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[TP] Dramatique

Travaux pratiques :
Mise en scène d'un drame




Il faut croire que fondamentalement, la plupart des êtres ne sont pas faits pour être immortels. Quoi qu'on puisse en dire, quoi qu'on puisse faire miroiter, il y a toujours quelque chose, là, qui se décompose et se flétrit lentement... Et à défaut du corps, c'est souvent l'âme qui trinque.



Introduction



Le drame a ceci de particulier que contrairement aux autres arts, il nécessite de construire un quatrième mur. Je m'explique : tout le monde peut vivre un drame. Certain.e.s s'y emploient très bien, voire s'y complaisent ou en font leur moteur de vie. Par contre, faire vivre un drame, s'en faire la metteuse en scène, l'orchestrer puis en savourer toutes les fragrances sans en être actrice directe, c'est une autre paire de manches.

Cependant, le jeu en vaut la chandelle : si votre mise en scène est correcte, les retombées primaires comme secondaires vous sustenteront longuement et les rebondissements seront légion. Bien sûr, ce que je vous propose ici est une recette de base ; n'hésitez pas à l'adapter à votre sauce ou à l'améliorer, pour y mettre votre petite touche personnelle.


De toute façon, il n'y a pas de sens, pas d'autre que celui qu'on se crée, et comme le reste, celui-ci s'érode, soin palliatif face à une incompréhension cancéreuse. Les idéaux, la came, le sexe, l'amour, la foi, autant de substituts qui entraînent parfois autant de tolérance et de symptômes de sevrage que le mal d'origine.



Distribution des rôles
Personnages nécessaires


Un.e victime primaire :
C'est le personnage central de votre drame – ou de la première partie, du moins. Les retombées oniriques primaires passent par cette personne, alors, choisissez-la bien. Etudiez sa personnalité. Souhaitez-vous en faire une révoltée ? Une démente ? Une traumatisée ? Veillez à ce qu'elle soit compétente et artistiquement productive dans le rôle que vous lui assignez.

Un.e/des victimes secondaires :

Avant toute chose, entendons-nous bien. Nos victimes secondaires ne sont pas moins importantes que la victime primaire, simplement, elles seront elles-mêmes les victimes de celle-ci. Elles porteront les retombées secondaires, qui sont parfois à plus long terme que les retombées primaires, que ce soit en jouant le rôle de soutien, de défouloir, d'endeuillé.e.s,... Malheureusement, il est déjà tellement difficile de trouver une bonne victime primaire que faire la fine bouche sur son entourage est difficile. Cependant, cette imprévisibilité constitue aussi un ressort scénaristique appréciable.

Un.e tortionnaire :

Nuançons ici aussi. Par tortionnaire, j'entends une personne qui va triturer le corps et/ou l'âme de la victime primaire. Bien sûr, certain.e.s semblent s'être spécialisé.e.s dans la torture, le viol et autres délicatesses. Je trouve pour ma part cela un peu vain et manquant d'imagination. Au fond, on recherche les effets sur l'âme, et non sur le corps, pour lequel les cuves arrangent tout, du moins la plupart le pensent.


Pour l'elfette ici présente, c'est la rêverie qui l'emporte. Quand les angoisses, l'ennui ou les sentiments de solitude se font trop présents, quand le kanuf dérape trop au long de la peau et que le sang ne suffit plus à sustenter les monstres dans le crâne, une dose est nécessaire. C'est tout. Un peu d'onirisme, échappatoire dans un ''ailleurs'', des fragments d'autrui offerts ou dérobés. C'est un manque que rien ne comble.



Mise en place



Tout d'abord, veillez à établir la répartition des rôles, ainsi que la visée première potentielle. Quel est le but ? Pour ces travaux pratiques, par exemple, j'utiliserai le synopsis suivant : ''Une agression absurde fait ressortir le potentiel artistique d'une victime innocente''. N'oubliez pas que vous pouvez vous accorder une certaine fluidité pour les rôles : le tortionnaire peut être aussi victime primaire ou secondaire, une victime secondaire peut devenir tortionnaire, et ainsi de suite.

Le second accessoire indispensable est une façon de rétablir le quatrième mur. N'oubliez pas, vous souhaitez écrire ce drame, le mettre en scène, en établir les ressorts de base, mais sans pour autant vous en faire actrice. Ne tombez pas dans ce piège classique. Pour ma part, j'ai établi le mur en faisant appel à une mercenaire en tant que tortionnaire ; l'anonymat du contrat, et son absence de questions, sont garantes de la séparation entre metteuse en scène et actrices.


Dans le cadre de cet exemple pratique, j'ai sélectionnée pour victime primaire une damoiselle aux tendances mélodramatiques et à l'auto-apitoiement marqué, susceptible d'exposer sous forme textuelle ses ressentis négatifs. Appelons-la K. En tant que victimes secondaires, nous avons une amoureuse impuissante (D.), son cercle d'amis, et les personnes qu'elle est susceptible de fréquenter en bar. Enfin, comme mentionné précédemment, la mercenaire joue le rôle de tortionnaire autant que d'intermédiaire. Elle sera désignée sous le vocable de M.

A partir de cela, il convient de faire une mise en place narrative. J'ai opté pour une agression non-mortelle de M sur K, en anonyme, priant M d'épargner les mains et la tête de K pour qu'elle puisse s'épancher artistiquement au plus vite. Par ailleurs, le déclencheur a été assorti d'un message plus explicite de M – Tu n'écris que quand tu souffres ; maintenant, écris. La suite a alors été plus subtile, quêtant les résultantes d'écriture de K et surveillant les effets sur son entourage plus que sur elle-même.


Tout aurait pu se dérouler à merveille. Tout avait commencé par le faire, d'ailleurs. L'incompréhension, la paranoïa, les accusations à tort de l'entourage faute de trouver un coupable valable. Le mea culpa teinté d'auto-apitoiement, le lyrisme un peu suranné. Rôle joué un peu trop bien, d'ailleurs, jusqu'à la cryo, un final pathétiquement glorieux, un entourage éploré.


Un goût de trop peu. Des carnets brûlés. Des doutes, des confessions, se faire pardonner, mais surtout, recueillir encore un peu de cette excitation, de ce foisonnement, de ce drame, volé, pitié, juste encore un peu, quitte à frôler des doigts le quatrième mur, érodé comme tous les autres. S'en vouloir de ne pas s'en vouloir, d'en avoir eu si peu pour en avoir fait tant, d'avoir été trop loin en n'obtenant pas assez. Faut-il culpabiliser d'avoir voulu sa dose d'ailleurs ?...


C'est un manque que rien ne comble.



Spoiler (Afficher)
Fait ayant eu une existence RP ; personnages non-cités pour le plaisir.

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