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EDC de Sneni

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Contes des murs (3)

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Comme les autres fois, contes trouvables ici et là IG ; point de "cacher" cette fois ! Merci pour vos lectures. smiley






Au bout des vagues houleuses, la Ville avait étendu une digue, austère, immense, testament de la puissance des bâtisseurs. Déflecteurs sur enrochements, murs chasse-mer sur polyéthylène, c'était une droite rigide, immuable, et seuls quelques individus outillés correctement auraient pu prétendre le contraire. En ces temps, prenant son temps, à son rythme la mer montait, et l'eau hargneuse rendait aveugle à certaines failles.

Comme beaucoup d'aveuglements, celui-ci était de bonne foi. Après tout on en avait gagné, justement, du temps – c'était là le plus important. Plus de temps, c'était plus de gens, c'était plus s'étendre. Flux d'habitants et reflux des marées, foi et génuflexions, renaissances, mariés, la Cité grandissait sans plus s'arrêter.

Les ingénieurs étaient confiants, les pénitents se flagelleaient, les vagues tiraient la gueule, stoppées en permanence, le vent hurlait leur frustration, et en un sens, en résumé, tout allait mieux à défaut d'aller bien. Mais ce ne serait pas un conte, dans ce cas, si tout était simple, si la digue était droite, aussi immuable que la houle, si la vie était sans faille.



Il faut le reconnaître, car c'est une chose assez rare, gouvernement et technocrates ne manquaient ni d'intelligence, ni de bienveillance. Parfois, on trouve l'une, parfois l'autre, mais les deux à la fois ? Ce n'est pas si courant. Alors, ils ne limitaient pas leurs efforts et leurs investissements, éduquant les naissants, encourageant l'extension ; la mer faisait grise mine, l'air vociférait, et l'Humanité, aux portes de la fin, s'épanouissait.

Mieux encore, les générations successives continuaient sur la lancée de leurs prédécesseuses. Quel spectacle que les bâtiments dont l'ascension disputait la vedette aux vagues les plus déchaînées, que la cité et sa digue qui remportaient leur lutte. Peu à peu, le secret des murailles et la clairvoyance de leurs concepteurs se révélaient ; ce qu'on aurait pris pour une droite invincible, immuable, était en fait une courbe.

Depuis leur forteresse sans cesse en expansion, les humains concevaient des merveilles dont leurs ancêtres n'auraient pas même rêvées, domptant et canalisant les forces de la mer sans cesse en colère, s'en nourrissant pour s'en gorger. L'avais-je dit, que cette courbe était convexe ? Les eaux se débattaient, dans la nasse qui se refermait, et contraintes et forcées, les vagues s'apaisaient, les vents se taisaient.

Les humains s'étaient transmis l'intelligence, le talent, l'ambition et la bienveillance. Sans doute un peu d'oubli dans l'enthousiasme, aussi, car pour colérique que fût leur voisine, qu'étaient-ils sans ses fureurs ? Nul ne sait quand fut prise la décision finale. Ce n'est guère important ; ces choses-là prennent du temps. Un beau jour, la digue fut parachevée, et au coeur du cercle parachevé, le silence tomba.



C'était la première fois de ma vie que j'émergeais des havres souterrains, aux abords d'une cuve. Si elle était titanesque, elle ne représentait rien en comparaison de la Cité plongée dans l'obscurité, partout alentours. Ce n'est qu'après deux semaines avec pour seule musique l'écho de mes propres pas, que je croisai enfin un droïde d'entretien.

Il ne savait pas grand chose, juste que la structure continuait à s'étendre au-delà de l'horizon, où l'on devinait à peine les silhouettes de bâtiments aux dimensions presque inimagineables. D'un appendice, il me désigna l'immense cratère parsemé de structures et d'enrochements. Il supposait qu'un jour, on y avait prélevé quelque chose pour construire une ville.




J'ai connu Orion et j'ai connu Marran ;
J'ai connu le manoir aux échos obsédants,
J'ai connu les entailles et j'ai montré les dents,
Des amours improbables aux parfums enivrants...


Peut-être qu'il est temps d'un peu s'assagir.
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Image originale : Foggy Dam - Buuckphotography

◊ Commentaires

  • Asajj (782☆) Le 04 Janvier 2019
    Assaji tôa.
  • Sana_Peli (457☆) Le 06 Janvier 2019
    "c'était une droite rigide, immuable, et seuls quelques individus outillés correctement auraient pu prétendre le contraire."

    JE PRETENDS LE CONTRAIRE !!!!