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EDC de Eaven

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Toc Toc

Toc Toc
La porte du bureau s'ouvre.
* * *
« Eh bien voilà, l'agence est à vous à présent Molluck.
Essayez de ne plus m'appeler Boss, d'accord ? »
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Quinze ans, à peu de jours près. Quinze ans qu'elle occupait cette place jamais désirée pour s'acquitter de sa promesse du mieux qu'elle le pouvait. Quinze ans qu'elle se réveillait le matin au son répétitif du réveil de son Orion, avec cette terrible sensation qu'hier n'était pas suffisant et qu'aujourd'hui ne le serait pas non plus. Quinze ans à arpenter inlassablement des terrains qu'elle avait appris par la force de l'habitude, qu'elle reconnaissait peu importe l'épaisseur du smog, pour s'esquinter les yeux sur un datapad à l'âge incertain, sur des petits carrés flous qui allaient devenir les appartements des autres. Vivre au rythme de leurs demandes, de leurs envies, aussi farfelues soient-elles parfois. Répondre à leurs exigences autant que ses connaissances en étaient capables, elle qui n'avait jamais su dessiner que des petits carrés. Les contenter, les voir revenir parfois avec un sourire satisfait aux lèvres. Lui faire confiance.
Quinze années durant lesquelles elle en avait vu partir pour ne pas revenir, s'endormir pour ne plus se réveiller, faire trembler l'ensemble jusqu'à ce qu'il s'écroule. Chuter tel que c'était prévu, semble-t-il. Et quinze années où elle fut la spectatrice de ces âmes abandonnées, l'impuissante de ce rêve crevé, l'espèce de survivante de ce qui n'existe plus, et n'existera plus jamais. Parce qu'ils n'avaient pas tenu ? Parce qu'elle l'avait trop fait ? « Parce que » n'aurait jamais d'autres réponses que son écho.
Quinze ans qu'elle se sent mourir par ce doux feu de glace aux résidus tranchants, quinze ans qu'elle se raccroche à des chaleurs depuis longtemps refroidies. Mais aujourd'hui, il est temps de lâcher un peu de lest, enfin. Celui retenu depuis bien plus de quinze ans.
* * *
Toc Toc
La porte des possibles s'ouvre.
* * *
« Mais tu pourrais t'essayer à autre chose ? »
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Pouvoir. Essayer. Autre. À l'impossible nul n'est tenu, paraît-il. Bien évidemment, elle pourrait faire revivre de très vieilles envies de NI, le genre qu'elle n'a jamais concrétisé. Elle pourrait apprendre à jouer correctement de ce fichu piano sur lequel ses doigts ripaient autrement. Elle pourrait passer de l'autre côté du comptoir sans forcément attendre que les bars soient vides, pour tenter de reconnaître les alcools selon leurs couleurs. Elle pourrait écrire des livres toute sa vie, des années durant, et ne plus jamais s'arrêter. Elle pourrait aussi rester à l'agence comme employée, comme l'aide qu'il semblait vouloir, comme la présence qu'il semblait demander en silence de peur de ne pas tenir seul. De peur que son départ soit définitif, malgré la promesse de son aide. Après tout, ses pas l'y portent encore dans un réflexe tous les matins tant le chemin lui était devenu naturel, jusqu'à ce qu'elle trouve la porte close du bureau. Ou bien elle pourrait passer le restant de sa vie dehors malgré la poussière, à glaner des cycles et des cycles en regardant le smog, pour ne plus jamais en oublier sa grisaille. Elle pourrait. DreadCast, ville des possibles.
Mais si Possible est évident, Vouloir se fait désirer. Et c'est un peu ce qui manque à ceux qui sont encore là, parfois. Vouloir l'être toujours, se dire que l'on ne peut pas partir, ouvrir les yeux chaque matin sans plus savoir pourquoi. Empiler les jours en les espérant différents, sans rien faire pour qu'ils le soient, alors que le décompte s'est perdu depuis longtemps tant il est inutile. Ou bien se trouver de mauvaises raisons de rester, pour traîner un corps asphyxié par des idées dérisoires, et pourtant drogué de souffles éternels. Toute trouillarde qu'elle est, voilà l'une de ses peurs inavouées : faire partie de ceux qui restent pour les mauvaises raisons.
* * *
Toc Toc
La porte du temps s'ouvre.
* * *
« Ça fait un moment que vous êtes en ville, vous vous plaisez toujours ? »
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Elle était loin d'imaginer qu'au détour d'une conversation anodine, ce genre de question lui serait posée. La plus difficile de toutes, certainement, parce qu'elle force à se situer entre le mensonge et la vérité. Se plaisait-elle toujours, réellement ? Est-ce que cela était déjà arrivé un jour, finalement ? Avions-nous le choix ? Nous sommes là, parce que quelque chose a voulu qu'un jour, on ouvre les yeux. Et ensuite ? Ensuite elle apprend une énième nouvelle version de la vie ici, une vie de nuances cette fois, loin de la vision tranchée autrefois connue. Et de nouveau elle se perd sous toutes ces versions d'un Impérialisme, comme s'il en existait autant de possibilités que d'êtres en la Cité. Et elle a fini par croire avec lui, un infime instant, que la constance était une qualité rare à présent.
À bien y penser, elle ne s'est probablement jamais vraiment plu ici, à force de se sentir trop différente de la Cité. L'une a toujours été trop grise, et l'autre a toujours vécu avec des couleurs dans les yeux. Ils ont été si nombreux à le dire. Avec tant de métaphores différentes, pour désigner la même chose, qu'elle a fini par compiler en un résumé tout simple, si simple qu'il avait toujours été sous son nez sans qu'elle ne le voit. Sans qu'elle ne veuille le voir ? Ne pas être faite pour cette ville.
Partir dehors ? Même si c'était miraculeusement - ou non d'ailleurs - possible, elle n'a pas le courage de ces expéditionnaires qui sortirent pour braver l'extérieur. Pas une foudre de guerre, encore des mots qui resurgissent d'un passé révolu. Elle n'a eu que le courage d'en attendre certains, et rien de plus. Que la force d'attendre le retour d'autres expéditionnaires, ceux d'un pays froid dont ils sont les seuls maîtres. À choisir, elle préfère encore cette contrée-ci car au moins, elle la connait. Et puis, qu'on cesse de se voiler la face : au moment même où elle en est sortie avec un soupir de soulagement, c'était tout son corps qui tremblait du manque, de vouloir y retourner. Quand on y a goûté, on y revient forcément un jour. Elle n'a fait que retarder l'échéance, parce qu'elle la savait plus pénible encore que cette drôle d'Éternité.

* * *
Toc Toc
La porte des autres s'ouvre.
* * *
« Mais votre âme est trop précieuse. Elle ne doit pas être abîmée. »
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Et elle vous a cru, elle vous a tous cru. Elle a cru à vos paroles lorsqu'elles lui disaient qu'elle était utile, lorsqu'elles lui répétaient qu'elle avait sa place, qu'elle n'était pas là pour rien. Elle vous a cru durant tant d'années, en essayant de faire un peu plus, toujours dans un coin, toujours dans l'ombre de peur qu'on ne la voit, qu'on ne l'entende. Elle vous a cru, et elle a accepté d'être cette fille aux sourires éternels pour qu'ils puissent s'afficher sur d'autres visages, pour qu'ils puissent croire qu'il existait une joie de vivre quelque part. Pour qu'ils voient dans le décor, au milieu du smog, un petit point rouge auquel ils auraient pu se raccrocher à leur tour s'ils le souhaitaient. Et aujourd'hui elle s'efforce de ne plus y croire, se dire qu'il n'y aura aucune différence, qu'ils ne verront pas le changement, et elle sait qu'il en sera ainsi. Sans quoi elle ne saurait véritablement partir.
Ils sont déjà tant à la retenir sans même en avoir conscience. Tant de silhouettes dans le fond, le genre qui peuple les vies sans qu'on s'en aperçoive, ou alors dans les derniers moments. Quand le caisson s'ouvre, qu'on commence à plonger un pied.. Là, les noms se bousculent au bord des lèvres, les visages au bord des yeux, ils sont tous là et parfois, de très rares fois, arrêtent le geste. Font vaciller la décision une seconde, celle qu'il faut. Combien en a-t-elle fait vaciller, peut-être un jour, pour qu'ils restent ? Et sur combien d'autres cela n'a jamais fonctionné..? Il en faut bien plus que ça pour les pousser à rester.

* * *
Toc Toc
La porte du cœur s'ouvre.
* * *
« Et vous ? Quel genre de néon êtes-vous..? »
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Ce n'est jamais ce qu'on croit, jamais où on l'attend. Ce n'est jamais au bord des larmes, jamais au détour d'un sourire. C'est au croisement de leurs pleurs, aux abords de leurs rires, que l'on retrouve parfois la véritable raison de notre présence ici. Elle avait oublié pour mieux revenir à un battement de cœur passé de retour au présent, pour mieux se blesser sur des mots malhabiles, ou un peu trop. Pour mieux retrouver cette incapacité toute particulière à ne pas se dévoiler justement, à ne pas savoir mentir comme il aurait fallu, à oublier de nouveau de se protéger de ces vents qui sont seuls capables de la glacer. « Néon qui clignote. Qui s'éteint de temps en temps, et qui repart quand un passant donne un coup de pied dans le mur pour Il sait quelle raison ».
Et pour chaque coup, elle frappe ailleurs. Cela aurait été trop simple cette fois, une promesse renouvelée sous une nouvelle pulsation. Aux douleurs, elle ne crie pas. Elle y répond par des mots dénudés d'elle, par du temps donné comme autant de bouteilles à un ivrogne. Ce coup-là est légèrement différent des autres, il fait teinter cette corde de l'indicible qui permet de lancer une mélodie pourtant si répétitive. Celle qui la plonge dans le travail pour cesser de penser, comme un verre de skiwi brûlant l’œsophage pour faire oublier la douleur d'une blessure, l'espace d'un instant. Son alcool à elle la poussait aux rêves éveillés, éparpillés dans le smog, réchauffée d'un froid mordant par un cosmo' trop grand qu'elle ne mettrait plus, délaissant le tombeau des fantômes avec l'espoir de ne plus avoir à y redescendre. Il fallait qu'un passant donne un coup dans le néon.
* * *
Toc Toc
La porte du Centre s'ouvre.
* * *
« N'essaie même pas de cryo. »
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Le Silence. Jamais personne ne répond lorsque l'on toque au Palais des Glaçons.
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* * *
Bip Bip
Le communicateur sonne.
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« Reste. »
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Tout semble tellement plus simple lorsque ça sort de leur bouche. Comme s'ils avaient forcément la bonne réponse aux questions que l'on ne résout jamais. Comme s'ils savaient ce dont elle avait besoin, qu'ils avaient toujours su, toujours eu les mots pour la retenir. Encore et encore. Relancer la machine défaillante.
* * *
Toc Toc
...Où est-ce qu'on toque ?
* * *
« Vivez ? Soyez heureuse ? Dansez dans vos particules de farins d'un pied léger sur une musique de bal en rêvant à des macarons ? Bref, soyez... Eaven. »
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Et dans le hall froid, elle fait demi-tour avant d'avoir croisé qui que ce soit.
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« À croire qu'il n'est pas encore Temps. »

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Spoiler (Afficher)
Prévu depuis un petit moment, en revanche, la longueur, elle, n'était pas du tout prévue. Merci à tous ceux qui ont été là dernièrement, vous êtes géniaux.

◊ Commentaires

  • Loan (7☆) Le 27 Février 2017
    .... juste Woah ! Tellement beau.
  • Kambei (278☆) Le 27 Février 2017
    Un jour on en rira...
  • Akasha (0☆) Le 27 Février 2017
    [je vais finir vraiment fan de tes articles EDC *-*]
  • Roxann (62☆) Le 28 Février 2017
    "Soyez Eaven..." parce qu'à chaque fois que je pense à ton perso, que je lis son nom, j'ai ça en tête : ♪ ♫ ♪ ♪ et je souris...
    Merci... pour ce demi tour.
  • Manerina (1403☆) Le 28 Février 2017
    Mané a toujours pensé qu'elle s'entendrait bien avec Eaven sans trop savoir pourquoi. La joueuse, elle, le sait. Je ne désespère pas qu'un jour on puisse mettre leurs spleens dans un shaker et qu'on boive jusqu'à la dernière goutte pour ensuite danser ensemble au rythme de cette mélancolie qu'elles partagent sans le savoir.
  • Cryx~52202 (648☆) Le 28 Février 2017
    pareil que toi Roxie
  • Gaïa (92☆) Le 28 Février 2017
    ♥ et macarons.
  • Eaven (677☆) Le 01 Mars 2017
    Woh.. Merci, sincèrement. *prend les macarons, déjà, hop*
    @Loan Beau, beau.. Y'aurait matière à discussion là tout de même !
    @Kambei Et un jour.. On en rit.
    @Akasha T'as pas idée comme ça touche mon petit coeur, comme pour Loan !
    @Roxann @Cryx Peut-être que ce n'est pas tout à fait par hasard. ♥
    @Mané Il existe bien un lieu, qui pourrait faire qu'un jour, elles fassent tinter leurs résonances comme le bruit des verres.. Si elles osaient, peut-être.