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Il y a quelqu'un.

Rauque écho de voix, entre concerto et velours. Choeur fantomatique de syllabes paradisiaques sur le papier seulement, gorgé d'eau de temps. Confiné au fin fond de la tour, dont même l'ivoire se serait terni. Il donne envie pourtant, mais après tant de silences murés dans la cage, comment avoir encore l'en-vie ?
Les plus solides prisons sont celles où les barreaux en fer de sentiments ne peuvent ployer, cautions de sang qu'on ne peut payer. Si seule la clef peut libérer la prisonnière qui s'est enfermée là, les barreaux ont quant à eux la matière de ce qui résonne inlassablement, de ce qui parle plus sûrement que de vulgaires cordes vocales. De ce qui anime le restant d'être qu'elle est, de tant de voix qui ne sont que des trésors des profondeurs.
« Et j'entends la clef faire courir ses dents sur les barreaux, comme une craie sur un tableau, à faire grincer l'âme. Comme une scie misérable qui tenterait de ronger un matériau trop solide pour elle, hors de sa portée. »
Des tréfonds d'un corps, en-corps une parcelle de vie. Quelle drôle d'idée que l'instinct de survie qui ose ramener à la surface ce visage qui tente en vain de se noyer. N'est-ce pas aussi simple de mourir, n'est-ce pas si aisé de s'éteindre ? Aucun courage, vagues de lâcheté sur le rivage de sa piètre éternité.
Le soupçon de vie ne s'agite que pour hurler dans ce néant, lorsque la prison de chair dépose ses masques si durement acquis au fil des ans. Soigneusement alignés, ses vieux sourires lui renvoient dans la face toute la fausseté de son visage de poupée. La main est trop courte depuis sa cage d'âme pour les récupérer avec avidité, tels la drogue qu'ils sont devenus. Mais dans un élan de bonté, de compassion ou de sadisme, sa Prison lui accorde un dernier Masque. Et débrouille-toi avec ça.
« J'aimerai crier, perforer ces poumons tâchés et briser les cordes vocales qui ne savent plus rien exprimer. J'aimerai comprendre, et que la boucle cesse enfin, prenne un autre sens. Où est cet Ailleurs, n'est-il pas temps enfin de s'échapper pour espérer le trouver, comme ils l'ont tant et tant répété ? »
Dévoiler les non-dits, crever les on-dit. Ouvrir une fausse porte cachée derrière une tenture terne, faire croire qu'on percerait une boîte de Pandore vide. Avouer encore et tous-jours, avouer ce que vous voudrez. Les secrets qui n'en sont plus, les mensonges auxquels ils ont cru. Cracher la rancœur aux meurtriers d'âme, le dégoût aux âmes tressées de faux.
Elle secoue vainement les barreaux de ses mains. Des voix portant son nom s'y infiltrent, chuintements hallucinés. Les barres de sentiments lui brûlent les paumes. Elle n'y fait plus attention, après tout l'on se réchauffe comme on peut ici bas lorsque les jours sont aussi glacés que les nuits.
« Chaque jour j'entends le glas de ton absence qui répond à la cloche de l'espérance, incapables de s'accorder tout à fait. Dissonance d'horreurs qui s'infecte dans la chair, pus indélébile pour nous crever avec lenteur en nous laissant la vie, uniquement pour la regarder passer comme des voyageurs. »
C'est la détresse.
D'être cloîtrée entre quatre murs - ou plus ? - forgés par nos soins, à ne plus savoir trouver la sortie d'un labyrinthe qu'il faudrait admettre pour voir. Combien de fois devrais-je me perdre dans l'obscurité pour accepter que la lumière m'effraie ?
C'est la peur.
De voir cette blondeur revenue d'ailleurs comme une illumination, qui réchauffe de vie tout ce qu'elle touche, tout ce qu'elle regarde. Cette sauveuse de nos mondes, l’élixir de nos maux que l'on n'oserait boire. Petite, petite, va t'en avant que je ne souffle sur ta flamme et qu'il fasse trop noir pour toi.
C'est la rage.
De regarder ce qui meurt, ces souvenirs d'étain couverts de rouille, couchés sur papier glacé qu'on a laissé étendus là, dans un caniveau encore trop propre pour eux. Cet élan destructeur de toi et de moi, de nous autant qu'eux, de réduire à néant tout ce qu'il y a autour pour regarder les débris voler. Comme la cendre sans goût d'un passé trop réclamé, mort dans l'âme mais qui persiste sur les papilles calcinées.
« C'est l'enfer. De regarder le temps passer, d'essayer d'y prendre part, sans y parvenir. C'est l'enfer de rester quand ils disparaissent et s'effacent. C'est l'enfer d'élever ce qui appartient aux autres comme si ça leur permettait d'exister encore. C'est l'enfer de ne pas savoir ce que l'on est, à chercher comme une imbécile. »
« C'est l'enfer, mais vous êtes là.
Ce qu'on nomme famille, ce qu'on nomme liens.
Ce que je ne saurais avouer de mots calcinés.
Vous êtes là, et ne serait-ce que pour ça,
je ne peux désirer d'autres prisons infernales
que celle où nous brûlons ensemble.
»



Spoiler (Afficher)
Ecrit il y a un petit moment maintenant, je l'ai juste un peu actualisé.
Merci Leander pour la musique, et tous ceux qui composent ce pantin rouge ♥

Informations sur l'article

Verre brisé
22 Novembre 2019
708√  26 11

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◊ Commentaires

  • Thomas (181☆) Le 22 Novembre 2019
    L'Eaven
  • Aexe (126☆) Le 22 Novembre 2019
    Brûle derrière ton ombre. Brille.
  • BB_24 (293☆) Le 23 Novembre 2019
    Elle cassera les genoux à la dépression, hein !
    A toi, juste les pieds. Et elle est douée pour ça.
  • Kambei (262☆) Le 23 Novembre 2019
    Bam, Eaven-punch in the feels.
  • Eaven (815☆) Le 24 Novembre 2019
    Mais, ce cassage de genoux programmé o.o
    Et c'est pas pour casser des coeurs... Faut pas laisser faire, hé.
  • Manerina (1523☆) Le 24 Novembre 2019
    "Vous êtes là, et ne serait-ce que pour ça,
    je ne peux désirer d'autres prisons infernales
    que celle où nous brûlons ensemble."

    J'aurai pu quoter tout le texte, mais il fallait faire un choix, alors ce sera celui là.
  • Niasse (124☆) Le 26 Novembre 2019
  • Dianna (102☆) Le 27 Novembre 2019
    Tu es la meilleure, maman ♥