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Ainsi va la mort.

Le silence. Le silence feutré d'une cuve.
A l'intérieur, un corps suspendu au cordon de sa mémoire flotte mollement au grès de volutes invisibles: Un homme au visage fin, la peau aussi lisse que les parois de son sarcophage, matrice de plexiglas et de métal.
Tressaillement d'une main.
Un voyant s'allume quelque part alors qu'ailleurs, dans le complexe, un ordinateur engage une résurrection en binaire, le miracle quotidien. Un bras robotique apparait dans l'aquarium, serpent de chrome remontant le long des muscles encore neufs, frôlant l'épiderme de ses crocs au tranchant chirurgical méticuleusement entretenu.
Une bulle éclate contre le verre et glisse contre celui-ci dans une ascension vertigineuse.
Les reflets du revêtement métallique éclairent un instant la cicatrice encore rose qui court le long du dos alors qu'une aiguille émerge de l'extrémité du tentacule pour mordre aussitôt dans la chair.
Légère grimace.
Le métal ondule, bientôt rejoint par d'autres appendices mécaniques caressant leur rejeton organique, laissant derrière eux de fines lignes écarlates. La danse de la métamorphose continue et bientôt la technologie imite la douceur d'un chirurgien délestant le corps de la viande inutile au profit des prothèses encore inertes pénétrant dans la cuve les unes après les autres avec une cadence reflétant l'efficacité du protocole d'augmentation.
La tête part en arrière avec une lenteur aquatique, cachant le visage inexpressif dans un nuage de cheveux.
Les injections et les incisions se succèdent au rythme accéléré d'une chaîne de montage. La vivisection méticuleuse progresse, libérant le corps de l'emprise de la chair alors qu'elle devient le support du myomère et de la céramique. Le tout devient l'essentiel, la finalité devient base d'écriture.
Éclair de vie envoyé dans le vaisseau de chair et de métal qui s'arque sous l'afflux d'informations nouvelles...
...et les interfaces neurales voient leurs broches enfin irriguées par le flux de la conscience. Le cours de la pensée tord la silice adaptative; la brume de la mémoire sculpte les conglomérats de données figées pour leur donner la vie. Peu à peu, le propriétaire s'incarne dans sa demeure, empoigne les rennes de ce corps qui s'offre à lui plus solide, plus fort, plus vif. Plus adapté.
Les paupières frémissent, les muscles tressaillent. Spasme primordial qui brise l'harmonie régnant dans le tube qui commence à se vider. Des poumons qui découvrent l'oxygène émettent une toux violente se perdant dans les gargouillis du fluide de suspension craché sur la vitre. Une goutte chute des lèvres entrouvertes pour tomber sur le torse qui s'apaise peu à peu. Une légère poussée et la vitre s'ouvre: la peau expérimente la chair de poule, milliers de muscles exerçant leur première flexion dans un réflexe venant du fond des âges.
Une voix féminine désincarnée inaugure les tympans:
"Vous êtes mort depuis trois heures.
Votre équipement vous attend sur la desserte devant vous.
Bon retour à la vie, Citoyen Kambei."

Informations sur l'article

Purée de silice
07 Septembre 2012
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◊ Commentaires

  • Manerina~6356 (1465☆) Le 08 Septembre 2012
    Elle est belle la mort vue comme ça... certainement parce que tu parle de la renaissance... Très beau texte en tout cas! Merci!
  • L-X (1407☆) Le 08 Septembre 2012
    Il était temps...
  • Uma~31273 (93☆) Le 26 Septembre 2012
    Jolie plume..étoile !