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Naissance - Une affaire de sens

Premier
Oui premier contact au réel, ce rai de lumière qui perfore mes paupières et ne s’embarrasse que peu de mes iris vierges et fragiles, boucliers illusoires, pour venir planter un dard douloureux au tréfonds de mon cervelet. Adieu paix, bonjour l’angoisse.
La vue – Brumeuse et brûlante, brouillard opaque au gris de métal, les pupilles affolées qui s’éparpillent à la cornée. Merde. Voir.
Panneau holographique, environnement multiple, chargé d’un mobilier dont j’ignore complètement l’usage. Je lis, et suis les recommandations, titubant d’un endroit à l’autre.
Deuxième
Oreilles aux tympans forgés aux seuls sons graves et lointains des borborygmes indistincts de machines externes à ma chrysalide, claquent alors à la stridence de l’ouverture d’un sas – Ejectée. Ce sentiment-là, de cette poussée qui me porte jusqu’au dehors.
Oui, virée d’une matrice dont le liquide ruissèle encore sur mon derme qui découvre donc la caresse étrange de l’air. Ainsi vient le….
Troisième
Enveloppe tendue d’une peau neuve, ultime étui de ce qui bat sourdement au creux du buste. Bang-Bang-Bang. Derme pigmenté de frissons à cette love-party éthérée, aérienne, sur l’ensemble de mon corps presque nu. Ça pointe, se hérisse, frémit. Découverte du plaisir… Les yeux en cillent. C’est assez effrayant.
Contraste de sensation au toucher de ma peau légèrement moite, du tissu mince qui me recouvre, d’une vitre dure et lisse, d’un mur plus rugueux.
Quatrième
Un sens ajouté à l’autre, uni à l’autre, déclenché par l’autre. Un premier pas engendre un souffle, offre autre lueur, autre contour, et le contact de ma paume qui tâtonne la paroi murale et mobilier environnant en surplus de découverte. Je franchis le seuil du centre d’accueil, me voilà hors les murs d’une enceinte déjà peu rassurante. Fracas de sons et de lumière, je reste transie, haletante.
Odeur piquante, air qui charrie son smog aux effluves sulfureux et âcres aux narines, s’engouffrant aux poumons encore sains en colonisateur impétueux.
Inspirer, souffler, inspirer, souffler. Pas sans mal… pas sans douleur. Et le bien-être qui en vient ensuite, et devient besoin, drogue. Respirer.
Et sentir. Renifler. Les naseaux palpitent, cherchent l’origine d’autres senteurs, secondés de mes yeux fouineurs, curieux, avides et craintifs.
Je suis où ?
Cinquième
Errance dans les rues, les sens en émoi. Une odeur m’interpelle et m’attire, j’entre dans une bâtisse vide elle aussi. Instinct ou savoir enchevêtré dans une mémoire dont je n’ai pas conscience, c’est en somnambule que je vais vers une vitrine, en automate que je commande une viande, l’argent trouvé dans mon sac qui ne pose aucunement question, la faim déclenchée par l’odeur, les papilles attisées, tout autre pensée mise au rebus. J’ai la dalle, une dalle faramineuse oui, mais je déguste ma brochette, savoure ce jus qui coule dans ma gorge, dans un grondement discret d’un plaisir certain. Bordel… c’est bon. Une boisson est achetée, n’importe laquelle, une gazeuse qui rend mes muscles plus gourds d’alcool, mais qui me désaltère un peu.
Un son, des pas, une porte qui bat… une venue.
Et le sixième
Instinct ou alerte, peur imbécile ou salvatrice, je me plaque au mur et glisse lentement vers la sortie. Pas prête.
Errance reprise en rue, le temps que mes circuits neuronaux se réactivent, je vais me planquer dans un coin pour consulter le contenu de ma besace. AITL que j’allume, j’en apprends un peu sur l’endroit.
Je sais lire. Je comprends. Et je souris au mot « Rebelle ». Bribes de conscience qui affluent par salves : mon nom, ma race, mon but.
La Matrice a visé juste en me façonnant pour ce secteur. Qu’en est-il réellement du libre arbitre, de ma pensée de tout ça ? Je l’ignore, mais j’approuve.
Temps qui n’est plus à la planque, j’avance au hasard.
Un être martèle le sol d’une pelle, je m’approche, la peur maîtrisée.
Je m’entends dire « Bonjour », le silence fait écho, je poursuis alors ma route, croisant d’autres fouilleurs.
Puis, mon com grésille. Un visage se dessine à l’ouverture du message, des mots apparaissent « Bonjour ! La forme ? »
La vie, ma vie, commence.

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06 Mars 2021
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