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Psychalcoologue

Il y a de ces soirées où le comptoir reste vide...
Et pourtant l'on sent qu'il faut simplement attendre pour que les choses se fassent. Quelque manifestation, quelqu'un, une pièce manquante qui se collera au vilebrequin d'un barman patient pour transmettre le mouvement à toute la mécanique d'une rencontre.
Le Memento peut rester ouvert une nuit entière à attendre ce moment. Les économistes et quelques vautours de mauvais augure jugent parfois cela comme de l'improductivité. Ceux qui connaissent l'établissement comprennent que l'endroit est tout entier tourné vers la qualité, au plus grand mépris de la quantité : Un concept érigé et entretenu par des esprits devenus trop vieux pour se permettre de cribler le monde à la recherche de cette magie, et qui ont préféré ériger un endroit où elle puisse s'invoquer à loisir ou presque.
L'ironie du bar, c'est que le client croit être celui qui s'abreuve, quand le barman est au final le plus assoiffé de cette étincelle d'existence qu'il guette au travers d'un verre...

"Par Hujan, je ne pensais pas trouver de psy plus abordable que moi, en ville...
-Oh..? Vous exercez également?
-Vous êtes dans mon cabinet."
C'est le ton de la plaisanterie, cette façon de fanfaronner qui dit la vérité sans la rendre crédible. Comme un test lancé à ceux qui ont le bon état d'esprit.
Une main pâle et fatiguée se tend, trouve cette perche sans conviction et s'en saisit pourtant. Il ne sait si elle comprendra, elle ne sait ce qui l'attend.
Un verre est vidé, évacué, quelques questions se posent comme on tirerait des balles, là où ça fait mal, avec la précision de celui qui a senti la douleur de ces impacts auparavant. Mais peut-on essayer d'ouvrir un cœur sans un filet de sang?
Elle assume une tension élevée, les réponses refluent avec une abondance de détails qui réveillent chez lui la démangeaison de vieilles cicatrices. Elle parle d'un orc, il pense à une elfe. Deux silhouettes disparates qui se confondent au sein du dialogue de deux expériences aux contours similaires.
Pour essayer d'apaiser la douleur, il injecte les mots que son cœur a composé face à ses propres blessures. Un raccourci pour que, peut-être, elle n'ait pas à mener une aussi longue traversée du cratère. Alors qu'elle en vient à poser elle-même les questions, il répond simplement avec les mots qu'il aurait lui-même voulu entendre.
Facilité encore quand il s'agit soudain de conjuguer au passé. Trop tentant, trop tenté, il amorce doucement une plongée qui le mène encore vers des récifs familiers : Un être rencontré trop tôt mais déjà apprécié, un accident qui fait soudain ressortir en celui-ci une personne inconnue et pourtant si bien disposée. Posé, le contexte distribue très vite des cartes trop bien jouées, de quoi écrire une belle histoire, de l'encre et du papier. De la colle aussi, de ce genre qui comble les fissures et rassemble les moitiés.
Symétrie d'expériences encensées, insensées, elle s'expose et suscite la tendresse du psy autoproclamé. Il la sent réceptive pour un suivi plus poussé, ose prétexter le conseil pour asséner le positivisme bien enraciné dans son esprit par les 'récentes' circonvolutions de son existence.
Touchée à vif par une main tendue dont elle ne devine peut-être pas qu'elle est si douce parce qu'elle a déjà été brûlée, le regard se relève avec une lueur prometteuse, une envie renouvelée d'espérer, qui sait.
"C'est vrai que tu pourrais être psy...
-Haha... Je ne suis que barman."
C'est que pour être bon barman, il faut un peu de grandeur d'âme. C'est aussi qu'avec un peu d'empathie, chacun peut se faire psy. Volontaire, elle se prête même à l'expérience et se prend à inverser les rôles.
"Pourquoi tu es toujours seul quand je te vois ?
-Parce que tu as assez de chance pour ne pas avoir à disputer mon attention à qui que ce soit...
-Quel talent pour détourner la réponse attendue..
-Je pourrais être psy.
-Je rencontrerai jamais ta femme... Mais bon... nous aussi on avait choisit de rien dire. "
La voilà à son tour tireuse, et c'est la munition perdue qui réveille la douce souffrance d'un passé irrésolu. Des décennies de maîtrise de soi se crispent autour d'une tendance innée à l'expressivité, résistent si bien mais pourtant pas assez, et finissent par laisser passer quelque subtil signe de la saignée sentimentale qui vient de s'opérer. Ne pouvant que constater la blessure, il ose l'épanchement.
"Peut-être que si. Sûrement, en fait. Ou peut-être l'as-tu déjà rencontrée...
-J'espère que tu n'auras jamais à avoir envie de crier son nom alors...
-N'espère pas trop... Mais aie confiance dans le fait que je retrouve toujours mon chemin jusqu'à elle... Comme toi. Pour lui. "
Un peu de secret reste sauf, bénie soit-elle de ne pas réaliser qu'à l'instant où elle lui souhaite de ne pas avoir à crier la détresse d'un amour vécu trop seul, il est justement en train de s'y employer sous ses yeux.
Il sait pourtant qu'il sert une bonne cause, car peut-être devine-t-elle un peu de cette vérité au moment de partir, exprimant une émotion qui la fait livrer quelques larmes.



__________________



Des larmes pleines de sens que peut boire le barman assoiffé, alors qu'il retrouve la solitude de son comptoir de nouveau désert. L'étincelle de magie s'est encore une fois manifestée, s'est partagée autour d'un verre unique, si peu rentable et pourtant si essentiel. Un soir de plus, où les lumières du Memento s'éteignent après avoir servi l'essor d'une belle histoire. Le bar des souvenirs s'endort, après avoir accompli son office, réaffirmé sa raison d'être.
Et le barman assoiffé s'en va vers un ailleurs qui verra le reste de sa soirée, en souriant simplement dans le smog, repensant à tout ceci, à ce suriné titre de psy.
Ce que beaucoup de Dreadcastiens ignorent, le lecteur le saura : Kambei n'est pas psy, il a juste vécu longtemps... et il continuera assurément de vivre tant que le monde portera en son sein suffisamment de ces quelques gouttes de plus, versées ce soir ou un autre, ici ou ailleurs, qu'importe pourvu qu'elles étanchent un peu de sa soif...



"Après avoir trinqué, buvons."

Informations sur l'article

Eclats de vie
23 Avril 2018
597√  34 10

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◊ Commentaires

  • Kambei (278☆) Le 23 Avril 2018
    Un texte écrit hier soir sur une humeur particulière. Envie de rendre hommage à plusieurs RP en une fois, à des histoires parallèles qui arrivent néanmoins à se croiser. Le tout a été rédigé à cause de la musique, en l'écoutant et en la digérant. Merci à l'ensemble des personnages concernés, ainsi qu'aux autres qui font vivre ce monde.
  • Manerina (1497☆) Le 23 Avril 2018
    Attention... Ça commence par "Quelques gorgées pour analyser" et on finit elfoolique!
    Bienvenue dans son monde, et pas que.
  • L1S14N3 (265☆) Le 23 Avril 2018
    Une machine ne pleur pas. Mais peut être que lui a déjà trouvé la source ? Où bien est-elle encore loin... Comment savoir au cœur d'un désert d'émotion en pleine tempête ?... ^^
    Très bel écrit... *
  • iSQruI (182☆) Le 23 Avril 2018
    Mérite plus d'étoiles.
  • Eaven (705☆) Le 23 Avril 2018
    On devrait pouvoir étoiler plusieurs fois pour bien des choses que ça nous fait ressentir.
    A défaut de pouvoir, on s'abreuve à notre tour de l'écriture et des jolies histoires comme tu sembles pouvoir les faire vivre. Et ça n'a pas de prix.
  • Kmaschta~1932 (245☆) Le 23 Avril 2018
    Parfois on a envie d'être une petite souris invisible et omnisciente pour voir et entendre tout ce qu'il se passe dans ce bar là.
    Vu combien c'est chargé à chaque fois, heureusement qu'il n'ouvre pas si souvent, on en louperai bien trop.
    Merci d'en partager un petit bout, et d'écrire aussi bien !
  • Gaïa (93☆) Le 24 Avril 2018
    C'est donc ça le secret ! De l'empathie ! Zut... les couquiz fonctionnent aussi. ♥
  • Rei (420☆) Le 26 Avril 2018
    Kambi n'est pas psy, mais il est toujours à l'écoute et de bons conseils ♥♥♥♥
  • Trïll (189☆) Le 30 Avril 2018
    Romantique.