le 08 Juin 2018
    «Tiens, surprenant. Jamais l'une sans l'autre celles-là.»
    Les couquiz tièdes s'émietteront jusqu'à remplir l'estomac de la gourmande, et faire remonter la chaleur un peu plus haut, vers un palpitant bien trop sensible. Et même peut-être qu'un jour, il y aura le retour d'une recette, perdue en de temps anciens, sur un comptoir tanné par les époques; juste de quoi venir éclairer le doux visage de la mauve d'un sourire et d'une étincelle de vie.
  • Kmaschta (218☆) Le 08 Juin 2018
    Fake it 'till you make it.
  • Leander (0☆) Le 08 Juin 2018
    Pauvre Eaven.. ~♥
  • Kim (100☆) Le 08 Juin 2018
    ♥ Magnifique, pour changer. Triste, mais tellement vivant ! Dur-dur l'humanité, hein.
  • Yaël (0☆) Le 09 Juin 2018
    [~☆~]
  • L-X (1344☆) Le 09 Juin 2018
    @Gaia ce ne serait qu'un macaron de proust mais ça ne ramènerait pas les temps anciens avec.
    Texte magnifique, touchant, comme ce personnage si précieux smiley

    .
  • Mitsuko (67☆) Le 09 Juin 2018
    Une perle ...
  • Cassi (41☆) Le 10 Juin 2018
    divinement beau... Un pur délice...
  • Eaven (523☆) Le 13 Juin 2018
    Les gens... Vous êtes des fous. O.O
    Merci à tous, sans exception, pour les jolis mots, ça va droit au coeur et ça donne envie de ne pas lâcher la plume ni les persos qu'elle rencontre ♥
    @Gaïa comme dit L-X, ça ne ramènera pas les jours heureux, mais qui sait ! Un peu de vie et de sucre n'a jamais fait de mal à personne.
    @Leander M'eh ♥
    @Kim L'humani-quoi ? Ca se mange ça aussi ?
    @Myna Tout s'apprend, avec un peu de bonne volonté.