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Je ne l'ai pas tuée


C'est peut-être un peu surprenant, mais le choc, l'impact est en général parfaitement supportable. L'organisme réagit rapidement, une sécrétion massive d'endorphines et d'adrénaline qui, sans occulter la douleur, la rendent diffuse, permettant au corps de se surpasser le temps de se préserver.

L'endorphine est par ailleurs l'hormone du plaisir, un opiacé naturel ; quand on sait que la douleur entretient également un lien avec le circuit dopaminergique, celui de la récompense, rien d'étonnant à ce qu'elle puisse parfois se révéler addictive. Ou du moins, rien d'étonnant à ce que les réactions de l'organisme pour la surmonter puissent avoir un côté plaisant.






L'archerie n'est pas tant un art de précision qu'un art de répétition ; un mouvement unique, fait et refait à outrance, un exercice constant jusqu'à ce que le geste soit fluide, identique peu importe les conditions. Une forme de course à la perfection, quand on y pense, à une éternité contenue dans un instant suspendu auquel un simple mouvement des doigts, le plus limité possible, met un terme.



Les orcs et les gens qui jouent à DreadLol ont souvent la désagréable habitude de penser qu'un combat réglementaire se fait d'en face, en un contre un, et si possible en mêlée. Il est intéressant que leur conception d'un combat "juste" soit amplement biaisée en leur faveur. Ce n'est pas comme ça que la Grisaille survit. C'est en rôdant sur fond de gris, chapeau et trench contre la pluie, arme obsolète mais silencieuse à la main.

C'est en déployant son arc, tout aussi silencieusement, restant planquée, à longue portée, proche des murs à ne plus s'en distinguer. En fouillant dans son carquois, fébrilement, jusqu'à trouver l'une des flèches les mieux adaptées. Pieds écartés d'une largeur d'épaules, encocher, tendre les bras de toute sa carrure, poignet bloqué ; ramener l'empennage presque au niveau de l'oeil, inspirer. Suspendre son souffle. Suspendre le temps.




C'était une phalange.
C'était le pouvoir.
C'était un morceau d'oreille.
...
Ou cela aurait dû être un morceau d'oreille ?
C'était un dérapage, un viol, la douleur, la résignation.
C'était une petite voix rauque.
Une voix de jeune vieille, de NA centenaire.
Qui disait "vous ne pouvez pas vous laisser bouffer".
..
C'était l'endurcissement et la haine.
Et puis, et puis... Tant de choses encore.
Beaucoup ont vécu ça.
J'en suis sûre.
.
Être une arme à double-tranchant.
Finir par blesser la main qui blesse la main qui nourrit la main qui pourrit.
Hériter d'un peu de la haine d'une morte.

.

.
Tout ça n'avait duré qu'un instant
je crois.



Le temps de repérer sa proie, sous la pluie.
Le temps de désserrer les doigts, dans la nuit.
Le temps d'un trait, d'une trajectoire, et d'un cri.




Il y avait des documents d'expédition sur la flore qu'on pouvait rencontrer à l'Extérieur. J'ai toujours été une incapable du decking, mais se perdre dans les bouquins, ou d'un sujet matriciel à un autre, ça, je sais le faire, je pense. Je m'étais interrogée sur l'une de ces choses qu'on appelle des "plantes", encore plus tortueuse que ses consoeurs. Celle-ci avait un tout petit nom, à la fois grave comme une ponctuation et sifflant comme une estafilade. "Ronce". C'était joli.

Bien sûr que non, je ne l'ai pas cuvée, Asaki. Le choc, l'impact est en général parfaitement supportable. L'organisme réagit rapidement, une sécrétion massive d'endorphines et d'adrénaline qui, sans occulter la douleur, la rendent diffuse, permettant au corps de se surpasser le temps de se préserver. Et puis, qu'est-ce qu'une cuve dans une vie de Criminelle ?



Les mauvais souvenirs et les flèches barbelées ont ceci en commun, que le moment où ils s'incrustent dans la chair n'est au final pas si pénible. Non, ce qui est douloureux au possible, c'est plutôt l'extraction, et les jours qui s'ensuivent, les plaies qui restent à vif, le pus des cicatrices. Ce n'est ni courageux, ni juste ; simplement écrit d'avance, qu'à Dreadcast, lorsqu'on en a la possibilité, il suffit de poser les actes. Aux victimes de se dépêtrer avec leurs conséquences.


Je pense avoir perdu quelque chose.
Ou l'avoir retrouvé. Je ne sais plus.


◊ Commentaires

  • Sana_Peli (457☆) Le 16 Décembre 2018
    jém bi1
  • Tarqua~70347 (10☆) Le 18 Décembre 2018
    Wow
  • Sneni (1500☆) Le 18 Décembre 2018
    Han ! Merci smiley
  • Enylwën (444☆) Le 18 Décembre 2018
    Moi je crois que c'est quand même super violent oh! Mais j'ai aimé, je dois être un peu détraqué. :'(
  • Kambei (276☆) Le 18 Décembre 2018
    "Le temps de repérer sa proie, sous la pluie.
    Le temps de désserrer les doigts, dans la nuit.
    Le temps d'un trait, d'une trajectoire, et d'un cri."

    Tout le texte est un plaisir, mais ces mots là ont été une vraie claque. Merci beaucoup.
  • Sneni (1500☆) Le 18 Décembre 2018
    Les compliments et commentaires me touchent ! Merci énormément.
  • Manerina (1496☆) Le 20 Décembre 2018
    Pffff... ♥
  • Aellô (722☆) Le 20 Décembre 2018
  • Paloma (3☆) Le 21 Décembre 2018
    Le dernier paragraphe est puissant et lourd de sens. Wow. J'adhère.