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C'est l'angoisse qui l'a pris, d'abord, qui a enserré son coeur menu dans sa poitrine aux côtes trop saillantes, quand il a repris son souffle pour aspirer à grandes goulées l'air purifié du centre de cryogénisation et puis après, dehors, quand le smog un peu vicié a empli ses poumons. C'est l'angoisse qui l'a fait tituber, et sortir, passer les portes aux barres d'ouvertures un peu grasses pour gagner la rue, la rue large et pâle de l'après-midi, celle avec les lampadaires qui font comme des halos flous dans le smog. Il avait l'air perdu, un peu, mais surtout l'air sale, dégueulasse, comme les rats qui gisent sur le bord de la chaussée, le ventre vers le ciel sans qu'on sache jamais ce qui les a tués, et le visage gris comme le pavé, comme si après l'avoir vu quelques fois de trop près il en avait gardé la couleur.
Précipitamment, il respirait, dans l'urgence d'arrêter de mourir, quand il a vu les badauds qui déambulaient ou restaient plantés là, à la manière des habitants du secteur, qui fouillent ou somnolent debouts ; ceux-là étaient un peu alertes, alors il est tombé sur le sol crade pour se calmer, puisqu'ils étaient là comme des médecins au chevet d'un calamiteux. Ils étaient pleins de sollicitude, il n'était pas encore lui même, pas encore mutin et finaud, ni acteur et saltimbanque, il était juste ce qu'il est au fond de lui, ce qu'il est vraiment en cet instant rare, il était juste un gamin qui a peur et qui a froid, le froid glacial de la solitude, le froid de l'âme, comme à poil sans ses costumes.


Il a levé les yeux, doucement, ses yeux anthracite sur une blonde à l'air coiffé-décoiffé, un peu vulgaire, mais sans doute fragile, au fond, et avec la voix qui chevrotait un peu, il l'a prié d'exécuter quelques commandes de deck, parce qu'il était très nul avec les ordinateurs et puis pas trop en état, vu qu'il avait la tête dans le cul et les tempes en compote, activité, c'est légal, qu'il a demandé, avec comme un rat dans la gorge. Oui, mais activité, c'est pour les entreprises, elle a dit, un peu condescendante, une cigarette aux lèvres, quand il a dicté le nom à juxtaposer (juste trois lettres, c'était facile) ; c'est action, qu'il faut faire, elle a ajouté, alors elle a entré « action » sur le deck qu'elle portait au bras, gentille malgré son air un peu pute. Elle va bien, ta bien-aimée, elle est pas en cryo, elle a dit.
Il a inspiré, presque décidé à répondre que les choses étaient pas claires entre eux parce que ça faisait quand même un putain de bout de temps qu'il était parti sans rien dire, et que justement ça lui foutait une trouille de tous les diables, même qu'il se sentait très coupable, mais il s'est dit qu'elle s'en foutait, sans doute, que c'était son problème à lui et qu'il allait devoir se démerder tout seul. Alors il a demandé une seconde fois qu'elle entre le nom d'un vieux con, et lui aussi était en vie, ce qui était, dans l'ensemble, plutôt une bonne nouvelle, du coup, il a souri un peu. Il a envoyé un message ou deux, avec une boule au ventre et dans la gorge, la peur qui prend doucement au tripes, sans oser contacter la fille qu'il avait abandonné avant, et puis il a lu les messages qu'elle avait laissé ; il s'est dit que c'était quand même vraiment con qu'il y aie tout ce monde à côté parce qu'il aurait bien pleuré un coup. Pour la première fois de sa vie, il s'est dit aussi qu'il avait envie d'un alcool fort.


Il a posé quelques questions sur le passé, et ce qui avait changé, regagnant peu à peu ce qui faisait de lui quelqu'un dans le smog et dans l'air. Il a repris le courage qui remplit les poumons et l'amour qui prend à l'estomac, le visage de petit con qu'il montre à tout le monde comme un trophée et la verve de petit malin ; ses joues ont rosi sous la crasse à nouveau, pour emplir son corps de sève, et il a chipé l'énergie qui l'anime, celle qui lui interdit l'inaction, celle qui lui offre l'amour du risque, un peu, la maladresse, beaucoup, l'effronterie qu'ont les jeunes, les idéaux et la paresse, éternels rivaux, et la sincérité de ceux qui sont au fond un peu cassés. Calamité était prêt à vivre à nouveau, se disait-il, à tout reconstruire, là, les yeux ouverts dans l'obscurité de la pièce, là ou le silence était troublé par juste deux souffles de deux corps si minces. Alors il sourit, un peu perdu, mais avec l'envie d'être confiant, et avec l'envie d'avoir envie, il se dit que c'est ça, l'important, la volonté, que dans cette ville, ce qui compte, c'est l'espoir. Il s'endort plein de ses réflexions grandiloquentes, comme ceux qui refont le monde à chaque fois qu'ils s'arrêtent pour penser.

Informations sur l'article

La Calamité
12 Décembre 2016
684√  14 8

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◊ Commentaires

  • Aislinn (172☆) Le 12 Décembre 2016
    Bon retour à ton pantin. Vraiment très joli texte, bien écrit sans être trop pompeux. Jattendq la suite, son amoureuse voudra t-elle encore de lui ? *
  • Zhadum~60904 (487☆) Le 12 Décembre 2016
    Le retour de la Calamité.
    Ravie de te revoir...!
  • Zhadum~60904 (487☆) Le 12 Décembre 2016
    *regarde Zazou, et lui colle une bise en filant "Paaaaaaaaaaas tapey"*
  • Cal~54895 (27☆) Le 12 Décembre 2016
    Merci les copains ♥