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Janus.

Bien, comment te décrirais-tu ?


La question était difficile. Très. Il avait toujours eu l’impression d’être quelqu’un d’autre… Ou, du moins, pas réellement lui-même.

Il se pensait pourtant banal. Un type ordinaire qui n’avait strictement rien de plus ou de moins qu’un autre. Gentil, comme beaucoup de mecs dans le secteur. Sympa, rien d’exceptionnel… Sur qui on peut compter, du moins le croyait-il sans vraiment y croire… Bref, vraiment, un gars pas franchement hors norme.

Pourtant il y avait cet autre lui - qui s’était nommé depuis peu Eko - celui qui montait sur scène et qui déversait sa colère et sa rage dans le micro. Eko n’était pas comme Koe, le type de tous les jours. Il était plus sombre, plus véhément… Et parfois, il avait du mal à rester caché en attendant de briller sur les planches. Il suffisait que Koe se fasse agresser, ou qu’il se prenne une réflexion mal digérée pour qu’Eko gratte de rage à l’intérieur et n’essaie de prendre les commandes pour éclater les auteurs de ces outrages.

Depuis peu, Koe suivait une thérapie pour aller mieux. Car il était trop lâche pour affronter les difficultés, et préférait bien souvent se taire jusqu’à ce que son contrôle ne se fendille et qu’Eko n’explose en plein jour. Dans ces cas-là, il valait mieux ne pas être dans le coin. Mais Eko était sadique, en plus d’être violent, il créait des situations déplorables puis s’évaporait aussi vite qu’il était venu, laissant Koe gérer la merde, les remords et la douleur de l’incompréhension.
Alors, Koe avait continué à aller de plus en plus mal, à se demander qui était le vrai, lui, ou l’autre ? Est-ce qu’au final, il n’était pas qu’un simple masque pour cacher le reste ? S’il n’était pas un imposteur et s’il ne devrait pas, ou laisser Eko prendre totalement les commandes, ou arracher les fils émotionnels une bonne fois pour toute, et devenir un troisième, Oke, le robot, pour qui tout était toujours O.K, comme son nom.
Et Koe avait commencé à faire des cauchemars et à mal dormir. Il roupillait des cycles et des cycles, sans jamais se sentir reposé, et se réveillait brusquement, en sueur, avec la sensation de s’être perdu un peu plus.

A un moment, Koe appela à l’aide, sur les conseils de celle qui veillait toujours sur lui, son Lutin Gardien. Il ne voulait pas l’inquiéter, mais elle avait fini par deviner, toute seule, car elle le connaissait bien et qu’il ne pouvait rien lui cacher.

Tu devrais consulter pour tes problèmes non ? Un médecin pourrait sans doute t’aider.


Alors il prit rendez-vous auprès de l’Hôpital Impérial. On le redirigea vers une psychologue… Et il se lança. Il n’aimait pas vraiment ça, à vrai dire. La discipline avait toujours une étiquette de “médecin pour cinglés” et il s’imaginait bien que s’il avouait à quelqu’un qu’il lui semblait avoir plusieurs lui à l’intérieur, il serait probablement catalogué d’office “timbré”.

Le rendez-vous arriva et les questions, polies, neutres et rassurantes, sans jugement, furent posées. Koe fut sincère, il parla de toute, mais surtout de lui, et l’analyse tomba. Il fallait qu’il arrête de fuir et d’avoir des remords, il fallait qu’il ose, et qu’il parle. Il fallait, en somme, que Koe et Eko fassent la paix et que l’un apaise l’autre quand l’autre donnait de sa rogne au premier. Oke était d’accord, mais lui, il l’était toujours, de toute façon.

Quand Koe fut sorti, il souriait, pour la première fois depuis un moment. Il y avait du boulot, c’était sûr, mais il y arriverait. Il ne pouvait pas se renier, ni renier Eko, la bête, ou même Oke, qui lui permettait de souffler de temps en temps, en déconnectant les circuits. Ils étaient trois mais en fait ils n’étaient qu’un. Cette simple constatation l’apaisait. Son erreur avait été de vouloir gommer ses lui qui ne composaient en fait qu’un tout. A présent qu’il en avait conscience, tout irait mieux.

Comment tu réagirais si par exemple, je te disais que je suis pas toute seule dans ma tête ?


L’aveu le fit un peu bloquer. Il resta pensif tellement longtemps que l’auteure de la question en fut presque vexée, notant qu’il ne répondait pas.
Le sourire, à peine une ombre, comme d’habitude, qu’il lui offrit sembla la rassurer et Koe, au fond l’était tout autant. Il venait de se rendre compte qu’il n’était plus seul à devoir composer avec d’autres visages. Et ça, c’était infiniment cool.
Evidemment, il se rattrapa vite en haussant une épaule pour dissimuler ses sentiments - ça c’était typiquement un trait volé à Eko d’ailleurs - et les mots coulèrent de sa bouche, sincères, et évidents.

Bha c’pas grave ? C’serait toi quand même. Moi j’t’apprécie comme ça, d’jà avant sans l’savoir, c’pas ça qui va m’faire fuir.

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Père Koe, raconte nous une histoire.
18 Mars 2019
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