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54. Meurs, grande, meurs encore





Je ne suis plus la petite. Et je suis là, au chevet de cette grande qui n'aura eu de cesse de me tourmenter l'esprit et me malmener le corps. Lorsqu'elle parle, ce sont de faibles murmures qui s'échappent de ses lèvres. Et jusqu'à son dernier souffle, elle prend toutefois le temps de s'adresser à moi comme on s'adresse à un NI de compagnie. Je la hais, et pourtant je l'admire. C’est ce qui arrive quand on s’attache à un bourreau.

Essence amère de temps pourri
Crève mon ventre aux éclats diurnes
Je pince mon œil abyssal
Je crache un semblant de pardon
Baiser, là, sans théorie brutale
Sur ce trottoir où dorment les rues.


La marre se forme progressivement avec cette lenteur de la scène effroyable en noir et blanc, et au ralenti. Le "marre" d’une Brisée ridée qui tient encore debout par la force du Devoir et de l’Abnégation. Peut-être.

- J'ai presque du mal à le croire. Alors... qu'est-ce que… ça te fait?
- Je ne sais pas. Je m'en fiche. Pourquoi tout le monde pose cette question?


La vieille m'observe depuis ce parterre d'âme déchue qui n'en peut plus, et je ne sais toujours pas si elle est fière de ce qu'elle a voulu faire de moi, ou si les regrets la hantent autant qu'ils me tiennent comme une crasse de longue date. Il est ardu, n'est-ce pas, de ne jamais regarder en arrière. Surtout lorsque chaque vie semble marteler du même rythme, des mêmes personnes, pour des fins qui finalement se ressemblent ô combien on les voudrait originales.

- Par... banalité?
- J'ai horreur de ça. Oui. Oui, tout est devenu banal et prévisible. Je m'ennuie. Pas toi? C'est bien pour ça que tu voulais mourir enfin, non?


Elle ricane. Ah, la vieille bougre. Elle s'époumone, s'étouffe, et me crache sa vie au visage. Je dessine l’abjecte Vérité sur sa peau déchirée. Et elle continue comme si l’acte était irréel.
Et pourtant, ses yeux se moquent.
Et pourtant, je lis la satisfaction qui a remplacé le mépris d'antan.
Et pourtant, elle se vide sur la surface pierreuse.


- Ça a toujours été le problème avec toi. Pouvoir te suffit. Plutôt que d’être.
- Je suis formatée.
- Ce n’est pas ta faute.
- C’est un peu le principe.


Une douleur lancinante me réveille à l'épaule lorsque j'allume la cigarette qui pend à mes lèvres. Ça pique tout proche du cou. C'est un souvenir effroyable qui me rappelle à ma plus grande faiblesse. Froid et stupeur. Là au milieu d'un tas duveteux de coussins. Je me vide de mon sang sous le poignard qui frappe, frappe, frappe. Jusqu'à ce que je ne ressente plus rien. "Swan ! Réveille-toi ! Pardon… Swan!" Les cris ne suffisent plus à me ramener. Trouve-moi la Psycho-nanite.

- Ce n’est pas une raison pour préférer subir.
- Qui subit à cet instant ?


Il faudrait qu'elle se taise enfin. Mais elle ne cesse de parler alors que le trou se fait béant. Qu’elle devrait être morte. Qu’est-ce que j’imaginais encore... J'éprouve ma compassion peut-être. Ce qu'il reste d'émotions à ressentir.

Parfum de valse au vent passé
Saigne mon âme déchue du temps
Je traîne comme un reste regretté
Je rêve au sourire des perdus.


- Compa'quoi?
- Aurais-je pensé à voix haute, vieille Dame?
- Que lui as-tu répondu ?
- Que ça ne sera jamais comparable.
- Petite...
- Tu m'emmerdes. T'es en train de crever. Tu ne veux pas me lâcher et profiter de la fin?
- Fierté… Bien.


Je suis le clone qu'elle voulait après avoir passé tant de temps à me façonner. Mais trop tard. Je suis un raté. Un échec expérimental. Une erreur chronologique. Un délit inachevé. Une tentative inavouée. Mais une œuvre d’art inégalée. Et ils me regardent tous comme l’Espoir auquel on ne s’accroche plus. Et mon cœur s’emplit du goût de la victoire personnelle. Ô Ma suffisance adorée. Avoir honte ne sert à rien. Je sais pertinemment qu’il faut un entêtement arrogant pour survivre.
Elle aura rectifié le tir.
Je lui suis reconnaissante pour ça.


- J'ai eu peur un instant que tu aies perdu en estime de toi. Ça me rassure.
- Ça arrive quand on est plus ce qu'on aurait pu être.
- A moins de n'avoir jamais été ce en quoi ils croyaient?
- Ça, ou bien ce en quoi toi, tu croyais.
- On ne saura donc jamais.
- Non, mais ne te gêne pas pour crever en paix.


Et ce trou dans le ciel trop lointain
Viscères bouillantes accolées
Je m'infecte en épelant l'aube
Je suis bave autant que choix
Déchires-moi à l'ombre du temps
Dernière page de pluie salée.


Son regard se durcit un instant. La vile mourante s’insurge. La ville s’en moque paisiblement. Et elle m'impressionne encore d'une simple expression. D'une grimace, en fait. Je veux savoir faire cette grimace-là. L’étirement de la rencontre entre le dédain et la souffrance ignorée.
J'appuie encore.
Elle siffle.
Je peux encore.
Elle a mal.
Je pourrais.
Elle pousse un râle.
Peut-être.


- Ne me dis pas que tu as encore fait le coup.
- Lequel?
- Celui des abrutis qui voulaient changer le monde?
- Garce !
- C’est à se demander si tu parles de moi ou de toi.


Le rictus n'est que de passage, un brin crispé par ce qu'il reste de toute une histoire que je ne saurai plus jamais écrire. D’une fiction en quinze saisons de 30 épisodes chacune. D’un conte à la morale tristement décadente et désespérée. D’une épopée politique au cœur des illusions déçues, au centre des espoirs d’une nouvelle génération.
Le sourire demeure le tic de circonstances et de bonne figure. Celui-là même qui part sur le côté, qui creuse la fossette, et qui s’efface aussitôt pour passer à autre chose. "Je n’avais plus ce qu’il fallait. Ce pourquoi. Ce qui fait que. Ce n’a jamais été mon choix. C’était celui d’une abrutie." Et une transition justifiée par un regard fatigué qui en dit long même lorsqu’il ne veut pas.

- Je deviens grande. Tu redeviens le "rien".
- Prends soin de toi.
- Ta gueule.

Elle hurle avant de disparaître dans un énième mouvement brutal. On se tue et la cave se remplit du vide, tandis que le silence ensanglanté restera cette tâche indélébile sur le sol pas tout à fait lisse des tourments qu'on a dissimulé au monde.
L’escalier de colimaçon s’éteint quand je remonte les marches du dernier cycle. Dernières marches. Dernières pages. Une par une. Parce qu’il faut que ce soit théâtral comme Je Suis.
Et le mégot de cigarette tombe au fond de cette grotte qui se referme à présent Trace du Moi inaltérable. Cendres de mon âme moqueuse des amoureux du Nouveau Monde.
Puis, le noir. Rideau sur une histoire.
Ne résonnent que les derniers mots d’une peine en écho.
"Et mes mains vomissent
Le conformisme du non-vivant."




Spoiler (Afficher)
HRP: Swan n'entend absolument aucune voix dans sa tête. Ce texte n’est là que pour exprimer une idée. Une histoire. Comme ici.
Merci à qui saura pour les bouts de texte en vrac.

◊ Commentaires

  • Hazel (294☆) Le 29 Novembre 2015
    J'adore comme d'habitude...
  • Kinchaka (1041☆) Le 01 Décembre 2015
    Tout comme l'article estampillé n°48 je prit un sacré plaisir à me perdre dans tes lignes. Autant d'incertitudes à la lecture que d'émotions décrites.

    C'chouette, vraiment.
  • Swan (688☆) Le 03 Décembre 2015
    Merci les gens smiley

    @Kin' Tu sais que j'ai repensé à toi pour écrire celui-ci du coup? Ouais, ouais.
  • Manerina (1467☆) Le 04 Décembre 2015
    Pffff... Toi! ♥