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Initium#01

La. Mi. Do.
La. Mi. Do.

– Hahh…
L’air vicié emplit abruptement ses poumons, et la brûlure qu’elle ressentit à celui de gauche la fit tressaillir. Celui de droite ne brûla pas, lui, trop synthétique pour ça, et surtout, mal relié à son système nerveux. Mais ce n’était pas pour lui déplaire : ses sens étaient bien trop accaparés par tout le reste. Elle n’avait ni la place, ni l’envie pour une quelconque douleur supplémentaire.
Si. Mi. Ré.
Si. Mi. Ré.
La lumière, si faiblarde et hésitante aurait-elle été pour autrui, l’éblouissait, elle. Ses paupières encore closes étaient assaillies par cette clarté qui n’attaquait qu’elle. Et après tout, elle était l’unique cible disponible : elle ne le savait pas encore, mais elle était seule. Désespérément seule.
Mi ré do ré mi fa mi.
Les notes jouaient dans son esprit, inaudibles, irréelles, sauf pour elle. Elles s’enchaînaient dans sa tête, aussi clairement que si c’était elle, assise à ce piano et pressant les touches de ses doigts fins, mécaniquement améliorés. Elle pouvait la jouer, cette mélodie, aisément même. Pourtant, elle ne la connaissait pas. Mais alors pourquoi sentait-elle ses muscles, autant ceux de silice que ceux de chair, se préparer à la jouer ? Ce n’est pas comme s’il y avait un instrument qui l’attendait, là, devant. A moins que ?
Ré do si do ré mi ré. Mi ré. Mi fa, sol mi.

Dans une nouvelle inspiration, aussi chaotique que la première, elle ouvrit des yeux d’un bleu clair et intense, aussi puissant que la nouvelle émotion qui vint l’habiter : la peur. Une peur viscérale, qui se noua à toute vitesse, à la fois dans ses circuits et dans ses entrailles : elle ne reconnaissait pas ce lieu. Tout était gris, froid, lugubre. Solitaire, aussi. Et il n’y avait pas de piano. Elle se sentait seule au monde, ici, comme s’il n’y avait peut-être qu’elle qui vivait. Mais vivait-elle vraiment, ou était-elle dans un rêve ?
La. Mi. Do.
La. Mi. Do.
Tremblante de tout son être, elle se força debout. Elle n’était pas frêle, mais l’inquiétude rendait ses mouvements lents, incertains. Comme si elle pouvait tomber à la moindre brise. Le froid qui lui parcourait le dos lui glaçait tout liquide vital, et elle ne put s’empêcher de geindre, faiblement. Non, elle avait trop froid pour que tout ceci ne soit qu’un simple rêve. Que faisait-elle ici ? Quel était cet endroit ? Elle n’en savait rien.
Si. Mi. Ré.
Si. Mi. Ré.


Puis il y eut cette annonce, sur ce qu’elle était, qui elle était, ce pour quoi elle était là, les Sept Vérités… Donc elle n’était rien, avant aujourd’hui. Elle était néant. Mais au fond d’elle, il y avait cet étrange désir de vivre, et cette poignante envie de liberté. Elle s’avança vers une porte, chancelante, et y posa sa main pour la pousser, quand elle aperçut enfin son reflet dans la vitre.
Mi ré do ré mi fa ré.

Ses yeux s’écarquillèrent à la vision de sa propre personne : elle savait que c’était elle, mais ne se souvenait pas de cette elle. Était-ce la première fois qu’elle se voyait ? Elle n’en avait aucune idée. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle était vêtue de drôles d’habits, et était si frigorifiée que ses mains viraient au bleu. Bleu qui rappelait celui, sombre comme la nuit, de ses longs cheveux, retombant sur ses épaules jointées de noir à divers endroits. Il n’y avait d’ailleurs pas que ses épaules qui présentaient ces marques : son visage, ses jambes et son abdomen aussi. Une plaque noire était fixée sur son ventre, deux autre sur ses hanches et une, bien plus petite, sous la ligne de sa mâchoire, à gauche. Elle avait comme un goût de sang, dans la bouche, d’ailleurs.
Ré do si do ré mi ré. Mi ré. Mi fa, sol mi.

Mais parmi tous ces détails, un en particulier attira son attention : quelque chose était gravé sur le dessous de son avant-bras gauche. Au milieu de sa peau pâle, un mot avait été comme sculpté dans sa chair, révélant au creux de chaque lettre les circuits noir et chromé sous celle-ci. Elle baissa les yeux pour les y fixer : c’était bien l’identité qu’on lui avait donné. Chlore. Ses lèvres rosées s’entrouvrirent, laissant pour la première fois passer sa voix, cassée mais douce :
– ...Chlore ?
Soudain, le piano se tut. Les notes s’arrêtèrent. Elles laissèrent place à un silence lourd, bien trop lourd. Sa respiration saccadée était la seule à se faire entendre, bien que son cœur, battant à tout rompe dans sa poitrine, aurait presque était audible, lui aussi.
– Chlore…
Elle le brisa en répétant ce nom, qui, étrangement, chassa le goût du sang de son palais, mais lui en laissait un autre, bien plus amer. Il lui laissait aussi une question, et pas des moindres : qu’allait-elle faire, maintenant ?

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- Initium -
29 Mars 2022
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