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Atalanta fugiens

"Tu n'as nul besoin d'un époux, Atalante ; fuis toute union conjugale ;
pourtant, tu n'y échapperas pas et, vivante, tu seras privée de ta vie ”.
(...) “ Je ne serai à personne”, dit-elle...
Et la jeune fille se mit à fuir devant le monstre avide, le plus insatiable des sentiments, la plus cruelle des tentations, le plus redoutable des aimants qui veut se faire amant d'un coeur et non d'un corps, le dévoreur de raison, le mangeur d'âme, le broyeur de vie.
Je le sais, tu finiras par me revenir.
... d'ailleurs la course même la rend belle.
La brise entraîne les liens de ses chevilles derrière ses pieds agiles,
on voit flotter ses cheveux sur ses épaules d'ivoire, ...
Fuyant, fuyant toujours, la princesse d'albâtre aux chevilles lacées d'airain se prend à une course folle de l'aube au couchant quand ses pauses ne se font que de chair et que se glace le sang, priant que son être se change en titane sous sa peau d'argent.
Tu reviendras n'est-ce pas?
Cours, cours, belle fugitive, l'attrait de ton royaume de poussière assèche les gorges de tes poursuivants comme les pleurs dans les yeux des perdants qui se fondent et disparaissent, points minuscules dans l'horizon lointain d'un jardin où tu n'es plus. Une minute, un instant, tu t'abreuves à leur bouche pour mieux repartir avant qu'il ne referme sur ton flanc exposé ses mâchoires sanguinaires, ce monstre qui veut se repaitre de ton coeur bien plus que de ta chair.
Et je serai là pour te relever encore, et tu seras à moi.
La jeune fille fut surprise ; attirée par la pomme brillante,
elle détourne sa course et ramasse cet or qui roule sur le sol.

Que fais-tu insouciante! Relève toi et reprends ta course, ne t'attarde pas sur la promesse luisante d'un rêve pris dans une bulle de pluie acide car ses reflets sont trompeurs. Il ne s'agit que d'un mirage, une chimère qui de sa toile invisible t'emprisonnera dans ses rets. L'or des fous attire ton regard, trompe celui qui veut s'aveugler dans sa contemplation et ronge la main qui se penche pour le ramasser. Fuis, fuis pendant qu'il dort...
Je ne te laisserais pas t'échapper. Je ne te perdrai pas.
Vite il bondit ; mais elle, vite, le devance,
Plus prompte que l'Eurus. Il sème devant elle
De nouveaux présents d'or. La vierge un court instant
S'attarde, mais bientôt elle fuit de plus belle,
Jusqu'à ce que, l'amant renouvelant les poids,
Noble prix, Atalante à son vainqueur se rende.
Hippomène est la force du soufre ; la vierge,
Mercure fugitif ; le mâle vainc la femme.
Lorsque, saisis d'amour, ils s'étreignent tous deux,
Au temple de Cybèle, irritant la déesse,
Elle se venge en les vêtant de peaux de lions
Qui font rougir leurs corps et les rendent sauvages.

S'élevant loin alors des chants et suppliques de ses poursuivants, laissant l'adonis à son sommeil, la belle se libère des oripeaux trompeurs des serments, confiante en son coeur immobile, tirant sans y prendre garde de multiples traits. Qu'importe, elle court, désormais libre fugitive se pensant inatteignable, enveloppée des soies d'un vent boréale, s'enroulant avec naïveté dans les chaines d'anthracite qui se prétendent sans danger sous le contrôle d'un autre maitre. Prends garde, candide, à ne pas te noyer dans le reflet déformant d'un miroir aux alouettes. Fuis, fuis encore tant qu'il est temps...
Tu me reviendras. J'ai le temps.
Pour exprimer au mieux ce que fut cette course
Ma muse t'offre ici les trois voix de la fugue.
L'une est simple et durable ; elle est fruit qui retarde ;
Mais la seconde fuit, que poursuit la troisième.
Des oreilles, des yeux accueille ces emblèmes,
Puis guide ta raison vers leurs signes secrets.
Quelle pierre roulera son ton pas trop sur? Quel abime s'ouvrira sous ta course vif-argent? Quelle chaine d'acier tendue barrera ta route ? Quel trait assuré percutera ta poitrine, coupant ton souffle et mettra un terme douloureux à ta fuite pour te livrer au calydon, que tu le blesses ou non? Un jour, un jour, Atalante, il te rattrapera, le monstre dévoreur, le mangeur d'âmes, le broyeur de rêves, celui qui se repait des illusions des mortels à l'hybris insensé qui se pensent plus forts que le sentiment... Prends garde, belle fugitive, que dans ton ombre ne se cache le diable au baiser de feu qui changera en eau la glace de tes yeux.
... Il est revenu.

Spoiler (Afficher)
○ Ovide : Les Métamorphose, chant 10, 560-707
○ Michael Maier : Atalanta fugiens - épigramme
• article totalement hrp - vos personnages ne savant (a priori) rien de cette histoire, d'ailleurs, c'est qui Atalante?

Informations sur l'article

In the name of...
09 Novembre 2016
1604√  22 9

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◊ Commentaires

  • Zhadum~60904 (487☆) Le 09 Novembre 2016
    Le Dioscure courait pourtant derrière le Calydon, chevauchant sa bête domptée, mais Atalante, toujours en fuite, prenait le temps de ramasser quelques clés d'or de palais perdus sans penser à regarder plus loin que l'épaule de fourrure du Dévoreur. Et malgré le fracas des sabots de son étalon, malgré le Styx des murmures croissant, la glace tenait bon sous ses pieds, encore, pour quelques années. 5 ?
  • Akasha (0☆) Le 09 Novembre 2016
    [≈❤≈]
  • Gaïa~60638 (95☆) Le 10 Novembre 2016
    @Roxann J'ai l'impression de lire un autre RP tellement similaire sur bien des points. Des histoires qui se frôlent, mmh ?
  • Manerina (1467☆) Le 10 Novembre 2016
  • Aislinn (173☆) Le 10 Novembre 2016
    ***
  • Ethayel (771☆) Le 10 Novembre 2016
    Cela faisait bien longtemps que je ne t'avais pas lue très chère.
    ☆ pour ce joli texte, pour les métamorphoses, et pour les souvenirs que ce texte a pu me rappeler par des situation similaires connues.
  • Trïll (181☆) Le 11 Novembre 2016
    Belle plume !