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EDC de 68207

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VI. One

" Il y a de ces moments, notre instinct nous dit lorsque quelque chose de grave va arriver..."
Nous sommes le 1/289.3, il est encore tôt. Comme d'habitude, je me suis assoupie tard, bien calée contre One qui dort depuis des heures déjà sur le canapé du Why Not. Il n'est pas rare que je dors sur mon lieu de travail, ça me permet bien souvent de reprendre le boulot plus rapidement, c'est moins loin que chez moi. Bref. Aujourd'hui mon réveil s'annonce mal, bizarre, mon corps proteste vivement, voulant me garder dans cet état de sommeil, sans doute pour me préserver de ce qui allait suivre. Mais comment j'aurais pu savoir cela?
Dors petite... ne te réveilles pas, pas tout de suite.
Ma conscience m'alarme, dans un repli de mon être, elle semble soucieuse. Puis une voix me parviens alors que mon esprit tente d'émerger de sa torpeur.
Bouh...
Bouh...
C'est tout ce que je trouve à répondre de ma voix ensommeillée à cette voix que je connais tant désormais. C'est celle de One. Lentement j'ouvre les yeux, je suis toujours calée contre lui, mon esprit peine décidément à reprendre le dessus.
Même pas peur...
Moi non plus
Je devine à ce moment là qu'il sourit. Je n'ai pas besoin de voir, le lien qui s'est forgé au bout du temps nous a souvent permis de nous déchiffrer instinctivement. Mais aujourd'hui, il y a quelque chose de différent dans sa voix.
J'ai quelque chose à t'annoncer...
Je reste molle, contre lui, je sens son bras qui me serre d'une force tranquille, comme me préparant à un impact brutal. Le choc ne tarde pas à venir. Puissant et impitoyable.
Je vais cryo quelques temps... c'est temporaire.
Le réveil est brutal, la chute terrible. La douleur et la peur indescriptible. Ma gorge se noue alors que je voudrais crier contre le monstre qu'on appelle la cryogénisation. Mais les sons bloques, incapables de franchir mes lèvres et de se faire entendre.
Ça ne changeras rien entre nous, je reviendrai c'est pour quelques jours.
Tu... tu me le promets?
La question franchie mes lèvres, blessée et porteuse d'espoir.
Oui.
Ma conscience me souffle quelques mots, la voix grave. Je sais qu'il s'agit d'un point tournant.
Sois forte petite.
Mon esprit semble désabusé. Je suis moins certaine de mon univers, mon environnement. Contre toute attente je m'entends prononcer:
Une seule requête....
Je t'écoute.
Je veux t'accompagner là-bas.
Il semble hésiter un instant.
Je crois pas que ce soit une bonne idée...
Il a raison.
Je veux t'accompagner, même si ce sera dur. Je veux être là ce jour là.
C'est aujourd'hui...
Je sens qu'il a voulu me préparer en douceur, qu'il a voulu éviter le plus gros du choc. Mais parfois certains chocs ne diminuent pas. Je savais que celui-là en était un de ceux là. Je déglutis prenant mon courage. Je venais pas de formuler moi-même cette requête? Et pourtant une partie de moi aurait voulu se mettre la tête dans le smog. Faire comme si ça allait pas arriver. Mais ça n'allait rien arranger.
Je dois passer à Tenpenny avant.
Comme une sentence, il se lève, je le suis machinalement brusquement coupée de la réalité. Ma conscience et mon coeur font front commun, me disant que ce ne serait pas la fin, mais une interlude. Je devais rester forte et courageuse. Je restai silencieuse tout le temps qu'il était à la banque, savourant sa proximité avec un goût de sans lendemain. Parce que dans les faits, j'allais me réveiller pour la première fois sans lui. Sans la possibilité de venir chercher sa tendresse. Sans beaucoup de choses qui n'appartiennent qu'à One. Une fois sortie de la banque j'attrape sa main. J'ai besoin de ce contact, ultime pour rester droite.
Allons-y
Ses phrases tombent, comme les cloches qui sonnent l'heure de l'exécution. Lourdes, graves. J'hoche mécaniquement et le suis à travers les rues d'Orion. Orion, ma maison, mon foyer, mes racines. Je ne peux m'empêcher d'observer les bâtiments, alors que mon coeur bat fort dans ma poitrine, comprimé par la peur. Je redoute l'instant comme jamais, et pourtant je ne veux pas être ailleurs. Nous arrivons enfin et c'est dans un mutisme complet que nous franchissons les portes. Je sens mon coeur battre jusque dans mes oreilles qui sont rabattues vers l'arrière. On s'arrête au milieu de la salle, je porte peu d'attention à ce qui m'entoure, devenant indifférente aux décors. Je me place face à lui, mes efforts sont grands, pour rester droite, pour rester la Naurestel qui ne flanche pas facilement. Je réprime mes larmes, je reste droite. Je me convaincs que je n'ai pas le droit de lui offrir mes larmes comme dernière image avant sa cryo. Mes mains tremblent un peu, je tente de les maîtriser en agrippant son trench.
J'ai quelque chose pour toi... j'aurais dû te les donner avant.
Il sort alors ses azmats. À leur vue, quelque chose se fissure en moi, me ramène loin en arrière. Au premier soir. Je les prends et les installe à ma ceinture soufflant tout bas;
Tes Azmats....
Oui.
Puis je capte le mouvement de ses mains, qui lentement prend le chèche qu'il porte constamment. Celui que je chapardais après une nuit d'amour pour sentir son odeur, qu'il me passait pour me signifier, à sa façon que j'étais sienne. Tétanisée je le laisse le prendre et le mettre autour de mon cou, j'inspire à fond, le nez plongé dans le tissu.
Je t'aime... c'est pour ça que je te laisse faire ça...
Je ne t'ai pas laissé le choix bébé.... je suis comme ça... un impulsif.
J'écoute ensuite vaguement ce qu'il m'explique sur le fait que je pourrais le tirer de cryo si je sentais que c'était nécessaire, mais à ce moment précis mon coeur est malade. Il souffre. Je me hisse sur la pointe des pieds, va chercher ses lèvres dans un baiser tendre, me retenant de toutes mes forces de craquer là, à ce moment critique.
Je t'aime One. Toujours.
Moi aussi... et ce n'est pas près de changer.
Prenant mon courage à deux mains, je recule, me détache de lui pour le laisser partir. Mon coeur et ma conscience m'observent, hébétés de me voir tenir. One enfile son casque après un léger sourire et le baiser rendu. Il cryo enfin. Et moi je reste planté là avant que mon être s'élance vers le Why not. Retour au canapé, le coeur à l'envers, l'esprit tournant à plein régime. Je le vois encore installé là alors que ma raison sait qu'il n'y est plus. Puis un " Ping" me secoue. Je regarde mon com'
Jali: T'es où?
Partout et nulle part.

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