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EDC de Swan~3150

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48. Cling, petite, cling encore

La petite gît à terre. La pauvre chose se parcourt de tremblements sur le sol dur, froid et implacable de cette prison. Il faut dire que la cavité étroite n’offre guère de refuge hormis le choix d’un coin humide où se blottir pour passer la nuit, traînant avec elle ses chaînes dans un – Cling Cling – triste et résigné. Elle replie ses jambes contre elle, les enlaçant de ses bras décharnés par endroits, puis balance la tête d’avant en arrière en répétant en boucle ces mots qu’elle a lu dans une autre vie, un autre temps, et ferme les yeux, priant.

Ô Cyrius, mon amour, et mon âme,
Lorsqu’ils auront happé leur essence et leur faim,
A la force de leurs convictions imposées,
A la soumission aveugle des êtres humains,
Ils t’auront alors soumis à perpétuité,
Te tuant de la plus impropre des armes,
Cœurs ingrats des hommes et des femmes.


L’arrière de sa tête bute contre le mur à chaque geste de balancier, sans même réaliser, jusqu’à ce que d’un coup plus brusque, elle s’arrête, paralysée. Une porte claque, et le bruit de pas dans l’escalier en colimaçon la fait gémir en dissimulant son visage entre ses jambes. Une silhouette tout en jambes arrive aux pieds des marches, les traits durcis en avisant la roulée en boule, et attrape alors une chaîne, la secouant sans douceur.

Debout.

La chose bascule sur le ventre, restant à terre en frémissant de terreur des pieds à la tête, qu’elle rentre entre ses épaules. Son visage effleure alors le sol froid, y étouffant sa complainte de damnée. La grande souffle de colère par le nez, et d’un geste rageur, vient la frapper d’une botte à pique dans les côtes. Le choc brutal provoque un soubresaut extrêmement douloureux à travers le corps de la petite, trop fragile et affaibli pour tenir le choc, crachant alors sur le sol une bile sans munitions, sans souffle.

Pitié…

Ô Persécuteur, sans loi, ni âme,
Lorsqu’ils se dresseront avec leur honneur,
A la force de tout ce qu’ils auront perdu,
Au désespoir bafoué de leur unique valeur,
Ils battront le fer comme des êtres déchus !
Te crevant de leurs rugissements et de leurs larmes,
Pour ne faire de toi que l’enfer que l’on condamne!


La grande attrape la frêle par les cheveux, la faisant se mettre à genoux dans un cri sanglotant de victime. Elle la relâche dans un geste énervé, grondant entre ses dents, et revient se mettre face à elle.

Regarde-moi, petite conne.
Je… ne peux pas…
Tu ne veux pas.
J’en sais… rien…
Tu ne vaux rien.

Une gifle monumentale s’abat dans un écho sur la joue de la petite, inattendue, cette dernière se glaçant d’effroi en ouvrant grands ses yeux effarés de peur et tristesse mêlées. Son cou se tord sous l’impulsion, et elle peine longuement à reporter son attention face à elle, ses yeux se fermant. Son souffle est rapide, un peu trop, frôlant l’hyper ventilation, tandis que l’autre s’énerve à nouveau. Un coup de pied vient la percuter en plein dans l’abdomen sous les yeux fous et meurtriers de la grande qui déverse sa haine sur elle.

Ô Cyrius, Ô Persécuteur,
Les êtres cesseront de retenir leur souffle amer,
Et des hommes que l’on transperce de lames,
Suintera la rancœur,
Transpirera la misère!

Les coups pleuvent, longtemps. Aucune parcelle de son corps n’est épargnée. La grande s’acharne, vidant sa rage sur cette chose frêle qui n’en fait qu’à sa tête, incapable de riposter.

Je t’éduque! Je te montre la Voie. Et c’est comme ça que tu me remercies? Mais qu’est-ce que je t’ai fait, par Hujan!
Par… pard…
Mais ta gueule ma pauvre fille! Il est trop tard pour ça!

La tortionnaire cogne du genou sous la mâchoire de la petite, dans un claquement de dents qui crissent, l’une chutant d’entre ses lèvres jusqu’à quelque part sur le sol gris et fissuré

Ta faiblesse me dégoûte.
Pitié…
Ca suffit avec la pitié! Elle a bon dos! J’ai dit quoi la dernière fois? Réponds!


Une nouvelle gifle claque sur la joue tendre avant même que la frêle ne puisse ouvrir la bouche, d’autant plus assourdie. Le corps tremble, prêt à s’effondrer pour abdiquer sous les yeux clairs et brillants de folie.

Noyons le mal et l’espoir dans les pluies acides,
Inondons des flammes ces bals oniriques,


Réponds!
Se… se détacher… horizon… des… des possib…

Délaissons la saison diluvienne du mépris roi,
Et buvons à la racine corrompue de notre foi!


D’un calvaire qui semble sans fin, c’est le poing qui l’étouffe d’un coup à la poitrine en posant ses mains à plat par terre, sur lesquelles elle retombe en se crispant, désespérée.

Alors, est-ce que tu as enfin compris?

La petite étouffe un hoquet, et recule en traînant ses chaînes pour se rouler en boule dans son coin. Elle baisse lentement les yeux, puis la tête, afin de planquer son visage meurtri derrière ses genoux. Tétanisée, elle serre plus fort ses jambes décorées de rougeoiements anciens, enfonçant ses propres doigts sur la chair, armant sa faible coquille de son propre rempart.

Mon amour et mon âme,
Déraisonne les fous du Roi,
Et résonne ton cœur en moi.


Je vois. Je prendrai le temps qu’il faudra pour que tu percutes, sale idiote, mais je te préviens… j’ai été suffisamment gentille et conciliante jusqu’à présent.

La grande arme chacune de ses syllabes d’une lenteur exaspérée, son regard glacial ne portant aucune pitié à cette petite chose recroquevillée qui ne bouge plus, s’obstinant dans son silence. Elle soupire de colère en relevant une mèche de ses cheveux soyeux, et se penche pour attraper l’une des chaînes, tirant alors violemment dessus à deux mains. La petite pousse un cri de douleur en raclant le sol de sa peau laminée, sentant la texture du marbre de la pierre lui brûler l’âme autant qu’il la glace de sa rigidité. Sa voix se fait agonisante, d’une tonalité au bord du vide, prête à rendre l’âme, prête à l’offrir contre sa libération.

Je veux… mourir… j’t… en prie… pitié… arrête…
Les lâches réclament la mort. Ils tournent le dos pour des prétextes illusoires, insultant la mémoire de ces autres qui ont laissé leur foi guider les couards. Par croyance, espoir, et abnégation… et souvent, par amour. Tu veux mourir, lâche?


Mon amour et mon âme,
Déraisonne les fous du Roi,
Et résonne ton cœur en moi.


La grande frappe du pied le sol à côté de la joue de la petite, lui écrasant des fils de cheveux sans éclat, et crache dans un juron dégoûté non loin de son autre joue.

Tu continueras de n’être rien, si tu comptes poursuivre sur cette voie. Rien du tout, tu m’entends? Tu n’es rien.

Les paupières de la chose restent closes alors que tout son corps frissonne autant de peur que de souffrance, se forçant à hocher la tête.

Je reviendrai. Jusqu’à ce que tu hurles que tu as compris, et que tu deviennes le poing qui martèle sa propre voie.

La grande s’éloigne sans un autre regard, sans pitié, et remonte par l’escalier en tapant fort des pieds, jusqu’à ce que la porte claque à nouveau dans un écho, et fasse place au silence humide. La cassée relève alors la tête, figeant ses yeux sur le mur en face. Elle lit en pensées la marque laissée là, tracée du sang de la petite par la grande. Le rappel d’un dogme qu’elle doit apprendre de déraison à raison.
Vivre pour soi.

◊ Commentaires

  • Kmaschta~1932 (236☆) Le 28 Mai 2014
    Wow..
  • Ianouf~43673 (48☆) Le 28 Mai 2014
    Immersif... Et badant, bon choix de fond sonore! N'étoile *
  • Astaa~40027 (268☆) Le 28 Mai 2014
    Une Etoile, au goût de fer froid, mat, en bouche en finissant la première lecture... Et en entamant la deuxième avec un mélange d'attirance et de répulsion avec la BO de Requiem for a Dream dans les oreilles. Superbe et Anxiogène à chaque fois que j'entend les premiers accords de violon.
  • Manerina~6356 (1566☆) Le 28 Mai 2014
    Épouse moi. (la grande, la petite, je prends le tout)

    Et cette musique...
  • Swan~3150 (689☆) Le 28 Mai 2014
    Merci smiley

    *Kidnappe Mané et chope aussi Astaa au passage*
  • Ethayel~30165 (769☆) Le 28 Mai 2014
    Très plaisant à lire et tortueux.
    J'ai apprécié cette lecture, vraiment !
  • Ladoria~7869 (221☆) Le 30 Mai 2014
    Va s'occuper d'la P'tite et ira baffer la Grande.