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Tripalium

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LA PLAGE


Il gît, enroulé comme un burrito ou un dürüm, sous la lumière un peu jaune de la chambre, collé-serré dans une couverture un peu trop chaude ; ses vêtements d'extérieurs reposent sur la table basse, bleue comme l'eau d'un bassin de fontaine. Il a su, avec force gesticulations, libérer ses deux bras de sa prison d'étoffe ; il jouit de cette liberté retrouvée sans trop d’extravagance, discret malgré son amplitude. Son menton, imberbe, lisse et vierge, gris comme le pavé, peut-être un peu rêche, repose sur un piédestal, immobile, statue de marbre sur son socle, comme œuvre d'art où le présentoir vaudrait d'avantage que l'objet. Il clos doucement les paupières. Son communicateur, dans l'obscurité, projette une lumière blafarde dans la pénombre plate de la pièce ; à son oreille, l'appareil murmure un message vocal aux sonorités profondes, de gorge, et pour un peu il pourrait sentir la danse des lèvres de l'homme qui lui chuchotent au tympan, elles sont fortes et arrogantes, elles ont la pureté de celles qui n'ont jamais goûté la poussière, son goût âcre aux senteurs d'échec, elles sourient, il peut l'entendre.

Il parle de lui à la troisième personne, comme un enfant, bravache, pugnace, il a éructé son assurance à la Calamité et au monde entier cet après-midi même ; tous les vieillards ont souri, indulgents, à la vue du pied-tendre qui montrait les crocs, se demandant doucement le moment où, pour la première fois, un revers des phalanges ferait éclater sa pommette, naître la douleur cuisante d'être vaincu, et le ferait se redresser, rageur, déjà imaginant tout ce qu'il allait rendre, au centuple, à son antagoniste. Ils songeaient déjà à son premier réveil sous les barreaux indifférents ou à genoux, encore étourdi par la mort, et souriaient d'avance, pour la leçon à venir. Calamité sourit aussi; il se dit qu'il serait parfait pour ses affaires.


La Gobeline dort sous son chef ; il a trop chaud mais ne bouge pas. On ne dérange pas une gobeline qui dort. Il bâille, plutôt ; sa mâchoire s'envole, on pourrait y faire passer toute une fanfare tant elle s'ouvre grand, mais il reste silencieux, à peine un petit raclement quand il relâche l'air qu'il avait inhalé. Sur l'écran blême de son communicateur, il ouvre un second message ; au coin de l'écran, les chiffres lui rappellent les petites heures du matin, finement pointillés comme entre deux feuilles de papier toilette. Ses doigts sont un peu gras, laissent des traces irisées sur l'écran tactile ; il ouvre un second message, aux allures de grande tartine sans formatage précis. Elle est vierge, comme une toile qui n'attend que la ville pour vomir sa marque impudente sur son ersatz de papier ; elle est égarée ; elle doute.

Elle aussi, ils assistent à ses premiers pas, attendris par ses balbutiements. Calamité n'est pas attendri ; il y voit l'opportunité, la faille et la fissure dans le roc ; il glisse son burin et frappe. Elle ne fait qu'oublier tout ce qu'on lui dit, et il est comme le buvard sale qui boit le jus de ses expériences, de ses peurs, et de ses incompréhensions, elle ne comprend rien et ils n'expliquent jamais, puis rien ne reste gravé dans sa mémoire, ça l’agace. Il l'aidera à se souvenir, les fils de conversation sont comme les premiers amours, ils ne meurent jamais vraiment, dit-il, qu'elle note tout ici, et il pourvoira à ses besoins, c'est promis ; il se sent comme brouette en main, parcourant les rues sales de l'information, casquette un peu crade de récupérateur vissé sur la tête, pour trier le bon du mauvais, les clous rouillés des gemmes précieuses, celles perdues par un esprit ignorant de leur valeur. Il n'attend que l'orfèvre, qui verra le potentiel et enchâssera les diamants et leurs carats dans les montures les plus prestigieuses, et il sait qu'elle fera très bien l'affaire, elle aussi. Ses lèvres sont grises, sales, arrogantes, et elles sourient, fières, fières du travail accompli.

Informations sur l'article

La Calamité
19 Décembre 2016
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