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2. Éternité


1.


Elle danse, seule sur le comptoir. Au milieu des soûlards.
Elle est si belle. Frôlant presque l'irréel.

Les hanches ceintes d'une chaîne d'argent qui tinte au rythme des pas aériens. Les pieds nus suivent les courants des verres, et les dévers décousus des esprits esseulés. Soûlés. Les yeux fixent la jambe, puis plus haut le galbe d'une fesse à peine dissimulé sous une jupette à volants. Transparents. Ici s'envolent les fantasmes, parents transcendés d'idées lubriques, sauvages, interdites. Jusqu'à s'accrocher sur la pointe tendue d'un sein. Celle qu'on discerne, plus qu'on ne la devine, sous la fine épaisseur d'un tissu étiré. Sa jumelle, marquée d'un anneau dépasse d'une échancrure déchirée. Enchantant les pupilles, échaudant les esprits, achevant la raison.

Derrière le comptoir, le pourpre d'une chevelure s'agite. Sans autorisation, une main abîmée s'est tendue pour saisir la finesse d'une cheville dansante. Interrompant la fluidité charnelle du corps sur le bar. Les doigts, agressifs au premier toucher, se meuvent à présent lascivement autour de l'articulation figée. Des mots alcoolisés titubent jusqu'aux oreilles masquées de violet.

« Rentre avec moi, beauté.. tu l'regrett'ras pas.»

Un appel émeraude, discret. Et les doigts s'envolent. Ils ont suivi le bras qui rattaché au corps a rejoint la sortie d'une poussée ferme. D'une poussée orcque. Le videur disparaît à son tour au travers de la porte qui se referme dans un léger tintement. Ce qui se passe en dehors du bar ne regarde que le smog et la nuit.
Libérée, la cheville reprend sa danse éthérée, coulant dans les fumées toxiques de cendriers boulimiques vomissant une odeur froide. Une odeur qui s'accroche aux vêtements, aux cheveux, à la peau. Cette peau nue qui passe, emportant avec elle les reliquats du tabac et laissant s'éveiller le besoin chaud d'une étreinte, du plaisir. Laissant s'éveiller la brûlure du désir.


2.


Les cloches sonnent, écho des verres qui tintent, des rires qui s'élèvent et des mots qui se mêlent et s'emmêlent d'une discussion à une autre. La salle est luxuriante, décorée dans des tons d'or et de lumière, reflétant le bonheur du moment.
Un couple parade entre les invités. Elle, est magnifique. Grande, blonde aux yeux d'un brun brûlant, elle est drapée dans une robe somptueuse d'un blanc pétillant. Ses cheveux sont rehaussés d'un diadème d'argent et de perles, rappelant celles à son poignet et le reflet à son doigt.
Lui est plus discret, légèrement en retrait. Il n'a d'yeux que pour elle, son costume trois pièces d'un bleu profond ne la fait paraître que plus éclatante. Fantôme sombre dans sa traîne, c'est volontairement qu'il semble s'être passé la corde au cou, la bague au doigt. Préférant suivre au plus proche sa lumière, plutôt que de vivre seul dans l'ombre.

Soudain une musique s'élève, et la foule s'écarte, laissant au cœur de la salle, sur le parquet ciré un large espace. Au centre, le couple s'observe de ce regard qu'ont les intimes. Il s'incline légèrement puis lui tend sa main, l'invitant dans cette danse d'ouverture. Cette danse qui les liera plus que n'a pu le faire leurs signatures plus tôt. Un sourire de bonheur pur ourle les lèvres carmines alors qu'elle se saisit de ses doigts, et qu'ils se mettent à valser. Des mots sont chuchotés entre deux rires dans le privé de l'étreinte qui virevolte sous Sa Lumière.

Les pas sont maîtrisés à la perfection, les corps souples se tendent et se plient en symbiose, la valse vire à une danse plus contemporaine dont le couple a le secret. Danseurs émérites portés par leur moment, par leur bonheur, par un public encourageant. Les applaudissements font échos à la fin du morceau, et aux grincements des talons qui rejoignent le parquet et le couple pour les féliciter et les accompagner dans une autre danse.

Les cycles passent, avec la rapidité d'une soirée réussie, d'un moment unique. La jeunesse a pris le pas sur les esprits plus anciens dont les clones ne détonnent pourtant pas. La musique quitte les notes claires pour plonger dans des basses plus profondes. Les corps se rapprochent, s'échauffent et se lient sur des rythmes plus lents et plus denses. Le couple souverain est enchaîné, alors que d'autres duos se forment, libres de tout contrat, libres de se rencontrer, de se percuter et de se repousser pour la nuit.

Et toujours au centre, des lieux et des regards, elle danse. Comme s'il n'y avait personne, comme s'il n'y avait plus de passé, ni de futur. Elle danse, s'élevant avec souplesse avant de retomber brusquement sur un accroc de la musique. La ligne des basses semble reliée au mouvement de ses hanches. Ses épaules en contretemps contrastent son bassin, lui donnant plus d'ampleur alors que ses pieds glissent sur le ciré du parquet.
Autour d'elle les regards sont ébahis, jaloux, concupiscents. Celui qui s'approche est tendre. Il récupère une main figée dans les airs et s'intègre dans la chorégraphie comme s'il y avait toujours été. Invisible.

Ses lèvres rejoignent une oreille pour souffler quelques mots. Le rire féminin s'élève alors. Un rire heureux. Amoureux.

« La compagnie du PCA n'attend plus que toi. Tu es prise, beauté. »


3.


Le velours s'ouvre sur un parquet ciré. Seule dans la lumière, dans Sa Lumière, elle se met à bouger. La musique douce suit les mouvements vaporeux, aériens. Elle s'envole sur les notes qui s'élèvent. Plus hautes, plus fortes, plus loin. Elle tournoie, virevoltant comme un tourbillon de smog. Soie sombre dans l'éclairage bleuté, ses hanches se meuvent entre les lignes, ses pieds balaient le sol et ses bras équilibrent les gestes dans de gracieuses volutes.
Elle danse. Dans Sa Lumière. Derrière ses paupières.

Avant qu'il n'ouvre les yeux sur le verre de skiwi à sa main. C'est au tour du liquide d'ambre de danser jusqu'à atteindre ses lèvres, et ainsi s'épancher pour étirer le temps, assombrir le présent et redresser les souvenirs. Pour oublier. Oublier les échos des cris, les échos des plaintes, les échos des pleurs. Pour ne plus entendre. Pour oublier. Tout oublier. Sauf elle qui danse. Dans Sa Lumière. Derrière ses paupières.

Des souvenirs à chérir, des Rêves à vendre, à prendre. Les crédits se sont enfuis dans des poignées de main perverses, pour des liquides illégaux, pour des doses éthérées, pour des barres d'Oubli. Creusant son esprit pour en expulser tous les souvenirs invasifs, et de son clone tout ce qui faisait de lui ce qu'il était. Le corps est maigre, le visage creusé et les doigts abîmés; une ombre, un fantôme dans le smog.
Et ainsi les réminiscences exterminées, il ne restait plus dans son esprit qu'Elle. Et elle dansait. Encore, et encore, sur la piste de ses souvenirs.

Une cheville nue, fine et délicate guide un pied tendu derrière le verre maintenant vide. Les yeux embrumés par l'alcool, embués par les échos passés se lèvent, suivant le dessin d'un muscle sur un mollet, puis le délicat creux d'un genou. La douce courbe d'une cuisse qui se perd sur le rebondi d'un fessier à peine masqué par des volants transparents. Elle danse. Devant lui, sur le comptoir. Loin de Sa Lumière. Son corps parfait offert aux yeux de tous. Il ondoie sur les vagues des basses, réveillant un désir enfouit au plus profond, sous la crasse de l'alcool et la pourriture.

Une cheville nue, fine et délicate que ses doigts enserrent brusquement, avant que l'idée n'ait eu le temps de joindre son cerveau. Le mouvement est brisé, la danse interrompue, le corps figé. Il bredouille quelques mots qu'elle doit entendre sans cesse, portés par l'alcool absorbé et l'espoir qu'elle exhibe.

« Rentre avec moi, beauté.. tu l'regrett'ras pas. »

Derrière cette cheville, derrière le comptoir, il croise un regard émeraude. Implacable. Il n'a pas le temps de rouvrir la bouche qu'une main se saisit de son épaule pour expulser son clone par la porte. Un triste sourire se fige sur ses lèvres gercées lorsqu'il accueille le premier coup dans son estomac. Puis les suivants. Implacables. Jusqu'à ne plus rien sentir.


4.


La quinte de toux ne s'arrête que le temps qu'un crachat atteigne le fond de l'évier. Dans le miroir qui trône au-dessus, un visage parfaitement entretenu se toise avec dédain.
Le faciès taillé à la serpe est légèrement masqué par des mèches brunes. Les lèvres pleines sont négligemment rosées et un appel aux baisers. Mais ce sont les yeux qui dénotent. D'un gris profond. Un regard absent, dans lequel des cauchemars se livrent une bataille sans fin. Éternelle.

Dans l'évier en céramique, le liquide du maturateur est expulsé quinte après quinte, jusqu'à ce que ce nouveau clone puisse enfin respirer correctement. Puisse enfin penser et s'oublier à nouveau.
Pas de lumière. Pas de bruit. Simplement celui d'une respiration profonde. Il s'est assis au sol, dos au lit. Entre ses doigts serrés, une arme trône. Dans son autre main un papier du centre de clonage.
Une décision à prendre. Une détente à presser.

Innovation passée, le clonage est une technologie du future. Tuant la mort pour faire vivre l'Infinie de la vie. L'infinie du corps. L'esprit fracturé ressasse douleurs et addictions sur fond de souvenirs tortueux. Réminiscences silencieuses, et immortalité de certains.

L'arme glisse pour s'échouer sur le parquet ciré, alors que les yeux se ferment. Et derrière les paupières, elle danse. Seule. Dans Sa Lumière.
Il ne lui manque plus que le courage. Celui de passer à l'acte. Et sans le courage de la rejoindre. De disparaître dans le néant du passé. Il lui offre tout ce qu'il lui reste. Clone après clone. Qu'importe la fragilité du corps et de l'esprit. Tant que les souvenirs demeurent.

Alors même si ce n'est que dans ses pensées.
Elle danserait pour l'Éternité.

Informations sur l'article

Écrits des cris silencieux
23 Octobre 2019
761√  21 9

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◊ Commentaires

  • BB_24 (271☆) Le 23 Octobre 2019
    Seconde petite nouvelle. Comme pour la première, le texte ici est HRP, mais disponible IG. A croiser donc en jeu pour l'utiliser. Bon RP !
  • Celya~62223 (115☆) Le 23 Octobre 2019
    smiley
  • Katia (9☆) Le 24 Octobre 2019
    Jtm.
  • Eaven (1234☆) Le 24 Octobre 2019
    C'est beau, bordel.
  • Aetadone~70004 (30☆) Le 26 Octobre 2019
    Vraiment agréable à lire. Une petite histoire comme je les aime.
  • Doryan~68348 (33☆) Le 26 Octobre 2019
  • BB_24 (271☆) Le 10 Novembre 2019
    @Celya smiley

    @Sindavia Merci ! Et je vais continuer, même s'il me faut cinq mois pour pondre un truc d'aussi peu de lignes !

    @Katia Mwa ossi BB.

    @Kim & @Doryan Partagez-vous celui-ci ♥

    @Eaven C'est toi qu'es bonne !

    @Aetadone Merci smiley En espérant que les suivantes auront le même effet !