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[Conte] Le Grand Recyclage

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Parfois dans le SR, des contes sont égarés. Qui sait si quelqu'un, un jour, finira par en trouver.



Le Grand Recyclage


En ce temps pas si lointain, chacun.e avait déjà son communicateur, et son AITL, et son deck, et les rampes faisaient timidement leur apparition dans les foyers. Ce n'était pas une période malheureuse, car l'information flottait en abondance, elle s'écoulait dans les yeux, dans les oreilles, dans les corps et dans chaque parcelle de cerveau, et la Matrice peu à peu s'accouplait au monde non-virtuel dans une danse joyeuse.


Bien sûr, il s'en trouvait toujours pour protester, pour dire que les écrans les coupaient du 'vrai', et ceux-là élevaient la voix et bientôt les lames, alors, les fanatiques d'hologrammes se cachaient dans les appartements, dans les halls enfumés et dans les arrières-salles des cafés. Parmi ceux-ci se trouvaient une maigrelette au corps garni de plumes, et elle attendait avec impatience le temps où elle pourrait comprendre les humains.


[G_R]


Elle vivait dans un H.L.M. où s'accumulaient les amateurs d'écrans, et chacun.e n'avait qu'une seule porte et pas de fenêtres à son appartement, et une imprimante à flux de matière universelle pour créer le nécessaire. C'était une belle existence où les corps se distanciaient autant que les avatars s'enchevêtraient. Entre chaque cycle de veille, elle prenait une injection de dopamine, avant de retourner observer le monde au travers des caméras et de la trame matricielle.

Les humains étaient mécontents, et bientôt les lames se joignaient aux cris. A défaut de les comprendre, elle se contentait de la surveiller, bien à l'abri dans sa communauté, interloquée plus qu'inquiète par les cris et les battements sur les pavés. Ils étaient étranges, sans doute un peu perdus dans leur illogisme, mais les ressources ne manquaient pas, alors, à l'aide de son imprimante, elle imprimait d'autres imprimantes qu'elle envoyait par colis à leurs foyers, en anonyme.


Les heures passaient, rythmées par les cycles de surveillance, de veille et de dopamine, les clameurs se calmaient. La matière comblait les creux, le monde devenait plus harmonieux, à mesure que les agrimensors se transformaient en implants, les cris en typographies, les soupirs en binaire. Les êtres humains en devenaient presque compréhensibles, à mesure que l'inutile s'asphyxiait sous son propre poids.

Sorti du cyclique, le temps reprenait son cours linéaire, grimmé de progrès, de l'électricité dans les neurotransmetteurs, les ossements de métal aux cliquetis rassurants, et son regard rendu perçant par les implants était tourné vers un horizon sans fin. Il ne pourrait qu'être en paix et compréhensible, dès lors que les émotions ne seraient plus qu'un bruit de fond mineur, une donnée parasite parmi d'autres qui pourrait être réduite à la marge d'erreur congruente.


Elle ne bougeait plus guère de sa tanière, au sens propre, cette fois. Irrévocablement câblé à son environnement, ornementé d'intraveineuses, son corps n'était plus à son grand bonheur qu'un réceptacle de matière cérébrale et d'implants comme un autre. L'information gravitait autour d'elle comme une douce aura, bercant de contentement ses compagnons virtuels comme virtualisés.


...


Depuis quelques jours, l'IA locale semblait développer un programme émotionnel.
Ce changement incompréhensible faisait naître en elle une irritation qu'elle ne se connaissait pas.


''Avez-vous essayé de l'éteindre et de la rallumer ?''


...


Limités à une fonction unique, les rats cybernétiques continuaient de recycler les résidus de chair abandonnés.

◊ Commentaires

  • Célérat~68669 (57☆) Le 19 Mars 2018
    "Irrévocablement câblé à son environnement, ornementé d'intraveineuses, son corps n'était plus à son grand bonheur qu'un réceptable de matière cérébrale et d'implants comme un autre. L'information gravitait autour d'elle comme une douce aura, bercant de contentement ses compagnons virtuels comme virtualisés." *
  • Katka (77☆) Le 19 Mars 2018
    Et que se dirait cette humaine en lisant cette histoire ?
    "Je ne suis que chaire, loin de la mécanique.
    Mais tout aussi loin des cris et des agris."
    Peut être alors elle serait prise d'une grande tristesse,
    De n'avoir pu partager le rêve de cette inconnue.
    "Mais comme tout son être l'est dans cette histoire,
    Nos âmes finiront dévorées, par la ville et les rats."
  • Sana_Peli (457☆) Le 23 Mars 2018
    ''Elle vivait dans un H.L.M''