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[Conte] Masquerade

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Conte trouvable rp dans un livre perdu, quelque part en SR.
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Masquerade



C'était dans le Secteur Un, ou Trois, je ne sais plus très bien, ça n'a plus d'importance, et de toute façon c'est par la poussière que chaque chose commence. Non, ce qui importe, c'est l'instant. L'instant du bal, l'espace d'un soir où les espoirs le disputaient au savoir et où les masques sagaces étaient propices aux frasques fugaces et aux fugues salaces. Un espace entre-temps dans les salles du palace.



La première au bal était la Danseuse,
Au masque si pâle et courbes enjôleuses.



Est-ce que l'on se souvient de toutes les premières fois ? Elle, en tout cas, elle s'en rappelle, c'est la différence entre les nouvelles et celles qui ont traîné leur derme dans les ruelles. Elle apparaît fragile sous son masque d'apparat, et naïve, elle se lance dans les voies du paraître. C'est qu'elle ne sait pas que l'on voit trop son être, et que toute innocence attire ceux qui se veulent maîtres.

Aurait-elle pris la fuite si elle avait connu la suite ? Elle, en tout cas, elle ne l'a pas fait, car elle rêvait d'un moment parfait loin de tout enfer. Immense est son tort quand elle fait taire son masque trop fin. Première cavalière.



La deuxième au bal était la Hargneuse,
Aux crocs de métal, oeillades furieuses.


Celle qui danse et celle qui hait. Celle qui pense, et celle qui fait.
Celle qui sait et qui compense, celle qui cède et décompense.

Est-ce que l'on se souvient de tous les premiers effrois ? Elle se souvient, en toute vraisemblance, de ses premiers sentiments d'insignifiance. Figée, piégée, punie sans culpabilité, son monde n'a de sens que par les souffrance qu'elle peut infliger. Vengeance en errance, purge d'innocence, faible face aux maîtres sauf dans le paraître, dévore la Danseuse.

Aurait-elle changé sa façon de vivre si elle connaissait les minutes à suivre ? Celle-ci aussi a fait fi de prudence, car à porter le masque de l'agressivité, on finirait par croire, l'espace d'un instant, à ses invulnérabilités. Deuxième cavalière.



La troisième au bal était l'Envoûteuse,
Infligeant le mal, la langue mielleuse.


Celle qui hait et celle qui murmure. Celle sans paix, celle qui l'emmure.
Celle qui tait des pensées impures, celle qui teint de miel les injures.

Est-ce que l'on se souvient de tous les premiers émois ? Elle s'en rappelle, des premiers mois, du premier toit, des premières fois à tu et à toi, des espoirs et des déchirures, des regards noirs et des souillures. Masque de musc, sournoise qui toise et entoile, étoffe qui étouffe les défiances, rend vaines les vengeances ; au son des soupirs, la Haine se soumet.

Aurait-elle cessé ses mots suaves si la suite était sue ? Danse sur un fil ténu, faiblesses que le masque au sourire atténue, et les rares fois où elle se force à capter son reflet, elle pourrait presque croire que le miroir est vrai. Troisième cavalière.



Quatrième au bal, masque de Lépreuse,
Au souffle anormal et peau pustuleuse.


Celle qui murmure et celle qui endure. Celle à la langue sûre, celle en flétrissure.
Celle qui porte ses cloques comme une armure, celle qui bloque les portes de ses blessures.

Est-ce que l'on se souvient de tous les premiers froids ? A chaque instant elle les ressent, les gerçures et les engelures, les plaies et les craquelures, c'est une habitude apprise à la dure. Son masque est soudé de souffrance et suinte d'un souffle rance. Peau à peau, valse et râles, viscères à l'air, que peut celle qui séduit contre celle qu'elle indiffère ?

Aurait-elle cessé la chasse aux douleurs si elle avait vu comment tournait l'heure ? Valse lasse loin des désirs salaces, tolérance frolant l'insensibilité qu'elle voudrait espérer à défaut de s'échapper. Ses pas lents résonnent sans talent. Quatrième cavalière.



Vint clore le bal la rate Rêveuse,
Au masque animal, aux rimes galeuses.


Celle qui endure et celle rêve. Celle qui suppure et celle qui la soulève.
Celle dont l'onirisme se déploie sans trêve, celle qui sourit lorsque le réel crève.

Est-ce que l'on se souvient de chaque instant de foi ? De quand on sait qu'on ne sait pas mais qu'à défaut on sait qu'on croit. Croissent ses rêves face aux réalités trop brèves, murmures aux bords des lèvres aux paroles rudes ou mièvres. Le masque-Rat des masquerades sur le minois, elle enlace sa compère, et jouit des douleurs que l'autre trouve sévères.

Aurait-elle cessé son superbe festin en sachant que le bal approchait de sa fin ? Mélopées et bourrées, temps indéterminés, elle se laisse piéger par les quatre absorbées. Dans le plaisir s'effrite la cinquième cavalière, et le palais, enfin, retourne à la poussière.



Dans le nid des oublis, une Danseuse surgit.
Celle qui rêve, et celle qui danse, sans connaître la moindre cadence.

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