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EDC de Aisha~65432

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C'est raté

On compte.

Ça fait combien de jours ?

On compte... On sait pas.

Combien de jours que j'suis là ?

Elle est assise dans son canapé bleu. Elle s'assied toujours dans ce canapé bleu, tout à gauche, même s'il y a trois places, même s'il y a d'autres canapés bleus, jaunes, rouille ;
et elle regarde un écran de télé éteint.

Elle sort son communicateur de sa poche, et remonte le fil des messages auxquels elle ne répond pas, faute de s'en souvenir ou de savoir quoi dire, jusqu'au tout premier :

Neuf.

Alors, là, il faut relever la tête, et essayer de se souvenir. Regarder le plafond, et essayer de se souvenir. Regarder l'écran de plâtre bardé de néons, et lui demander de lui raconter ses neufs journées.
Neuf petites journées qu'elle a existées, et laissées s'enfuir.

Elle murmure en même temps qu'elle pianote, sur le clavier du communicateur :
« Le premier jour j'suis arrivée au CAI. C'était Ludwig le gars tout gris cendré qui m'accueillie. Y m'a montré des endroits mais j'les ai oubliés. Le CIPE, je crois... C'était le sigle de quoi, déjà ? Le I, c'est sûrement pour Impérial. Centre Impérial de... Putain d'Enfoirés. Bref. »
Elle se remet à écrire :
« On a pris un T-Cast pour arriver dans l'Sud. J'ai appris à utiliser ma carte, » — elle rit. « J'ai obtenu une chambre, je sais plus où. P't'être le CIPE. Ou alors, c'était mon boulot ? Y m'avait trouvé un poste de garde. J'pourrais me lever et aller vérifier, mais j'ai... Pas envie. J'le ferai une autre fois. Promis. Promis à moi-même, j'veux dire.
J'me suis endormie là-bas, en tout cas. J'savais pas à ce moment que ce serait l'occupation principale de mes journées.
Le lendemain, j'avais des fringues dans un tiroir. Un débardeur blanc, deux pantalons. Et les chaussures, j'les avais dans mon sac en arrivant. J'ai jamais appris à les lacer. Sur le moment j'le savais pas — c'était encore tout flou, j'arrivais tout juste à coordonner mes mouvements. Maintenant j'y ai pas r'pensé, en fait. J'les ai fourrés dans mes pompes, les lacets, et j'ai continué comme ça, en les portant comme des chaussons. Du coup, elles sont un peu dégueulassées.
Faudra que j'affronte mes lacets. J'devrai arriver à les nouer, maintenant. J'm'en sors déjà mieux qu'en c'premier jour, maintenant.

Le deuxième jour. C'est l'deuxième jour qu'on est allés dans l'Sud en fait. Le premier jour, on avait pris un T-Cast, mais pour aller rue Hector Calver. »
Elle s'arrête, illuminée. Regarde sa carte.
Elle cherche. À reconstituer des souvenirs qui s'emboîtent, à partir de ce qu'elle a, mais c'est plein de trous, c'est poreux,
CAI, CIPE, T-Cast, Donnellys Factory, Rue du Secteur Un, Hector Calver, Paradise's, Armacham, Arma, « qui c'est Arma », Nord-Sud-Est
et la seule direction qu'elle ait pas encore prise, c'est l'Ouest
— elle l'est suffisamment, à l'Ouest —
CIIC, Tanière ou Taverne, elle n'en a plus la moindre idée, Skiwi, Ecureuil,
et encore Ecureuil,
et toujours Ecureuil,

jean Lev

Cosmopolitain
« J'y arriverai jamais »
le communicateur glisse de ses mains,
— les mots ont perdu leur sens
ils s'égrènent en rotation anti-horaire —
le communicateur ricoche sur ses jambes lisses,
il s'échoit sur le sol, face contre terre,
Et elle va le rejoindre, mains raidies repliées dans son col de chair,
se recroqueville auprès de lui, terrassée,

Terrassée.

C'est raté.

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Aide Mémoire
21 Décembre 2016
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