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Au nom du frère

Cet épisode fait suite au précédent : La tractation.
Comment vivre lorsque de
lui ne demeurent que les souvenirs ?
« Une simple formalité. A tout à cycle... »
Il avait confiance. Le pire ne pouvait advenir. Passé un certain âge, on aquiert une stabilité, presque une immuabilité, qui rend la mort définitive hautement improbable. Le frère en était. Avant ces quelques mots, les derniers, qui lui paraitraient par la suite si vides de sens, Dall avait passé quelques cycles à son chevet, aux côtés d'autres. Car le mourant avait évolué avec son temps et, tant que durait sa vie, sans cesse tissé de nouveaux liens, s'entourant des jeunes générations pour remplacer les absents.
« Qu'est-ce que ça veut dire, Lady ? »
Jamais il n'avait passé des années à l'Hôpital. Oh. Si, bien sur. Mais jamais d'une seule traite. Désormais, le médecin sorti du bloc évoquait la probabilité de demeurer pour l'éternité. Il était encore là mais n'ouvrirait plus les yeux, prisonnier absolu de sa propre condition, condamné à mort pour crime de vie. Tout faisait écho, lui rappelant la disparition du père avant celle du fils, le laissant sans le souffle, coquille solide en apparence, alors qu'il était seulement vide de désespoir. Combien de fois s'était-il battu contre un abruti violent voulant s'en prendre au tendre androgyne ? Il existait forcément une petite ligne, quelque part, précisant le cas échéant, que le nain pouvait mourir afin que l'humain vive ? Le déni fut long à traverser, à l'instar du tunnel de Fourvière un 15 août. Aux yeux de tous ceux présents là, il n'en sortait pas d'ailleurs. Mais cela faisait presque deux ans que Dall se morfondait, s'enfonçant toujours plus dans les abymes de la perte. Il était parvenu bien au delà de ça, de la fureur et du cycle des palabres. Au milieu de cette foule endeuillée, lui-même l'était, tenant étrangement debout, terre ferme cernée de flots déchaînés. Vaguement, il discernait les mécanismes qui s'enclenchaient chez les autres. L'isolement de Kemelvor. La projection de Stellijah. La rationnalisation de Yaroslav. La colère de Joshua, puissante à ses oreilles, ne couvrait pas le fracas de la réalité s'effondrant sur elle-même.
« ... Watari ! ... Yenahe ! ... Collapsus nanesque. Ca ne te fait rien ?! »
La liste s'égrénait, bien plus longue, mais ne le percutant jamais. Il répondait mécaniquement, semblant presque illuminé tant il évoquait la foi, mais mort en dedans. Paraître fort demeurait l'ultime digue, bavre mais précaire, à retenir le raz-de-marée de la folie qui voulait ensevelir son esprit. Et coriace, il s'y cramponait vaillamment. Comme chaque autre, autour. Le jeune, presqu'un enfant, qui ne le connaîtrait jamais. Le vieux, déjà si accablé, porté aux limites du déferlement. Le médecin, compensant sa culpabilité par le sucre. L'ombre, maudite, qui porterait le code.
Maudits, ils l'étaient tous : condamnés à porter la mémoire des morts. S'il n'y en avait eu qu'un... Car la triste fatalité demeurait toujours, que rien ne subsistait à la gomme du temps. Précipiter la fin permettait d'oublier à son tour ce lourd fardaud, mais chargeait toujours plus ceux qui demeuraient. Et chaque fois, les souvenirs uniques de leurs possesseurs disparaissaient au passage. Ca n'était pas leur faire honneur. Des mots récemment échangés résonnaient encore en lui :
« Tant de grands noms que tu me cites là1' ! Ca donne envie de retourner en cryo de penser à tous ceux là, qui ont disparu...
- Ca ne me donne pas envie d'aller en cryo. Ca me donne envie de faire l'inverse : leur rendre honneur... en fauchant l'engeance indigne !
»
Il était curieux, un peu dérangeant, de se retrouver avec ces 3 sens à l'abattement, côte à côte : celui du frère physique quasi irrémédiable, celui de Dall psy qui anéantissait son corps et celui de l'ami... ou plutôt des ennemis de l'ami. Le nain en prit conscience, une fois seul avec ses tourments, et de la nécessité que la vie continue pour offrir une chance à leur survie à tous. Aussi, en dépit de la violence de la rembarrade, deux cycles plus tôt, et de l'anéantissement qui le grignotait, il usa ce qui restait de sa batterie mentale pour envoyer un petit signal, la faible lueur d'un phare.
« Je serai là. Toujours.
Ne lâchez pas. La cyberpsychose n'est pas une issue. Et en dépit de ce que je peux laisser paraître, je n'en peux plus, de compter les disparus, moi aussi. Si vous deviez partir à votre tour, ce serait... je n'ai pas de mot. Je ne veux pas y penser.
»
Le désespoir, il en avait franchi le seuil, visité l'anti-chambre, puis cartographié chaque continent : Malheur, Misère et Infortune. Enfin il avait coulé dans ses océans, suffisamment longtemps pour atteindre les fosses sépuscrales, musée lugubre où il avait contemplé les différentes nuances des plus grandes détresses, de l'affliction et de la désolation. Il avait fait, de toutes ses vilaines choses, ses proches ; à la façon dont on garde, encore plus, un ennemi. Ellioth ne faisait pas partie de ceux qui erraient parmi ses vilaines choses. Ses ombres, peut-être, mais pas le jeune humain solaire lui-même. Pas son essence.
Dall réalisa tout cela. Alors, il se résolut à parler. Et à guérir.
_______________________
  • 1 Parmi les noms évoqués figuraient : Kelvin Boyka, Ethayel Clot, Irista Tiriand, Czevak Mordekhaï, Child Crawling, Stilicon Oakenshield, Sincinatti Savarone, Raskass...

Informations sur l'article

Chroniques des années 360
06 Juillet 2024
163√  15 3

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◊ Commentaires

  • Lehcaerith (98☆) Le 07 Juillet 2024
    ⭐️
  • Sebastiàn (260☆) Le 10 Juillet 2024
    Il était temps que tu écrives! Sacrée plume.
  • Dall (192☆) Le 10 Juillet 2024
    Oh merci :o C'est pas évident de trouver le temps sur DC... Entre le RP "en direct", les coms... et le boulot des pions smiley
    Merci beaucoup beaucoup~