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EDC de Casey

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Pâle et Digne.

. : Colloquium cum Gelida : .
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La villa était plongée dans un calme absolu et total. Pas un seul chuintement ni murmure. La sombre à la peau laiteuse dormait encore à poings fermés, tandis que le trentenaire s’était levé de bon cycle sur la pointe des pieds. Plutôt l’air absent, le regard marron s'était fixé sur la large baie vitrée de la salle-à-manger, où il déjeunait, si on le permettait, en paix. Les annonces sur l'AITL étaient affligeantes de bêtises depuis une heptade; irruption de logorrhée indigeste et continuelle. Ceci fut heureusement contrebalancé par les saillies bien placées et subtiles du Délégué Kambei, qui lui arrachèrent quelques rictus d'amusement. Il regrettait déjà l'époque de Madison et de sa douce voix, qui commentait en toute légèreté, la météo quotidienne. Il éteignit enfin sa tablette céramique aux lueurs farines, pour allumer dans la foulée son Kender verdâtre. Il lança Ouinamp® et sélectionna une playlist, alors qu'il enfonça dans ses oreilles, deux oreillettes intra-auriculaires GreenEars.
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[hrp] Pour le loop, le lecteur SoundCloud est tout en bas:

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En arrière-plan, revenant sur la baie vitrée, il mirait l’immensité de la cité sempiternellement plongée dans ce smog brunâtre et épais. Quelques tours disparaissaient dans ces volutes grasses, tandis que de furtifs et erratiques scintillements apparaissaient ci et là. Au loin, les éternelles murailles en filigrane se tenaient fières mais discrètes. Elles imposaient le respect au militaire, où qu’il posât son regard sur elles.
Émergeant de ses rêveries à demi-éveillé, il prit enfin son communicateur pour consulter ses messages à la volée. C’est au détour de quelques archives que le hasard le fit tomber sur une vieille correspondance avec Paladine. Un malaise instantané l’envahit jusqu’à la plus petite cellule qui constituait son être. Un frisson indescriptible le parcourut, entre déception et indifférence. Il posa le mug de cafey froid et à moitié vide, puisqu’il était de ceux qui étaient résolument pessimistes, puis il se leva pour frotter fébrilement ses paupières closes. Profondément dépité, il reprenait peu à peu de ses esprits.
Rapidement, il retourna à la chambre à coucher, toujours discret et silencieux. Un regard insistant fut posé sur l’endormie impudique au corps blanc et nu caressé par les premières lueurs timides de la journée. La couverture rouge de satin tirée sur ses belles formes galbées et féminines, un baiser sur sa tempe, puis s’habilla précipitamment pour gagner le trottoir sous le smog froid. Sans perdre de temps, il réajusta sa casquette à la tête de mort, releva son col haut et se dirigea enfin vers le CdC, alors qu’il sortait du T-Cast.
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Dedans, il traversa les dédales de la bâtisse à la majestueuse froideur, jusqu’à arriver à un sas de sécurité bien gardé. A l'entrée, galons présentés et salut militaire offert aux gardiens taciturnes, sans mots dits. Le hall fut ensuite traversé à pas de loup. Il gagna rapidement l'Accueil et se retrouva nez-à-nez avec une rousse. Le sévère regard du militaire obliqua sur le porte-étiquette. La Réceptionniste resta curieuse et interdite devant le brun. Il lui présenta, muet, l'ID de l'humaine. Le flot de parole commença, tandis qu'il ignora chacun de ses mots futiles, débités. Elle l'invita ensuite vers l’ascenseur qu'ils empruntèrent puis s’engouffrèrent profondément dans des allées multiples, où s'affairait le personnel qui ne prêta aucune attention à leur visite. A vrai dire, ils étaient totalement indifférents à leur présence.
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Une fois le sas de l'Agora franchi, il fut mis en face d'un gigantesque puits sans fond, d'où émanait une vapeur blanchâtre. Au plus profond du bâtiment, les murs étaient lézardés de tout un tas de consoles, traversés par d'immenses tuyauteries en tout genre et dont le haut plafond était recouvert de gros extracteurs. L'ambiance générale en devenait bleutée et hypnotique, à l'instar des mirettes de la sombre dans lesquels il s'y perdait régulièrement. Sans s'attarder davantage à observer la nonchalance manifeste qui y régnait, il chercha du regard le caisson de sa binôme de toujours, en vain. Ainsi, il fut pris de vertige par le gigantisme du lieu, et fit mine à La Réceptionniste bavarde de se diriger vers la console centrale prévue à cet effet. Elle y pianota pour lui l’ID de l’humaine.
Soudainement le sol l’illumina d'une lueur faible pour leur indiquer très précisément où était entreposé le caisson de sa sœur au synthé-bois dormant. Arrivés devant ce dernier, le militaire l’observa de longues cyclo-secondes, toujours muré dans son silence. Il reprit à nouveau son communicateur et commença à rédiger un message sur le fil de leur conversation passée. Comme pour conjurer sa cryogénie et sa propre rancoeur qui le hantait, il coucha alors ses pensées qu’il ne put exprimer à haute voix. Peut-être par pudeur. Alors il communia en silence sous le tactile durement pressé. Réduite à sa plus simple utilité, la rousse à l'air effrontée fut totalement ignorée. Elle n'existait plus.
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"Cela fait quelques années que te voilà cryogénisée, sans m’avoir rien dit. Je t’en ai voulu, mais je n’ai pas eu la force de me le dire à haute voix. Je sais que rien ne fut vraiment facile pour toi, comme pour moi non plus. Nés pratiquement en même temps, nous avons essuyé quelques revers par le passé et c’est parce que je t’avais à mes côtés que je pouvais me reposer sur ton épaule, comme toi sur la mienne. Tu as toujours été ma grande soeur et ainsi tu le resteras à jamais. Je ne t'en veux plus. Plus maintenant. Et je ne ressasserai plus le passé. Ton vide est déjà bien assez insupportable. Seulement, je garde intact en mémoire nos bons souvenirs et tes sourires.
Ton regard est comme le mien, souvent triste et mélancolique. On est différent de caractère, mais nous sommes faits indubitablement du même moule, toi et moi. Le substrat, le terreau est identique. Nous pouvons nous targuer de ne pas avoir pris à témoin un vulgaire contrat de fratrie, de ceux qui perdent tous leurs sens, à trop être distribués tout azimut. Notre fratrie va bien au-delà de cet ostensible artifice, que tous affiche avec une obscène fierté. Nous, c'est authentique et vrai. Ineffaçable.
Tu me manques Paladine. Et je ne pensais pas être si profondément affecté par ce lien qui nous lit désormais et à jamais. C’en est presque ridicule que j'en souris, mais ainsi est fait l’Homme. Ainsi est faite notre nature profonde, encline à la versatilité. Nous ignorons tout de nous-mêmes. Et nous sommes si faibles, si nuls, si insignifiants, devant la moindre petite douleur qui nous accable.
Il est temps que je me rende au Milit' et que cette visite s'achève à présent. Je ne crois pas revenir, Paladine. Ce sera mon unique passage ici. Mais je nourris l'espoir de te revoir, si la vie n'aura pas eu raison de moi, avant. Un beau matin peut-être, ton message sur mon Kender, pour m'avertir que tu es éveillée."
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En réalité le caisson était une cuve pleine de liquide bleuâtre. Il essuya de son gant sombre, la cuve congelée, la débarrassant de fait de son givre glacial et de sa buée opaque. Il découvrit alors son magnifique visage; pâle et digne. Lorgnant sur l’endormie paisible, il crut que son coeur se gela à son tour. Il n’eut de force de la mirer davantage. Le visage du militaire demeura quant à lui froid et fermé; le contour de ses traits tirés, les sourcils froncés comme à l’accoutumée, lui donnant un air naturellement sévère et inquisiteur. Tournant les talons et plantant la rousse sur place, qui arborait déjà une bouche en "O" d'étonnement, il finit par regagner l'ascenseur toujours dans un silence assourdissant. Rapidement il se retrouva au rez-de-chaussée et quitta aussi furtivement l’édifice qu’il avait gagné; dans l’indifférence totale du personnel et des gardiens.

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