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EDC de Sneni

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Antisyllogomanie




Elle entre dans l'immeuble, la défroque aussi pouilleuse que le couloir et ses occupants. La lumière s'éteint par intermittence, grésillante avec un bruit agaçant, comme exprimant sa désapprobation face aux clodos qui squattent les lieux d'accès public à l'abri de la pluie acide. Elle s'assied à même le sol crade, enrobant de sa pelisse son corps gracile en frissonnant. Se fondant dans le décor et la petite populace à l'hygiène douteuse.

Une ou deux personnes la jaugent d'un regard en coin, alors, elle laisse un instant glisser ses doigts entre les pans de son manteau. Les oeillades se font un instant plus audacieuses, mais le ronronnement d'une arme à plasma légère qui s'enclenche les ramène à un vide plus sain à contempler. Beaucoup sont prêts à montrer les dents, peu ont envie de mordre.

C'est une époque de surabondance, et les pistolets à plasma sont des armes de pauvres riches. Les riches riches constituent une majorité de la population âgée, et ils peuvent peuvent offrir aux NA des pistolets à plasma aussi facilement qu'on offrirait un steak d'écureuil à un rat nouveau-né. Alors ces NA deviennent des pauvres riches, et ils regardent de haut les autres, les pauvres pauvres, et ainsi ils se rendent les pauvres esclaves des riches riches, échangeant leur esprit critique et parfois leur corps pour une plus grande chance de survie et une reconnaissance de facilité.


L'oubli dans les yeux
Les rats sortent des murs gris
Pour ronger les cieux

L'elfette caresse quelques instants son poignet sous sa manche, déjà oubliée. De loin, on pourrait la croire dans l'une de ses crises de lacérations. Elle attend, buvant au goulot sa bouteille de Glukoz, songeuse. Une paumée comme les autres. Pourtant, elle est arrivée à ce stade où l'on se rend pleinement compte de ce qu'est être une NA, parce qu'on ne l'est plus totalement mais qu'on n'en est pas pleinement sorti.

Sneni est une riche riche, non parce qu'elle a travaillé dur comme on aurait aimé le faire croire dans un secteur méritocrate, mais par coïncidence, par je-m'en-foutisme, presque, sa seule prouesse étant d'avoir su s'attacher et être plus qu'appréciée des bonnes personnes. Les crédits coulaient, débordaient, les projets chassaient l'ennui, et l'on pourrait se demander ce qu'elle fout ici, toujours habillée en sauvageonne des rues, à attendre on ne sait trop quoi.


Il sourit, fielleux,
Le mutant qui s'est épris
De leurs corps galeux


Une légère vibration à son poignet, un déclic. L'elfe-rat entre dans l'appartement le plus proche sous les regards mornes des déshérités. Il n'y a personne pour l'attendre à ce foyer qui n'est pas le sien, et peu de monde pour connaître la double-vie qu'elle mène et les compulsions qui l'emmènent. Elle tend l'oreille aux murs, un vieux réflexe qui ne s'en ira probablement jamais.

Elle soupire devant les frigos vides, se prélasse dans les canapés quelques minutes sans se soucier d'y laisser des traces de smog et de suie. Enfin, elle se redresse, et fouille les armoires avec application, embarquant toutes les affaires de synthé-tissus comme d'acier, la plupart sans la moindre valeur, sur lesquelles elle parvient à mettre la patte.

Elle se presse. Elle a encore d'autres lieux à visiter, il y a tant de choses à la Surface, tant de gens et de bruits, beaucoup trop. Elle n'est vraiment chez elle ou en sécurité nulle part. Et puis, les propriétaires légitimes pourraient revenir.


...

C'était une époque de surabondance.

...


Je suis cohérente, qu'elle se répète en empaquetant tout ce qui pourra rentrer dans les incinérateurs.

Ils se le disent tous, du moins elle l'espère sans trop y croire.

Ils se le disent tous sans trop y croire, du moins elle l'espère.

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