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Son Chemin

Noir



Noir. Simple, et efficace ; Il en fallait peu pour résumer celui-ci. Une longue route pavée, aux multiples dalles imprégnées de sang ; Le sien, bien évidemment. Une route longue, de plus d'une centaine de dalles de jais alignées les unes face aux autres ; Quelques écarts, par-ci par-là, certaines semblent même avoir été brisées. Serait-ce le pouvoir du temps, ce fardeau destructeur que chacun pense pouvoir esquiver à sa manière ?

Le temps. Le temps guérit les plaies, qu'ils disaient. Ceux-là même, qui armés jusqu'aux dents éventraient au nom d'un Dieu humain. Ces mêmes humains qui, disparurent tous. Un a un, ne laissant dans le corps de la créature qu'un trou béant ; Des plaies, des poignards, des mots vicieux, des pensées insipides, fades, crades, mortelles.
Mais les plaies n'ont pas guéries, elles sont restées. Elles étaient là, se tapissant dans les recoins les plus obscures, les hémorragies se nourrissaient en la vidant de son essence.

A côté de ces dalles esquintées, peu de tombes. Comme elle disait, peu c'est déjà trop. Remettre un nom sur chacune d'entre elles était impossible, parce que tel était le pouvoir du temps : Vivre, pour se souvenir. Vivre, jusqu'à ce que l'immortalité s'empare de la raison, jusqu'à ce que le temps efface les existences, jusqu'à ce que les souvenirs s'estompent, pour être remplacés par de nouveaux, ou la folie.

Seule la rage persistait, seule cette envie de se démarquer, cette envie de ne plus être engourdie, faible, pataude.
La rage fut son vecteur principal, parce que lorsqu'on ne possède rien et que le vide s'installe ; Seule la rage, survit. Elle s'étendait, tout le long de cette route ; Silencieuse, menaçante, abominable, exécrable et infecte.

"C'est moi, vieille enfant du Chaos et du Blasphème, c'est moi, de la jeune elfe fragile à la Gnoll insensible, c'est moi cette Horreur sans nom et sans limites, qui balaiera tout sur son passage tel un millier de dynamites. Regardez-moi. Regardez ce que je suis devenue ; regardez ce que vous avez fait, regardez, parce qu'il est désormais trop tard pour détourner le regard. Je me ferais entendre, je vous ferais hurler, au travers des siècles et des décennies, au travers des clones et de vies, mais jamais vous ne m'oublierez, parce que je suis ce que vous avez créé. "

L'image même de sa porteuse, qui durant ce chemin sur cette route délabrée, n'aura eu d'yeux que pour l'ailleurs, plutôt que sa propre histoire.

Chaque regard vers l'extérieur était une raison de plus d'être enragée ; Les couples insouciants et leur naïveté maladive, les hommes sont faux et trompeurs, méprisable, orgueilleux et lâches. Les femmes sont perfides, artificieuses et vaniteuses.
Les autres n'apportent que des soucis, lorsqu'ils ne tournaient pas le dos au pire moment. Des morts, des morts et des morts. Elle ne voyait que ça, des futurs Morts, ils ne le savaient pas encore. "L'enfer c'est les autres"1' à en croire cette route qui, en dit beaucoup pour tout au plus quelques dalles noircies.

Et pourtant, c'est après une centaine des dalles brisées, délavées, noircies, ensanglantées ou encore couvertes de crédits, qu'elle se retournera. Elle, Création d'un Héritage qu'elle perdurera au travers des siècles à venir si l'Immortalité le lui permet, et ainsi, la Rage observera son parcours avec attention. Certaines dalles furent oubliées, d'autres même absentes ; Où étaient elles ? Qui sait, seul l'Oubli possède la clé à ces mystères sans réponses.

Ainsi, elle se dévêtira de ce trench-coat l'ayant accompagnée ces années durant, prenant soin de déposer celui-ci sur la dalle d'un autre chemin à l'allure radieuse ; cadeau inestimable aux yeux de quiconque puisse être omniscient ; Les Dieux du Sang, vous répondra-t-elle.

Quelques paroles, emplit d'une émotion toute nouvelle, la sérénité, se feront entendre de l'autre bout du chemin pavé :

"J'ai souffert souvent, je me suis trompée quelquefois ; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.2'

Merci, Mère. Tout ceci est grâce à toi."
  • 1 Jean-Paul Sartre, quand même un effort
  • 2 Alfred de Musset

Informations sur l'article

RP
12 Décembre 2022
519√  19 7

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◊ Commentaires

  • Phylène (1893☆) Le 13 Décembre 2022
    🙏 " Sur la première marche du nouveau palier. "
  • Liouli (372☆) Le 13 Décembre 2022
    Alors comme ça la vilaine a commencé elfe 😂
    *
  • Barshabba (125☆) Le 13 Décembre 2022
    Serait-ce une catabase sans l'ombre d'une possible anabase ? Peu probable. La catharsis de la rage convertissant à propos les infidélités des injustices subies en Sainte Destruction salvatrice.
  • Joyce (135☆) Le 14 Décembre 2022
    Merci à vous pour les étoiles, et les commentaires ! smiley

    @Elvire La plus fragile d'entre toutes, au moins

    @Barshabba Ouais ouais, j'ai compris et j'ai pas écrit sur google le moindre mot, clair clair !
  • Dall (143☆) Le 14 Décembre 2022
    Bébou c'est beau, mais piétine pas trop les dalles stp, ce sont des êtres vivants !
  • Barshabba (125☆) Le 15 Décembre 2022
    @Joyce En gros, j'ai bien aimé. Merci, toussa toussa.
  • Sha-Sha (87☆) Le 17 Décembre 2022
    La phrase de Musset résonne encore dans les tréfonds du SR. Accurate.