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I - UC-71116

UC-71116



La gynoïde se redresse de son lit, et observe les alentours. Voilà quelques 24 cycles qu’elle est présente en ville. Une odeur nauséabonde mélangeant excréments et pauvreté agressent les sinus synthétiques de la jolie jeune femme, fraîchement née. Autour d’elle, la pénombre est désagréable, seules deux auras lumineuses très faibles permettent à la brunette de distinguer une simple petite cuisinière, un frigo dans un calamiteux état, et un poste de télévision, tout aussi rustique que le reste des murs ici. De ses perles sombres, elle cherche la provenance de ces halos, et les distingue nettement. Le premier est issu d’un petit panneau situé au dessus de l’unique entrée et sortie de l’appartement : Issue de Secours. Ils auront la conscience tranquille si tout ceci brûle, se dit-elle. Ses pupilles noires parcourent ensuite le reste de la pièce, et s’arrêtent sur la fenêtre, dont la deuxième source lumineuse émane. Elle est découpée en plusieurs faibles halos par un rideau horizontal et peu opaque, tout aussi sale et obsolète que le reste de son nouveau lieu de vie. L’appartement miteux l’accueille ainsi pour son premier réveil hors du Centre de Clonage.

Elle se redresse, et se dirige vers un interrupteur collant de crasse qu’elle enclenche. Une vive lumière blanche et glauque vient transpercer les optiques gynoïdes, l’obligeant à fermer un instant ses paupières légères et artificielles. En les rouvrant, elle se distingue dans un miroir maculé de boue et de taches de saleté : dans toute sa nature aussi belle que truquée, elle se trouve ainsi, plantée au centre de la pièce, son éclat si pur faisant tâche avec le reste de la pièce. Rien ici n’est le fruit du hasard, si ce n’est elle.



Le ventre gargouillant, elle utilise un deck acheté plus tôt. Celui-ci est relié à une petite datajack dissimulée derrière son oreille, très discrète. Les deux machines sont ainsi en communication directe.

Bonjour Unité de Combat 71 116.

Un bon début : un nom, une identité. En parcourant sa puce et ses caractéristiques, elle découvre peu à peu ses orientations et aptitudes, ses points forts et ses points faibles. La gynoïde est destinée au champ de bataille, à la mort et au sang. Qu’importe l’orientation qui sera la sienne, elle est née pour combattre. Ce dont elle ne se rend néanmoins pas compte, c’est de la faiblesse de ses capacités intellectuelles et émotionnelles, son clone est né pour combattre, sans aptitude innée, sans réflexion et sans réelle conscience de la réalité de la Cité, du danger du Smog.

Elle enfile quelques habits, bas de gamme et de seconde main. Ses formes épousent mal les contours de tissu, parfois troués, pestilentiels et miteux. Elle s’observe à nouveau dans le miroir, ainsi vêtue comme la vulgaire petite créature inoffensive et inadaptée qu’elle est. Son esprit composé de connexions électroniques lui transmet un signal : il faut sortir et t’acclimater pour mieux vaincre.

Elle déambule dans une des nombreuses rues mal famées de la Cité, elle observe chaque bâtiment, enregistrant de ses globes oculaires sombres chaque détail, apprenant par coeur la disposition du potentiel lieu d’un de ses prochains combats. Observer et s’imprégner est la clé de la réussite, selon la petite androïde. Un bâtiment retient son attention. Un bar crasseux et sombre, très ahciens, se dessine devant elle. Une pancarte lumineuse indique “The box”, la boîte.





Pourquoi ?
Pourquoi ce bar ?
Pourquoi s’est-elle arrêtée ?
Pourquoi est-elle rentrée sans se questionner ?
Pourquoi a-t-elle ressenti le besoin de pousser cette porte ?



Elle pénètre dans un intérieur humide, où la même odeur qui envahit son appartement vient la caresser telle une chape de plombe. Trois individus, saouls, drogués, ou les deux à la fois, sont assis au bar. A l’entrée de la petite jeune, ils tournent leur regard sur elle, instantanément. La porte se referme derrière elle. Elle observe, détaille, tente d’analyser tout ce qui pénètre son champ de vision, et s’arrête sur les créatures de chair. Ils la fixent. Le plus grand parle à voix basse. Ils ricanent. Ils se lèvent. Le barman éteint la devanture. Ils se dirigent vers elle. Elle se retourne : verrouillé. Elle force. Ils se rapprochent. Elle produit de vains efforts. Ils arrivent à sa hauteur. Elle panique. Ils l’attrapent.


La matière olfactive qui réside sur le cadavre fumant est celle d’un mélange de bave imprégnée d’alcool, de semence masculine et d’huile robotique. Les globes oculaires sombres ont disparu, laissant place à de vulgaires connectiques nues. Elle a été en partie dépecée , elle gît ainsi, nue, sur le sol d’une décharge publique, commençant lentement à être dévorée par les pluies acides qui tombent depuis quelques cyclo-minutes. Une jambe se trouve dix mètres plus loin, séparée du reste du corps, accompagnée d’une main tailladée. Trente-six cycles après sa sortie du centre de clonage, elle n’est plus qu’une ruine que même la cuve ne peut sauver. Si le corps se réparait, qu’en serait-il de l’esprit ? Nul ne saura jamais ce qu’elle a vécu, car cela est impensable. Maculée, inconsciente, incapable du moindre mouvement, son dessein semble bien vite tracé.

La rouge marche d’un pas calme dans le Sud. Ses azmats dans leurs holsters respectifs, elle rentre dans la décharge : apparemment, un exogène y aurait été aperçu quelques jours auparavant. La matrice ne détecte aucune intrusion dans le Secteur, mais sait-on jamais, les égouts et souterrains ont peut-être permis une intrusion discrète. Alors qu’elle observe calmement les alentours, en silence, son regard se pose sur une jambe d’androïde, visiblement sectionnée d’un manière très propre. Trop propre pour un exogène. Ses émeraudes parcourent les alentours, jusqu’à s’arrêter sur le tronc ravagé de l’androïde. La vautour s’approche puis se penche, et observe ainsi la pauvre femme dont l’intimité a été arrachée et obstruée, dont la peau synthétique est fondue à de nombreux endroits. Elle n’est plus qu’un résidu de belle et idyllique androïde, trop jolie pour ce monde. La semence séchée a perdu de son odeur, mais marque toujours l’Unité de Combat détruite.

Shibo observe à nouveau aux alentours, puis inspecte le buste et le visage ainsi calcinés. Rien ne semble récupérable, si ce n’est l’ensemble. Elle tapote dans son sac, et en sort un deck. Après une étude minutieuse, elle trouve un moyen de connecter son deck avec la petite UC-71 116. Sur l’écran apparaît alors un message, très bref : “Achevez-moi”. La vautour esquisse un sourire, elle range son deck, et observe les alentours. Elle s’arrête sur un caddie qui traîne dans le coin, et s’en approche. La rouge approche le véhicule à quatre roues improvisé près de la petite androïde, soulève le corps inerte et le projette sans ménagement à l’intérieur du récipient en métal. Elle tourne des talons, et pousse son nouveau jouet vers la sortie de la décharge.
La soirée va être intéressante, finalement.


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Chroniques d'une androïde :
I - UC-71116
II - Piège de métal

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Chroniques d'une androïde
09 Février 2020
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