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EDC de Raïne~67048

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Point d'orgue

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[Article HRP - Votre personnage ne sait que ce qu'il a vécu des évènements racontés.]

[Musique d'ambiance]
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"J'avais...promis de t'affranchir...ma grande..."

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    Tic, tac. Les secondes s'enchaînent et font s'égrener les minutes. Tic, tac. Elle s'affaire dans ses préparatifs. Tic, tac. Le final doit être parfait, les holos flamboyer, les enceintes hurler. Tic, tac. Les heures se suivent, et font défiler les jours. Très vite, le temps manque, elle voudrait s'essayer à toutes les folies tant qu'elle le peut, mais place son ultime projet en œillères pour ne pas dériver dans l'hédonisme. Elle veut faire du bruit, beaucoup de bruit, trop de bruit pour étouffer celui de l'anxiété, qui résonne sans fin dans sa tête. Presque recluse, elle compose, chante, danse, et coordonne depuis un vieux squat, planque fortuite rêvée pour sa tranquillité.


    Puis le temps vient de monter sur la scène. C'est difficile, au début, de garder une façade souriante, avec de tels enjeux. Mais elle tient bon, et s'accroche dans sa musique, seule à pouvoir lui permettre d'assurer la tête haute. L'ambiance monte, doucement, et elle ne pense plus qu'à transmettre, de ses cordes, vocales comme de luthare. Les sons s'articulent dans une mélopée infernale, communiquant sa détresse et son utopisme, sous le regard parfois surpris d'un public peu habitué à des représentations si brutales.


    Créativité, détermination. Les morceaux se suivent, et jouent avec les genres et les thèmes. Opportunisme, commérages, violence, manipulation. Elle dénonce un quotidien gris commun à tous. Travestissement, anxiété, suicide, regret, exploitation, folie. Elle crie les vices de ce monde, colérique. Vengeance, rancœur, solitude, mensonge, désolation, paresse. Amère, elle accuse la complaisance générale.

Mort.


    Il ne reste qu'un morceau à jouer. Le groupe est tendu, car seule la chanteuse turquoise sait ce qu'elle va chanter. Tout le monde appréhende déjà, et se doute de ce qu'elle va dire. Le son explose, et elle vomit un flot de paroles, de regret, de nostalgie, de tristesse. Elle chante, vite, le plus vite possible, elle a tant à dire, tant à faire, si peu de temps, déjà le refrain, le souffle est court, un pont, elle respire. Les yeux déjà en larmes, retransmis sur l'écran géant en arrière-plan, elle n'ose pas regarder la bassiste.

"Si seul cela peut se réaliser, dans ce monde qui m'a construit,
Je voudrais penser que ma dernière chanson n'était pas inutile... ♫"


    Les derniers mots s'étranglent dans sa gorge, et s'échappent à contrecœur. Elle s'enfuit dans les effets holographiques pour y disparaître, puis dans les loges pour enfouir sa peine. Le plus cruel, c'est qu'elle a le rôle le plus facile. Elle a passé sa dernière épreuve; il ne reste que l'impuissance de sa salvatrice et le désespoir de son aimante à venir, et elle ne sera plus là pour les affronter.

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    Tu te réveilles dans son lit double, draps turquoise, murs turquoise, tout est turquoise. Une bien drôle coïncidence, qui t'avait fait t'esclaffer, lorsque tu avais prétendu pouvoir te camoufler en restant immobile dans un recoin. Tu y es indifférente, maintenant, plus préoccupée à essayer de comprendre comment tu es passé du synthé-cuir de la rampe de plongée à cette étreinte réconfortante.


    Entièrement résolue, tu avais fais confiance à cette gynoïde, capable de plus de choses que tu ne le pourras jamais. Tu voulais croire au miracle, à la puissance de son deck singulier et de sa plateforme de plongée. Elle n'avait qu'à plonger, se battre pour toi, pendant que tu dormirais. Mais cela a-t-il fonctionné? Aucun message sur le communicateur pour t'en informer, et ta voisine, assoupie après une veille déraisonnable, ne te renseignera pas plus. Tu attrapes un câble, fais sauter la cache de ton datajack, et te relie à un deck.


    Des lignes apparaissent, se stabilisent. Le décompte, au centre de l'écran, a repris son cours, indifférent à ton sort. Celles qui ont osé défier le destin dans un combat inéquitable sont punies par des forces supérieures, mécontentes du travail supplémentaire qui leur est attribué. Il valait mieux fuir que d'avancer tête baissée vers l'indicible, et ne repartir qu'avec du regret et un profond sentiment d'injustice.


    Et maintenant? Il ne te reste plus que quelques jours à souffrir, avant de laisser tes proches à leur éternité de tourments. Tu n'es pas si malheureuse, dans une telle situation. Tu ne l'as jamais vraiment été, sachant rebondir entre les déboires et tirer le mieux de l'instant présent. Tu as eu des amis, des ennemis, des envies satisfaites, des projets accomplis, des ambitions assouvies. Tu as rayonné, de brefs instants. Et même encore, dans ces derniers instants à faire chauffer les synapses de tes circuits logistiques, tu es vivante.

Mais ce soir, vient le temps des adieux.

Informations sur l'article

Love is War「恋は戦争」
02 Septembre 2017
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